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Le « changement climatique global » ne cause pas de disparitions d’espèces

par Prof. Dr. Paul Berth

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Contrairement à ce que les médias tentent de vous faire croire, le changement climatique global n’est pas une cause majeure de disparition d’espèces. Une récente étude publiée en mars 2019 dans le journal Frontiers in Ecology and the Environment vous le démontre : la cause majeure d’extinction est l’introduction d’espèces exotiques envahissantes (EEE) dans les écosystèmes. Ce phénomène, bien connu des biologistes et confirmé par l’IUCN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), est malheureusement peu connu du grand public.

1. Introduction

En se déplaçant d’un continent à l’autre, l’être humain a toujours emmené avec lui toute une série de plantes et d’animaux qui se retrouvaient ainsi en dehors de leurs limites biogéographiques habituelles. Avec le développement du commerce international ce phénomène ne fait que s’amplifier. Par exemple, à l’intérieur de l’Union Européenne, le nombre d’EEE aurait augmenté de 76% entre 1970 et 2007. Bien que l’impact écologique de la plupart des espèces introduites est inconnu ou semble négligeable, il est démontré que certaines introductions d’espèces ont provoqué des changements substantiels dans des écosystèmes[1]. Ces changements incluent souvent la disparition d’espèces locales[2]. On a d’abord pensé que ces phénomènes d’extinction étaient exagérés et que des espèces locales pouvaient également être à la base d’extinctions[3], et certains auteurs pensent même que les efforts déployés pour contrôler ou éradiquer les espèces étrangères introduites ne seraient pas nécessaires[4]. Cependant, personne n’a jamais vraiment testé si les espèces introduites provoquaient plus ou moins d’extinctions par rapport aux espèces locales ou aux autres causes d’extinctions. Cette question a donc été étudiée par l’équipe de Tim Blackburn (University College London, UK) dans une récente publication de mars 2019[5]. Ils ont pour cela utilisé la base de données des extinctions globales fournie par l’IUCN.

2. Méthodes employées par l’équipe de Blackburn

Les chercheurs ont utilisé les données 2017 de la liste rouge de l’IUCN (IUCN Red List database). Cette liste énumère les espèces éteintes depuis 1500. Il s’agit de 782 espèces d’animaux et de 153 espèces de plantes (donc, 935 au total). Pour chaque espèce éteinte, la liste de l’IUCN fournit le ou les phénomènes ayant provoqué l’extinction. Au total, il y a 12 phénomènes pouvant provoquer des extinctions (Threats Classification Scheme – version 3.2) :

  1. Le développement résidentiel et commercial ;
  2. L’agriculture et l’aquaculture ;
  3. La production d’énergie et l’exploitation minière ;
  4. Les transports et les corridors de service ;
  5. L’utilisation des ressources biologiques (chasse, pêche, coupe de forêts) ;
  6. Les perturbations et intrusions humaines (activités récréatives, guerres, etc.) ;
  7. Modifications des écosystèmes (feux, barrages, etc.) ;
  8. Espèces invasives et autres espèces problématiques, introduction de gènes et de pathogènes ;
  9. La pollution ;
  10. Les évènements géologiques (activité volcanique, tsunamis, avalanches, etc.) ;
  11. Changements climatiques et météo extrême (sécheresses, tempêtes, etc.) ;
  12. Autres.

Les chercheurs ont retenu ces 12 critères et ont simplement subdivisé le critère 8 en deux catégories : (1) « Espèces invasives » (c-à-d les EEE) et (2) « Autres espèces problématiques » (c-à-d espèces locales). Un total de 13 causes d’extinctions sont donc envisagées. Pour chaque espèce disparue une ou plusieurs cause d’extinction sont renseignées. Ensuite des test statistiques sont effectués par les auteurs afin de déterminer quelles étaient les causes principales d’extinctions.

3. Résultats

Pour 782 extinctions animales, 261 extinctions (33,4%) avaient pour cause l’introduction d’une EEE dans l’environnement (Figure 1). D’autres causes sont parfois associées comme par exemple la pollution. Pour les plantes disparues, 39 extinctions sur 153 (25,5%) avaient pour cause l’introduction d’une EEE. Les EEE représentent en fait la toute première cause d’extinction pour les animaux, bien devant la 2e catégorie (chasse et pêche) qui concerne 18.8% des extinctions. Les EEE sont également la cause majeure d’extinction pour les plantes, la 2e cause étant ici l’emploi des ressources biologiques (23,5% des extinctions) et la 3e cause l’agriculture (19,6% des extinctions).

