Les prophètes de malheur du climat

Par Michel Thizon, ingénieur CNAM Paris, 2 décembre 2022

Préambule

 Depuis une cinquantaine d’années, des inquiétudes se sont faites jour dans certaines hautes sphères du pouvoir dans le monde quant à la disponibilité future des ressources naturelles, notamment des ressources énergétiques. L’accroissement continu incontrôlé de la démographie et de la consommation avait amené le « Club de Rome », dès 1972, à pronostiquer l’effondrement des sociétés humaines pour 2010-2020.

 Ces sombres prévisions se sont révélées fausses mais un mouvement doctrinal était lancé ; celui de la décroissance inéluctable ou de l’impérieuse nécessité de promouvoir pour l’avenir un processus de « développement soutenable » (Gro Harlem Brundtland, première ministre de Norvège, 1987), appelé « durable » de nos jours. L’intention est en parallèle de faire face à l’explosion démographique et de contenir l’aspiration des populations des pays peu développés à accéder au mode de vie occidental dispendieux, …tout en prétendant se préoccuper de leur développement.

Les populations sont néanmoins particulièrement peu réceptives aux concepts de restriction de leur mode de vie, principalement dans les pays développés, royaumes de la consommation populaire et plus grands utilisateurs d’énergie. Energie issue des ressources fossiles, si pratiques à utiliser comme surtout les fluides que sont le pétrole et le gaz naturel.

Bien que ces réserves soient encore abondantes, il est probable que dans une cinquantaine d’années elles soient réellement épuisées, au mieux très réduites, à défaut de nouvelles découvertes ( projections ) (voir tableau ci-dessous). Les réserves prouvées de pétrole n’ont plus progressé depuis une dizaine d’années.  Quant au charbon, ses fumées de combustion sont beaucoup plus polluantes (suies acides et toxiques, radon, oxydes de soufre, …) et quand il ne restera plus que du charbon, ses réserves s’épuiseront bien plus vite (Voir tableau).

L’augmentation de la température terrestre est irrégulière et relativement modeste (+1,1°C en 150 ans selon l’Organisation Météorologique Mondiale – WMO). Elle est attribuée à raison ou plus probablement à tort [1], peu importe, aux émissions industrielles de dioxyde de carbone CO2. Ce réchauffement s’est révélé fort utile pour inquiéter jusqu’à la panique les populations afin de les entraîner coûte que coûte vers cet objectif de décroissance et de limitation des combustibles fossiles qui sont évidemment générateurs de CO2.  

Les structures politiques mondiales de l’ONU ont été amplement utilisées à cet effet (Secrétariat général de l’ONU, UNEP, IPCC-GIEC) en prophétisant régulièrement de façon alarmiste l’état climatique futur de la Terre, heureusement toujours amorti et différé dans la réalité par rapport aux sombres prévisions du GIEC (voir graphique IPCC ci-dessous). Ces prophètes de malheur ont néanmoins plutôt réussi à atteindre leur but d’entraîner les populations, déjà sensibilisées par les pollutions, dans l’inquiétude et même l’anxiété, non sans détériorer gravement l’insouciance naturelle bien normale des plus jeunes. Ceci a été facilité par l’écho de médias qui n’ont pas beaucoup de capacité de discernement et d’analyse et qui sont très limités pour aborder ces problématiques scientifiques, il est vrai plutôt complexes.

 Ces positions ont été répercutées avec ferveur, voire amplifiées, par les tenants d’une écologie politique, assujettis à un « hédonisme naturaliste », et même aussi de façon opportuniste par divers politiciens récupérateurs, de tonalité toujours anticapitaliste. La faute majeure de ces activistes a été de s’opposer [2] avec une crainte injustifiée à l’énergie nucléaire qui est pourtant la suite énergétique logique et sûre d’un développement humain qui ne s’arrêtera pas. Ils n’ont fait que retarder et saboter une transition énergétique authentique, nucléaire [3] tout en faisant la promotion de technologies marginales venteuses ou solaires, intermittentes et de faible rendement, à l’avenir aléatoire.  

