Réflexion sur la pétition des 11 000 ‘scientifiques’

par Prof. Dr. Paul Berth

La “pétition des 11 000” a été publiée dans le journal BioScience le 5 novembre 2019. Dans un style ultra-alarmiste, Ripple et ses collaborateurs nous apprennent que le CO2 et les gaz à effet de serre (GES) sont à la base de tous nos problèmes. Rien de nouveau ici : rappelons que le même auteur a publié un article très semblable il y a deux ans, en novembre 2017, et ce dans la même revue (BioScience). Il avait cependant fait mieux il y a deux ans puisqu’il avait récolté 15 000 signatures. Au total, 4 000 scientifiques se sont donc désistés cette année… Avant de lire le présent article, commencez par l’analyse de 2017 (cliquez ici). Comme vous le verrez, les conclusions tirées peuvent être appliquées au nouvel article de 2019.

La solution proposée par Ripple et ses “suiveurs” est simple : il faut arrêter immédiatement d’extraire du pétrole, du gaz et du charbon et laisser tout cela dans le sous-sol.Comme charité bien ordonnée commence par soi-même vous pourrez déjà vérifier, en consultant la liste des pétitionnaires, que les 234 scientifiques belges signataires de la pétition vont travailler le matin à vélo et se chauffent aux éoliennes. Dans le présent article nous allons analyser le nouveau texte publié dans BioScience.

1. Le journal BioScience

BioScience est une revue scientifique mensuelle à comité de lecture publiée par Oxford University Press, pour le compte de l’American Institute of Biological Sciences (AIBS). Il fut créé en 1964 et était précédé par le Bulletin AIBS (1951-1963).

La revue publie des revues de littérature (des “reviews”) sur des recherches actuelles en biologie, ainsi que des essais et des sections de discussion sur l’éducation, les politiques publiques, l’histoire de la biologie et des questions théoriques.

2. Les auteurs de la pétition

Les auteurs de la pétition des 11 000 sont  au nombre de 5. Ils sont pour la plupart biologistes et proviennent des USA et d’Australie : William J. Ripple (premier auteur), Christopher Wolf, Thomas M. Newsome, Phoebe Barnard et William R. Moomaw.

W.J. Ripple et C. Wolf font partie d’un Département des Ecosystèmes Forestiers (Université d’Etat de l’Oregon, USA). T.M. Newsome d’un Département des Sciences Environnementales (Sydney, Australie). P. Barnard fait partie d’un Institut de Biologie de la Conservation (Oregon, USA). W.R. Moomaw fait également partie d’un Institut étudiant l’Environnement (Massachusetts, USA).

3. Le texte de la pétition

L’article de Ripple et al. est publié dans la partie “Viewpoint” (point de vue) du journal. Cet article ne comporte donc aucune observation nouvelle, aucun raisonnement mathématique, aucune expérience, aucune hypothèse. Il ne fait que résumer le point de vue des 5 auteurs susmentionnés. Sur deux pages, 29 petits graphiques sont présentés et l’on peut voir de nombreuses courbes croissantes (population humaine, nombre de ruminants, consommation d’énergie, transport aérien, émissions de CO2, émissions de GES, etc.) et plusieurs courbes décroissantes (surface des glaces, épaisseur des glaciers, acidité de l’eau de mer, taux de fertilité humain).

L’article, très court (5 pages), adopte un ton ultra-alarmiste et dit simplement que toutes les courbes croissantes et décroissantes sont causées par le CO2 d’origine anthropique et autres GES. Les travaux du GIEC sont ensuite cités.

Après avoir écrit l’article, et comme pour leur pétition de 2017, des scientifiques du monde entier ont été contactés pour leur demander un soutien. Il suffisait de cliquer sur un site web et d’indiquer ses coordonnées, et éventuellement sa spécialité.

Au total, environ 11 000 “scientifiques” ont cliqué. Nous ne savons bien entendu pas s’ils ont lu l’article de la pétition ni s’ils ont lu les volumineux rapports du GIEC.

4. Analyse des signataires

Grâce à la fonction logicielle “Recherche” il est facile de compter certains mots dans la liste des signataires. Parmi les 11 000 signatures nous trouvons environ 3500 biologistes et médecins (repérés grâce aux mots “Biology, Ecology, Plant, Genetics, Entomology, Neuroscience, Immunology, Medicine, Zoology, Microbiology, Veterinary, Biochemistry, Anthropology”). Nous trouvons ensuite 1500 étudiants  en doctorat (PhD students et PhD candidates).

Viennent ensuite : 231 physiciens, 124 chimistes, 87 océanographes, 75 astrophysiciens, 65 mathématiciens, 55 géologues, 32 glaciologues.

Curieusement, il n’y a que 14 climatologues (“Climatology”) et le terme “climate” ne revient que 151 fois.

Nous avons donc environ 6000 scientifiques signataires dont la spécialité est bien identifiée, plus de la moitié étant des biologistes et médecins.

Tout le reste, soit 5000 scientifiques, n’ont pas indiqué leur spécialité. Nous savons juste qu’ils sont Professeur, assistant Professeur, ou autre.

5. Conclusion

L’article publié dans BioScience est  rédigé par 5 personnes. Via internet, 11000 “suiveurs”, essentiellement des biologistes et des étudiants, ont ensuite cliqué sur “I like”, comme pour un célèbre média social. Que savons-nous des connaissances climatiques des 11 000 suiveurs? Si l’on en prenait quelques-uns au hasard pourraient-ils vous donner le taux d’accroissement annuel du CO2 atmosphérique ? Sauraient-ils vous parler de l’optimum climatique médiéval, des données satellitaires, des carottes de glace ou encore des rapports 13C/12C de l’atmosphère? Probablement pas.

Nous pouvons parier que beaucoup de ces scientifiques et étudiants ont simplement suivi le mouvement et signé sur base d’un sentiment négatif face aux nombreuses pollutions affectant les écosystèmes, mais sans rien connaître de précis sur le dossier du CO2. A nouveau l’amalgame climat et pollution a joué pleinement et les médias sont une fois de plus tombés dans le panneau.

Comme mentionné dans la critique de la pétition des 15 000, rappelons ici la fameuse pétition de l’Orégon en 2008, rassemblant 31 000 signatures, dont 9 000 docteurs en sciences (PhD) qui rejetait la théorie du réchauffement anthropique causée par le CO2 et demandait le retrait du protocole de Kyoto. Mentionnons également la récente lettre de 700 scientifiques dont un Prix Nobel, adressée aux Nations Unies en Octobre 2019, et dont le titre était “There is no climate emergency”. Ou encore, la pétition de 90 scientifiques italiens parue en juin 2019. Comme vous pouvez le voir, de nombreux scientifiques, dans le monde entier, rejettent les théories alarmistes véhiculées par le GIEC et les médias. Ce n’est pas parce qu’ils sont actuellement minoritaires qu’ils ont tort, car la science ne fonctionne pas à la majorité ‘absolue’ comme dans une démocratie!

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