Parfois, les EEE n’étaient pas la cause unique de disparition. Le plus souvent, une 2e cause était associée et agissait probablement en synergie : par exemple, environ 1/3 des extinctions dans lesquelles les EEE intervenaient (29%) comportaient aussi l’utilisation des ressources biologiques (cause n°5) comme 2e facteur de disparition. De même, environ 1/5 des extinctions dans lesquelles les EEE intervenaient (21,7%) comportaient l’agriculture (cause n°2) comme 2e facteur de disparition. De plus amples détails sont donnés dans la publication de Blackburn.

Figure 1. Nombre d’extinctions animales récentes (catégories IUCN “extinct” [EX] et “extinct in the wild” [EW]) pour différents groupes d’animaux (chiffres issus de la Table 3a de l’IUCN). Les couleurs renseignent sur les causes des extinctions (« Driver »); par exemple le mauve foncé est employé pour les EEE (« Alien »), les extinctions causées par des espèces locales (« Native ») sont en mauve clair. La catégorie « Neither » comporte les autres causes d’extinction ou alors des causes inconnues (source, Blackburn et al. 2019).

Les groupes d’animaux pour lesquels les EEE sont impliqués dans la majorité des extinctions (Figure 1) sont les araignées (Arachnida, 100% des disparitions causées par les EEE), les mille-pattes (Diplopoda, 100% des disparitions causées par les EEE), les oiseaux (Aves, 68.9% des disparitions causées par les EEE), et les vers annélides (Clitellata, 50% des disparitions causées par les EEE). Pour les reptiles, les EEE sont responsables de 42% des extinctions et le chiffre monte à 47% pour les mammifères.

Aucune des 935 extinctions n’a pour cause principale le changement climatique. Ceci est aussi confirmé par d’autres études concernant la perte de biodiversité, comme celle publiée récemment par le WWF.

4. Conclusions

  • La cause majeure de disparition des espèces n’est pas le changement climatique global ni le CO2. Les espèces disparaissent en premier lieu à cause de l’introduction d’espèces exotiques envahissantes. Méfions-nous donc des déclarations alarmistes véhiculées par les médias ;
  • L’absence de lien avec la température globale n’est pas étonnant : si l’on prend l’exemple des zones tempérées, en une seule journée la température peut varier de 20°C entre le matin et le soir (par exemple au mois d’août). Toutes les espèces sont habituées à ces écarts. Alors que dire de +0.8°C en 138 ans… ou des 2°C de plus prévus par les modèles informatiques pour l’an 2100… Ne pensez-vous pas que les espèces animales et végétales résisteront ?
  • L’homme est cependant responsable de l’essentiel des disparitions animales, non pas par modification du climat ou l’émission de CO2, mais simplement parce qu’il modifie l’aire de répartition de certaines espèces (introduction d’EEE) mais aussi parce qu’il pêche, chasse, pollue, coupe des forêts et construit des routes. Ceci est également confirmé par une récente étude du WWF traitant de la biodiversité.

En conclusion finale, ne mettons pas (toujours) le climat à toutes les sauces, ici manifestement il n’a rien à voir avec le problème.

Article disponible également sur Contrepoints.

5. Références

[1] Gandhi KJK and Herms DA. 2010. Direct and indirect effects of alien insect herbivores on ecological processes and interactions in forests of eastern North America. Biol Invasions 12: 389–405. Simberloff D, Martin J-L, Genovesi P, et al. 2013. Impacts of biological invasions: what’s what and the way forward. Trends Ecol Evol 28: 58–66.

[2] Clavero M and García-Berthou E. 2005. Invasive species are a leading cause of animal extinction. Trends Ecol Evol 29: 110. Bellard C, Cassey P, and Blackburn TM. 2016. Alien species as a driver of recent extinctions. Biol Lett-UK 12: 20150623. Doherty TS, Glen AS, Nimmo DG, et al. 2016. Invasive predators and global biodiversity loss. P Natl Acad Sci USA 113: 11261–65. Downey PO and Richardson DM. 2016. Alien plant invasions and native plant extinctions. AoB Plants 8: plw047.

