par Granereau Gilles,
Ancien météorologiste, puis chef de projets environnement, aménagements forestiers et tourisme à l’ONF. Spécialisé dans la gestion du littoral (fixation des dunes, gestion de l’érosion marine, etc.), dans les aménagements forestiers à caractère « extensif », dans les aménagements touristiques en milieux sensibles, botaniste. Chargé de mission Natura 2000 pour les dunes d’Arcachon (La Teste) à Tarnos, et pour le grand site militaire du Camp du Poteau (9500 hectares), où j’ai pu travailler entre autres dans la stratégie et la typologie des pare-feu.
Cet article a initialement été rédigé à l’issue des feux de Fontainebleau. Puis sont survenus les incendies en Gironde, et dans les Landes. Passer outre ces feux « hors normes » eut été un manquement à l’objectivité de la problématique.
Un incendie est un phénomène multifactoriel. Chercher une cause unique, quelle qu’elle soit, conduit presque toujours à une mauvaise compréhension du phénomène.
L’objectif de cet article n’est pas d’alimenter une polémique. Il est de rappeler qu’un incendie majeur résulte toujours d’une combinaison de facteurs et que réduire son explication au seul réchauffement climatique conduit à négliger d’autres causes sur lesquelles il est possible d’agir.

La photographie jointe est de 2011, elle illustre les « brûlages dirigés » organisés au Camp du Poteau (terrain militaire à cheval Landes/Gironde), où j’étais chargé de mission Natura 2000 et avais pour mission dans ce cas d’expertiser la technique et d’évaluer son intérêt écologique et stratégique. Le pompiers (militaires et SDIS) pratiquaient dans ce cadre leur formation aux feux tactiques
1. Fontainebleau
L’incendie qui a frappé la forêt de Fontainebleau en juillet 2026 a immédiatement été présenté comme une illustration du réchauffement climatique. La sécheresse exceptionnelle et les températures élevées ont effectivement favorisé la propagation du feu. Mais réduire l’explication à ce seul facteur revient à ignorer plusieurs siècles d’histoire forestière.
Les archives montrent que Fontainebleau a connu de grands incendies bien avant l’époque actuelle.
L’ONF (Office national des forêts) rappelle que le massif enregistre chaque année plusieurs dizaines de départs de feu, essentiellement liés à l’activité humaine (feux de bivouac, imprudences, etc.). L’établissement met en œuvre des moyens spécifiques, tels des drones, afin de pouvoir détecter au plus vite les points de chaleur anormaux, et suivre également les feux en temps réel.
Des incendies importants sont documentés, sans atteindre toutefois les superficies brûlées en 2026.
L’existence de ces événements historiques montre que le massif était déjà vulnérable aux grands feux alors que la question climatique actuelle n’était pas encore écrite.
Une forêt naturellement inflammable
Fontainebleau possède plusieurs caractéristiques qui favorisent les incendies :
Des sols sableux très filtrants,
Des chaos rocheux qui compliquent l’intervention,
Une fréquentation parmi les plus fortes au niveau des forêts françaises,
Une végétation adaptée aux sols relativement pauvres et acides.
La forêt est largement dominée par le pin sylvestre sur les secteurs sableux. Les résineux contiennent davantage de résines et de composés volatils qui favorisent la combustion. Les aiguilles forment également un tapis sec particulièrement inflammable, ceci en complément d’un sous-bois lui aussi fortement combustible. À l’inverse, les feuillus, et notamment les hêtraies, sont généralement moins sensibles au feu en raison d’une humidité plus élevée, d’un couvert plus fermé, et d’une inflammabilité moindre.
Cette différence entre essences est connue depuis longtemps en écologie forestière et ne dépend pas du réchauffement climatique.
2. Un contexte de forte fréquentation anthropique
Le climat ne crée pas le feu ! Les départs de feu sont presque toujours d’origine humaine.
Ce sont les conditions météorologiques qui induisent éventuellement des conditions favorables à sa propagation. Mais n’oublions pas que la foudre constitue un facteur naturel majeur de départs d’incendies.
