Impossible de dire si la toundra arctique sera un puits ou une source de carbone

par Prof. Dr. Jean N., Faculté des Sciences, Université Européenne.

Le Credo des alarmistes concernant le dégel du permafrost (ou pergélisol) est désormais bien connu, car relayé sans cesse par les médias : le permafrost va fondre sous l’effet du réchauffement climatique, du carbone va ensuite s’en libérer sous forme de CO2 et/ou de CH4, ce qui provoquera un emballement de l’effet de serre. Voici un exemple, publié par la RTBF en janvier 2022. Tout le monde peut comprendre ce raisonnement.

Cependant, c’est aller un peu vite car ce raisonnement est beaucoup trop simpliste. Il n’y a pas qu’une libération de CO2 ou de CH4 qui pourrait être observée, mais également une fixation accrue de carbone. Tout cela est discuté dans un article récent publié par le groupe Nature en janvier 2022 (Magnani et al. 2022, Scientific Reports). Cet article nous démontre qu’il est en fait impossible de dire ce qu’il va se passer pour le permafrost de la Toundra Arctique dans les années à venir. Tout simplement parce que les paramètres environnementaux sont tellement nombreux (type de plantes, humidité, température, quantité de lumière, hétérogénéité du sol, importance des nuages, etc.) qu’il est hasardeux de faire des prédictions. Les auteurs de l’article nous le démontrent en réalisant toute une série de mesures sur le terrain et en employant des appareillages mesurant les flux de CO2 du sol vers l’atmosphère. Les auteurs résument ensuite leurs recherches de la manière suivante :

« It is still unclear whether High-Arctic ecosystems will become a carbon source or sink in the next few decades. In turn, such knowledge gaps on the drivers and the processes controlling CO2 fluxes and storage make future projections of the Arctic carbon budget a challenging goal.« 

Pour savoir ce qu’en pense le GIEC, lisez la suite. Vous allez être surpris!

Que dit le dernier rapport du GIEC concernant la Toundra arctique?

Le GIEC, dans sont dernier rapport (AR6) ne dit pas le contraire et va dans le même sens que l’article de Magnani et al. 2022 dont nous venons de parler. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le chapitre 5 de l’AR6, à la page 1216 (Box 5.1 : « Permafrost Carbon and Feedbacks to Climate »). Citons 5 phrases intéressantes tirées de ce chapitre de l’AR6 :

– « Despite accumulating evidence of increased carbon losses, it is difficult to scale up site- and ecosystem-level measurements to assess the net carbon balance over the entire permafrost region, due to the high spatial heterogeneity, the strong seasonal cycles and the difficulty in monitoring these regions consistently across the year. »

– « However, the length of these wintertime observational records is too short to unequivocally determine whether winter carbon losses are higher now than they used to be. »

– « … the relative roles of local sources versus influence from mid-latitudes makes it difficult to infer changes to Arctic ecosystems from these observations. »

– « In addition to CO2, CH4 emissions from the northern permafrost region contribute to the global methane budget, but evidence as to whether these emissions have increased from thawing permafrost is mixed. »

– Atmospheric measurements and inversions performed at the global and regional scales do not show any detectable trends in annual mean CH4 emissions from the permafrost region over the past 30 years (Jackson et al., 2020; Saunois et al., 2020; Bruhwiler et al., 2021), consistent with atmospheric measurements in Alaska that showed no significant annual trends despite significant increase in air temperature (Sweeney et al., 2016). Atmospheric inversions and biospheric models do not show any clear trends in CH4 emission for wetland regions of the high latitudes during the period 2000–2016 (Patra et al., 2016; Poulter et al., 2017; Jackson et al., 2020; Saunois et al., 2020). Large uncertainties on wetland extent and limited data constraints place low confidence in these modeling approaches. »

Pourquoi alors certains médias relayent-ils la théorie alarmiste du permafrost? Tout simplement parce qu’ils ne citent que quelques études alors qu’il faut prendre du recul et les citer toutes, mais aussi parce que les journalistes alarmistes ont des idées préconçues et veulent seulement rallier les lecteurs à leurs idées. C’est bien connu, il n’y a aucune obligation de neutralité ou d’impartialité imposée par la loi aux médias. De plus, certains journalistes n’ont lu que le résumé pour décideurs du GIEC (SPM) dans lequel les incertitudes concernant le permafrost ont été complètement gommées. Oui, elles ont été gommées, comme nous vous le montrions pour l’effet des nuages dans l’AR5. Pour vous en convaincre, il suffit de lire vous-même les 41 pages du SPM de l’AR6. Le dernier rapport du GIEC fait 3949 pages. Il est évident qu’il est impossible de tout dire en 41 pages d’un résumé. Le GIEC a donc choisi de gommer les incertitudes…

Conclusions

– Dans un article récent publié sur SCE le 11 février 2022, nous vous démontrions que les incertitudes du cycle du carbone rendaient sa modélisation hasardeuse (JC Maurin, ici). Dans un même ordre d’idées, l’article de Magnani et al. (2022) nous montre clairement que le cycle du carbone est incertain pour la Toundra arctique et son permafrost. Il ne sera probablement jamais possible de savoir ce qu’il s’y passe réellement lors d’un dégel partiel (plus de fixation de carbone? plus d’émissions de carbone?) et toute modélisation mathématique du permafrost sera hasardeuse.

Le GIEC est d’accord avec tout ce qui vient d’être dit, du moins dans la partie scientifique du rapport. C’est écrit noir sur blanc dans l’AR6 page 1216. Seuls les médias alarmistes et les politiciens peu scrupuleux utilisent la peur de la fonte du permafrost dans l’unique but de justifier leurs politiques.

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