[3] Sagoff M. 2005. Do non-native species threaten the natural environment? J Agr Environ Ethic 18: 215–36. Davis MA, Chew MK, Hobbs RJ, et al. 2011. Don’t judge species on their origins. Nature 474: 153–54. Pearce F. 2015. The new wild: why invasive species will be nature’s salvation. Boston, MA: Beacon Press.

[4] Marris E. 2011. Rambunctious garden: saving nature in a post-wild world. London, UK: Bloomsbury.

[5] Blackburn TM, Bellard C, Ricciardi A (2019) Alien versus native species as drivers of recent extinctions. Front Ecol Environ doi:10.1002/fee.2020.

Biodiversité, le vrai, le faux et l’incertain

Prof. Dr. Paul Berth

Le 30 octobre 2018 sortait le dernier rapport du WWF[1] concernant l’état de la biodiversité (voir ici). Les données obtenues sont très préoccupantes. De nombreux médias ont bien entendu présenté ce rapport de façon très alarmiste en exagérant certains points. Le but du présent article est de remettre les pendules à l’heure, en démêlant le vrai du faux et en présentant certaines incertitudes.

1. Que dit exactement le rapport du WWF? Le rapport du WWF nous dit que globalement, entre 1970 et 2014, l’index LPI (Living Planet Index) a chuté de 60% (Figure 1). Il n’est pas question ici de mettre en doute les résultats obtenus par le WWF mais simplement de les mettre en perspective. L’index LPI est calculé en tenant compte du nombre d’individus pour plusieurs espèces. Au total, ce sont 4 005 espèces qui ont été considérées, réparties en 16 704 populations (il peut donc y avoir plusieurs populations pour une même espèce). Ces populations proviennent de tous les continents. Pour toutes les espèces prises en compte le nombre d’individus a été estimé, puis des sommes ont été établies.

Remarquons que déterminer le nombre d’individus pour une espèce est loin d’être une science exacte. Si cela peut paraître simple pour de gros animaux comme des éléphants, c’est tout de suite beaucoup plus compliqué pour des poissons nageant en eau trouble, des amphibiens se cachant sous des feuilles ou des souris nocturnes qui s’échappent au moindre bruit. On emploie alors la technique de «capture-marquage-recapture» qui ne donne qu’une estimation de la population. Il est important que cela soit toujours la même méthode de capture qui soit utilisée et que l’effort d’échantillonnage soit toujours le même, sinon les résultats ne veulent rien dire. Il est dommage que le WWF ne donne pas plus d’informations concernant les méthodes employées dans son rapport.

2. Le rapport du WWF ne concerne donc que 4 005 espèces vertébrés (poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères). Les vertébrés choisis dans la liste sont bien entendu les plus gros et les plus connus du grand public (girafes, rhinocéros, singes, lions, baleines, dauphins, etc.). Le chiffre de 4 005 espèces peut paraître élevé, mais il faut savoir que selon la liste établie par le Catalogue of Life au 31 juillet 2018, un total de 1 750 666 espèces ont été décrites, et parmi celles-ci nous trouvons 66 813 vertébrés. Le rapport du WWF ne concerne donc que 6% des vertébrés et donc seulement 0.22% des espèces décrites. Bien entendu, si 6% des vertébrés vont mal, peut-être que les espèces non prises en compte vont mal également… Cependant, nous n’en savons rien… Y a t’il d’autres études?

Oui, il existe d’autres études. Par exemple, une étude de 2014 publiée dans Science (Dornelas et al.). Cette étude a considéré 35 613 espèces (donc 8 fois plus que le nombre d’espèces considérées par le WWF) mais ces espèces n’étaient pas que des vertébrés : la liste comportait de nombreux invertébrés ainsi que des plantes. Cette étude a également utilisé 14 indices de biodiversité différents (et pas seulement le LPI). Il a déjà été question de cette étude dans un article précédent (voir ici). Le résultat majeur de cette étude est simplement qu’il n’y a pas de chute globale de la biodiversité. Les auteurs constatent cependant des changements nets dans les populations (espèces remplacées par d’autres).

