par Samuel Furfari, Professeur émérite Université Libre de Bruxelles
Le mot est devenu une arme. Prononcez « climatosceptique » et l’association d’idées suit aussitôt : extrême droite, désinformation, parfois même « payé par les pétroliers ».
En Belgique et en France comme ailleurs, ce qualificatif ferme le débat avant qu’il ne commence. Il mériterait pourtant d’être examiné, car il repose sur un mensonge de départ.
Un mot mal choisi
Être « sceptique du climat » supposerait de douter que le climat change. Or personne ne conteste que le climat évolue : il l’a toujours fait, sur des échelles de temps géologiques comme sur des échelles plus courtes, bien avant que l’homme ne brûle du charbon ou du pétrole. Le terme est donc, à la base, une caricature. Il vise moins à décrire une position scientifique qu’à disqualifier moralement ceux qui la tiennent.
Ce qui existe réellement, et en nombre croissant, ce sont des climato-réalistes : des scientifiques, des météorologues, des ingénieurs qui admettent le réchauffement, mais estiment que son ampleur, ses causes et surtout ses conséquences annoncées font l’objet d’une exagération considérable dans le débat public. C’est une différence que les médias refusent obstinément de faire.
Des voix qualifiées, systématiquement écartées
Cette famille de pensée n’a rien de marginal ni d’anonyme. En France, l’Association des climato-réalistes (ACR), fondée en 2016, réunit depuis dix ans des membres aux qualifications reconnues, sans que cela lui vaille la moindre reconnaissance médiatique proportionnée à son sérieux. À l’échelle internationale, la fondation Clintel, dont le président est Václav Klaus, ancien président de la République tchèque, défend la thèse qu’il n’y a pas d’urgence climatique — une position signée par plus de deux mille scientifiques et professionnels de plus de quarante pays.
Aux États-Unis, ces voix sont plus audibles qu’en Europe. Le physicien Steven Koonin, qui fut sous-secrétaire chargé de la science sous l’administration Obama, a publié une critique argumentée des certitudes affichées sur le climat . Le physicien de l’atmosphère Richard Lindzen, professeur au MIT pendant trente ans et auteur de plus de deux cents articles scientifiques évalués par les pairs, a été l’un des auteurs principaux d’un rapport du GIEC avant de prendre ses distances avec cette organisation, dénonçant une dérive politique au détriment de la rigueur scientifique ; il est membre du Comité scientifique de l’ACR. De nombreux scientifiques, spécialistes de la climatologie, reconnus ont été forcés de quitter leurs institutions face aux pressions de leurs autorités académiques. La liste est hélas longue, mentionnons seulement le Prof. Judith Curry (Université Northern Illinois), le chercheur Henrik Svensmark (Danish Space Research Institute). Ne pas prendre en considération leurs publications dans le domaine de la climatologie dans des revues de très haut rang et « peer reviewed » montre à quel point le système de dénigration des « climatosceptiques » s’est emballé et est devenu aveugle.
Ce ne sont pas des figures obscures. Ce sont des chercheurs décorés ― y compris prix Nobel ―, publiés, cités — que l’étiquette « climatosceptique » suffit pourtant à évacuer du débat sans qu’on ait besoin de discuter leurs arguments.
L’ostracisme a un coût
Le résultat de cette police du vocabulaire est un climat intellectuel délétère. Le site francophone Science, Climat, Énergie publie des analyses scientifiques solides et documentées, mais certains de ses animateurs, professeurs d’université en exercice sont obligés de conserver l’anonymat : être identifiés suffirait à menacer leur faire courir le risque de perdre leur poste de professeur d’université.
Pendant ce temps, une adolescente suédoise sans aucune formation scientifique a bénéficié d’une tribune médiatique mondiale sans commune mesure avec celle accordée à des chercheurs chevronnés. Ce déséquilibre en dit long sur la nature du débat : il n’est plus scientifique, il est devenu moral et identitaire, et sur ce terrain-là, l’expertise ne pèse plus rien face à l’émotion.
Une politique aveugle, des résultats qui le prouvent
Dans ces conditions, le débat n’est plus audible ni même n’a de raison d’être puisqu’il est devenu moral. Alors, examinons les conséquences de cet aveuglement. L’Union européenne continue d’appliquer l’Accord de Paris avec une rigueur que la Commission européenne présente comme non négociable, alors que le bilan est sous nos yeux : en dix ans, l’UE a réduit ses émissions de CO₂ de 554 millions de tonnes, pendant que les émissions mondiales hors UE augmentaient de 3 008 millions de tonnes sur la même période. L’effort européen, désindustrialisant et coûteux, est statistiquement noyé par la croissance des émissions ailleurs dans le monde — notamment dans les pays en développement, qui n’ont ni la volonté ni les moyens de se priver des énergies fossiles pour se développer, charbon compris. Là, l’insulte climatosceptique ne s’applique pas, l’insulte serait plutôt « décroissant ». Aujourd’hui encore, d’après les meilleures données (75e édition de la Statistical Review of World Energy), les combustibles fossiles qui produisent le « diabolique » CO₂ représentent 86 % de l’énergie primaire mondiale ; l’éolien et le solaire réunis, à peine 3 %. Et après une trentaine de conférences climatiques internationales, les émissions mondiales de CO₂ ont augmenté de 67 % signe qu’en dehors de l’UE on ne s’intéresse guère au climat (voir mon livre référencé en bas de cet article). Ces chiffres ne sont pas des opinions climatosceptiques : ce sont des faits irréfragables, disponibles pour quiconque accepte de les regarder sans dogmatisme.
Sortir du procès d’intention
La vraie question est de savoir si l’on accepte encore, dans l’UE, qu’un scientifique puisse exprimer un désaccord argumenté sans être assimilé à un fasciste ou à un vendu. Un débat qui ne tolère plus la contradiction n’est pas de la science, c’est de l’idéologie. Et une idéologie qui détruit la prospérité d’un continent au nom d’une politique dont les résultats chiffrés démontrent chaque année un peu plus l’inefficacité mérite, à tout le moins, d’être questionnée sans que la question elle-même soit un crime.
Pour aller plus loin : Samuel Furfari, 2025, La Vérité sur les COP. Trente d’ans d’illusions. L’Artilleur