La climatologie est une science récente et complexe qui est loin d’être établie et qui, malgré des erreurs évidentes, n’a pas encore su remettre en cause certaines de ses hypothèses. Elle fait par contre l’objet de récupérations idéologiques et politiques bien établies. 


Le « Club de Rome » créé en 1968 par Aurelio Peccei et Alexander King et composé de personnalités de très haut niveau des domaines scientifique, politique et des affaires, acquiert la notoriété mondiale avec la publication de « Les Limites à la croissance » en 1972, (« Rapport Meadows » de Dennis & Donella Meadows) qui souligne les dangers, pour l’environnement et donc l’humanité, de la croissance économique et démographique. Il annonçait la stagnation économique puis l’effondrement mondial des sociétés humaines à partir de 2010-2020. Ses principes entraîneront l’idéologie de la « croissance zéro », encore soutenue de nos jours par des écologistes politiques. Par exemple Delphine Batho, ancienne ministre socialiste de l’écologie qui, en août 2021, prône même la décroissance. 
Par exemple, selon le Club, les réserves maximales estimées de pétrole devaient être épuisées en 2022, le gaz naturel en 2021, le cuivre en 2022. Or les réserves prouvées en 2022 sont 1 700 milliards de barils de pétrole, 197 mille milliards de m3 de gaz, 870 millions de tonnes de cuivre.
Ce rapport de 1972 conclut : … »La transition dans tous les cas est susceptible d’être douloureuse (…) Le nœud du problème n’est pas seulement de savoir si l’espèce humaine survivra, mais plus encore si elle peut survivre sans tomber dans un état d’existence sans valeur ».


Maurice Strong, influenceur mondial pendant 45 ans, était un canadien non-conformiste doué devenu multi-millionaire dans le pétrole, sous-secrétaire général de l’ONU, 1er dirigeant de l’UNEP (ONU) de 1973 à 1975 et co-fondateur de l’IPCC (GIEC) en 1988, conseiller spécial de l’ONU sous Kofi Annan pour la Corée du Nord, professeur honoraire à Pékin où il résidait souvent. Il a quitté l’ONU après avoir été impliqué dans une affaire trouble liée au programme pétrole contre nourriture de l’Irak. Strong ne croyait pas à l’utopie d’un gouvernement mondial mais faisait activement la promotion de la coopération étroite entre les états .Position religieuse :
« 
Grâce à son travail dans l’UNESCO, Strong promeut Gaïa, la Déesse de la Terre, parmi les jeunes du monde. Strong est également le directeur du « Temple de la Compréhension » à New York. Il utilise le temple pour encourager les Américains préoccupés par l’environnement à remplacer le christianisme par le culte de la « Terre Mère » (Texte du commentaire sous la vidéo) 
Discours Sommet de la Terre, Rio 1992 : 
« L’environnement, les ressources naturelles et les systèmes de survie de notre planète ont continué à se détériorer alors que les risques mondiaux tels que ceux du changement climatique (…) sont devenus plus immédiats et graves. Mais toutes les détériorations et tous les risques environnementaux que nous avons connus à ce jour se sont produits à des niveaux de population et d’activité humaine bien inférieurs à ce qu’ils seront dans la période à venir » (…) « Depuis que nous sommes maintenant une espèce hors de contrôle, notre succès même nous conduit vers l’avenir dangereux qui nous a conduit ici » … « Cette croissance ne peut pas continuer, la population doit être stabilisée et rapidement, si nous ne le faisons pas la nature le fera et bien plus brutalement »     https://youtu.be/gBerNCHeaKs?t=399
Interview The Guardian 23 juin 2010 par Leo Hickman : 
« Le système capitaliste s’est révélé incapable de traiter tous les problèmes de la société » … « La Chine fait partie des pays les mieux gérés aujourd’hui »
Brésil 29 juin 2012   
« La condition naturelle de notre Terre n’est pas de soutenir le genre de vie dont nous jouissons maintenant et qui est maintenant en danger. La perspective que la terre continue à supporter une forme de vie humaine telle que nous la connaissons n’est tout simplement pas valable » 
https://youtu.be/hiXLVjMGc0U?t=310
26 nov 2014 “la chance diminue de jour en jour, chaque jour que nous ne parvenons pas à avancer dans la bonne direction est un pas vers le désastre » https://youtu.be/3LsN-79jBwA?t=60
Plusieurs auteurs rapportent que Strong aurait déclaré : « Notre seul espoir pour la planète est l’effondrement des civilisations industrielles. Notre responsabilité n’est-elle pas de provoquer cet effondrement ? »