Nous voyons donc que tout dépend (1) des taxa considérés (vertébrés, plantes, etc.), (2) du nombre d’espèces choisies, et (3) de la surface analysée (région, pays, continent, Terre entière). On peut presque dire n’importe quoi, il suffit de bien composer son échantillon d’espèces… A l’échelle d’une région nous pouvons constater un net déclin, surtout si notre liste comporte des gros mammifères. Mais la situation ne sera pas forcément la même à une plus grande échelle, surtout si notre liste comporte des plantes, des champignons, et des invertébrés.

3. Quelles sont les menaces? De nombreux médias ne se sont pas gênés pour expliquer la perte de 60% de la biomasse des vertébrés en évoquant le réchauffement climatique, en insinuant bien entendu que l’homme en est responsable. Cependant, si vous lisez bien le rapport du WWF vous verrez que si le réchauffement est bel et bien évoqué, les auteurs insistent bien sur le fait que ce sont essentiellement la surexploitation des écosystèmes (chasse, surpêche, déforestation, etc.) et l’agriculture qui sont les causes dominantes des pertes observées. Avec bien entendu la pollution et la fragmentation des habitats. Dans le résumé à la page 11 du rapport, le réchauffement climatique global n’est même pas mentionné ! (Figure 2).

4. Conclusions

– Les 4 005 espèces de vertébrés étudiées par le WWF (rapport de 2018) représentent 6% du nombre total de vertébrés et n’ont pas encore disparu mais leurs populations ont été réduites de 60% entre 1970 et 2014. Ceci est évidemment très préoccupant et il faut à tout prix essayer de freiner cette diminution. Le WWF donne des pistes dans son rapport.

– Aucun déclin n’est constaté si l’on se focalise sur d’autres groupes, comme l’atteste une récente étude dans Science (Dornelas et al., 2014). Ces espèces dont la biodiversité n’est pas affectée représentent la majorité des espèces.

– Les trois causes principales du déclin observé sont la surexploitation des écosystèmes, l’agriculture, et la pollution. Le changement climatique global n’intervenant quasi pas. Ceci n’est pas étonnant : si l’on prend l’exemple des zones tempérées, en une seule journée la température peut varier de 20°C entre le matin et le soir (par exemple au mois d’août). Toutes les espèces sont habituées à ces écarts. Alors que dire de +0.8°C en 138 ans… ou des 2°C de plus prévus par les modèles informatiques pour l’an 2100… Ne pensez-vous pas que les espèces animales et végétales résisteront ? Et celles qui ne résistent pas seront bien entendu remplacées par d’autres selon le mécanisme de la sélection naturelle. C’est également ce que montre de manière très claire l’enregistrement géologique depuis plusieurs centaines de millions d’années.

Références

[1] WWF. 2018. Living Planet Report – 2018: Aiming Higher. Grooten, M. and Almond, R.E.A.(Eds). WWF, Gland, Switzerland.

L’Histoire Naturelle est chaotique, la biodiversité aussi…

Texte de A. Préat (Université libre de Bruxelles).

Professeur émérite de l’Université Libre de Bruxelles. Citer comme A. Préat, « L’Histoire Naturelle est chaotique, la biodiversité aussi?» https://www.notre-planete.info/actualites/4510-biodiversite-nature-chaos-vie

 

 

S’il l’on procédait à ‘une remise à zéro totale’ des processus ayant affecté l’évolution de notre planète, il est fort à parier qu’aujourd’hui, c’est-à-dire 4,567 milliards d’années après la formation de la Terre, la Vie serait bien différente avec une chimie (ADN ou autre combinaison chimique) et biologie (autres plans d’anatomie, autres crises, autre biodiversité) que l’on a difficile à imaginer. La Vie aurait influencé différemment la composition de notre atmosphère (c’est par exemple elle qui est à l’origine de notre oxygène) en même temps que l’atmosphère régule la Vie. Pourrait-on le prévoir ? Continuer la lecture de L’Histoire Naturelle est chaotique, la biodiversité aussi… →