Dr Mustafa Kamal Tolba, microbiologiste, a été directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement (UNEP) de 1975 à 1992. Il a eu une influence significative dans la création et l’organisation du  GIEC (IPCC).
Déclaration en 1990 ; 
« Les accords de protection de la couche d’ozone ont mis dix ans à se conclure. Nous devons parvenir à un accord comparable pour lutter contre le changement climatique dans un tiers de ce temps. Nous gagnerons – ou perdrons – la lutte pour le climat dans les premières années des années 1990. L’enjeu est aussi urgent que ça »
.


Rajendra Kumar Pachauri, ingénieur des chemins de fer et universitaire, président du GIEC pendant 13 ans de 2002 à 2015.
Déclaration en 2007 : « S’il n’y a aucune action avant 2012, il sera trop tard »
En 2009 : Il crée la polémique en soutenant que les glaciers de l’Himalaya auront disparu en 2035, ce que même les autres membres du GIEC sont contraints de démentir.


Albert Arnold Gore Jr, dit Al Gore, vice-président des USA sous Bill Clinton en 1993, puis candidat démocrate perdant de justesse contre George W. Bush à la présidentielle de 2000. Il est à l’origine du documentaire « Une vérité qui dérange » (An Inconvenient Truth).
Déclaration en 2008, dans le cadre des célèbres conférences TED talks ; « La quantité de glace restante (au pôle Nord) pourrait avoir complètement disparu en été d’ici à cinq ans »  >> en 2013 donc ! https://youtu.be/rUO8bdrXghs?t=395 
« Pour la 1ère fois on trouve des ours polaires qui se sont noyés, nageant sur de longues distances de plus de 60 miles pour trouver la glace » (Or les ours blancs sont beaucoup plus nombreux de nos jours). https://youtu.be/N1U7GwFs-qo 
Al Gore a fondé (2004) et dirigé un fonds d’investissement dans « l’économie durable » et s’est lancé dans le négoce des certificats d’émission de CO2. Il a créé une vaste organisation internationale de propagande climatique pessimiste.


Greta Thunberg, jeune suédoise de 17 ans pilotée par des adultes restés dans l’ombre, a succédé tardivement à la jeune canadienne Severn Cullis-Susuki qui à l’âge de 12 ans fit une longue déclaration sympathique au sommet de la terre de Rio 1992, sur un ton autrement moins noir et agressif que celui de Greta.
Déclaration à l’UN Climate Action Summit, New York, septembre 2019 : 
« Vous avez volé mon enfance et mes rêves avec vos mots vides », « Des écosystèmes entiers s’effondrent, nous sommes au bord d’une extinction massive et tout ce dont vous pouvez parler c’est de l’argent et des contes de fées de croissance économique éternelle. Comment osez vous ! », « Si vous comprenez vraiment la situation et continuez à ne pas agir, vous seriez maléfique »,  » Le risque de déclencher des réactions en chaîne irréversibles échappant au contrôle humain à 50% est peut-être acceptable pour vous mais ces chiffres n’incluent pas les points de basculement de la plupart des boucles de rétroaction (?) d’un réchauffement supplémentaire… (Greta lisant un papier), « Les jeunes commencent à comprendre votre trahison. Les yeux de toutes les générations futures sont sur vous. Et si vous choisissez de nous décevoir, je dis que nous ne vous pardonnerons jamais ».


Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies depuis le 1er janvier 2017, ancien secrétaire général du parti socialiste et ancien premier ministre du Portugal.
Discours à la COP 27, Egypte novembre 2022 :
« L’heure tourne, nous menons le combat de notre vie et nous sommes en train de le perdre. Les émissions de gaz à effet de serre continuent de croître, les températures mondiales continuent d’augmenter et notre planète se rapproche rapidement des « points de basculement » (?) qui rendront le chaos climatique irréversible. Nous sommes sur une autoroute vers l’enfer climatique, le pied toujours sur l’accélérateur. L’humanité a le choix : coopérer ou périr. C’est soit un pacte de solidarité climatique, soit un pacte de suicide collectif »  https://youtu.be/YAVgd5XsvbE?t=327


NOTES

[1] Dans l’atmosphère, la teneur en CO2 est passée en 100 ans de 0,03 % à 0,04 % et la vapeur d’eau contenue dans l’air a une capacité de capture d’infrarouges terrestres 100 fois plus grande. Ce qui est improprement appelé « effet de serre » pour l’atmosphère terrestre ne prend en considération que des effets radiatifs partiels mineurs et n’a fait l’objet d’aucune démonstration rigoureuse qui respecte les lois de physique classique ou quantique appliquées aux multiples phénomènes aériens. Des modèles informatiques incertains s’essayent à des simulations.
[2]  Sans doute soutenus par l’industrie des hydrocarbures dès les années 80. 
[3  L’énergie nucléaire de fission (uranium, thorium, plutonium) est capable d’assurer l’énergie nécessaire à l’humanité pour des siècles en l’état actuel des connaissances, avant même la possiblement future mais difficile maîtrise de la fusion nucléaire.

1 réflexion sur « Les prophètes de malheur du climat »

  1. Le club de Rome et les divers pèlerins qui l’ont suivi prônent la fin des fossiles et donc de notre civilisation.
    Ils commettent tous la même erreur : croire que nous sommes allés au bout des connaissances et que notre civilisation sera de courte durée.
    Les civilisations galactiques se classent en trois catégories :
    classe I : les civilisations qui utilisent l’énergie de leur planète,
    classe II : les civilisations qui utilisent l’énergie de leur étoile,
    classe III : les civilisations qui utilisent l’énergie de leur galaxie (trous noirs…)..
    Nous n’en sommes bien sûr qu’au stade 1, mais les autres stades viendront vite de par la loi de l’accélération de la vitesse d’acquisition des connaissances.
    Il y a évidemment bien d’autres sources d’énergie connues que les fossiles. Déjà il y a le nucléaire. Avec les surgénérateurs nous avons un millier d’années et plus d’électricité devant nous. Sans parler de la fusion.
    Mais il y a aussi les futures avancées de la physique. La prochaine est la manipulation de notre espace-temps dont le principal bénéfice sera le voyage sous antigravitation.
    Nous sommes en train de développer une technologie basée sur le magnétisme pour diminuer la gravité. Parallèlement, gravité et vitesse d’écoulement du temps étant liées, une baisse de la gravité s’accompagne d’une baisse de la vitesse du temps , d’où une modification locale en champ proche de notre espace-temps et l’expression manipulation de notre espace-temps. Cette technique révolutionnera les transports par exemple, ainsi que les voyages dans l’espace, ce qui nous permettra d’atteindre la classe II. Elle est peut-être déjà connue à l’heure où nous parlons mais il ne faut pas qu’elle apparaisse trop vite sur le marché sous peine de bouleverser les équilibres économiques modernes.
    Ce qui paraît magique aujourd’hui ne sera que physique courante demain.
    Bref, l’avenir est devant nous et renverra tôt ou tard les esprits chagrins à leur obscurantisme.

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