Les départs de feu proviennent très majoritairement :
D’imprudences humaines,
De feux de camp,
De travaux (forestiers ou non),
D’actes volontaires ; Il est fréquemment avancé par les professionnels de la lutte contre les incendies que les actes malveillants représentent une part importante des départs de feu, même si leur quantification est difficile lorsque l’origine demeure indéterminée.
Par ailleurs, des départs de feux sont souvent observés à proximité du réseau routier, mais aussi des voies ferrées, des lignes électriques…
L’ONF indique que la très forte fréquentation du massif (plusieurs millions de visiteurs chaque année) explique une grande partie des départs de feu. La prise de conscience du fait que tout feu est proscrit en forêt en période sèche ne semble pas être intégrée par la population, d’autant plus que la notion d’apport de feu s’applique également aux fumeurs !
3. L’exemple de la forêt landaise et des forêts du Sud
Nous aborderons plus loin les incendies de 2026, et posons ici une présentation générale de la problématique.
La forêt landaise a beaucoup brûlé par le passé, et encore récemment des incendies majeurs se sont produits, ceux de 2022 en Gironde en sont l’illustration. De même, le Sud est régulièrement soumis à des feux, parmi lesquels bon nombre d’origine criminelle. Là encore, le réchauffement climatique est mis en avant, comme ce fut le cas en 2017 ou bien en 2020 en Australie, sans parler des incendies de Los Angeles de 2025, dont la similarité avec ceux d’Aquitaine en 2026 concerne hélas la destruction de zones urbanisées (billet n° 34 sur mon site, les autres articles s’y trouvent également). Les contextes sont certes différents, mais les causes réelles restent les mêmes et pas uniquement recentrées autour du réchauffement atmosphérique.
Pour toutes ces situations, on va retrouver des points communs ayant conduit aux désastres constatés :
– une situation météorologique conduisant à une sécheresse,
– des vents forts,
– un manque de prévention,
– des contradictions dans les moyens et les conduites des luttes contre les feux.
En revenant sur l’exemple de la forêt landaise, où l’on a tout comme à Fontainebleau une essence puissamment combustible (le pin maritime vs le pin sylvestre à Fontainebleau) et des sols sableux. Sur le littoral landais, la fréquentation humaine est également importante durant la saison touristique. Mais, tout comme je l’avais déjà relevé dans les articles cités supra, la prévention n’est peut-être pas toujours suffisante, et des pare-feu et voies d’accès (pistes DFCI) n’offrent pas toujours un maillage suffisant. L’accessibilité, la possibilité d’attaquer le feu en sécurité pour les feux tactiques (« contre-feux ») et un accès à l’eau à proximité, sont des critères qui peuvent faire la différence dans la maîtrise des feux.
On notera que sur la côte landaise, la question de la densité des coupures de combustible et des pistes DFCI mérite d’être posée. Les réflexions seraient à mener au cas par cas, afin d’apprécier si leur maillage permettrait de répondre à des incendies de grande ampleur.
4. Mais qu’entend-on par prévention ?
La prévention concerne l’aménagement de la forêt mené en vue de sécuriser au maximum les peuplements au regard du feu. Ceci implique bien souvent la coupe de bois afin d’ouvrir les voies d’accès, les pare-feu, etc. Aujourd’hui, le forestier est souvent confronté à une certaine contestation de ces coupes rases des bois à des fins de sécurisation, par des pressions sociales, comme ce fut le cas à La Teste.
Elle repose par conséquent sur plusieurs éléments indissociables :
Les pistes d’accès (pistes DFCI et autres),
Les pare-feu, aux dimensions variables et au maillage établi selon les caractéristiques de la forêt. On peut également évoquer les types de pare-feu, qui peuvent être à sable blanc (végétation extraite), avec de la végétation basse contrôlée (fauche). Une coupure de combustible peut intégrer ces critères, ou bien être constituée d’arbres moins combustibles (feuillus)
Les zones débroussaillées, notamment en bordure des routes, des zones urbaines, des sentiers,
Les réserves d’eau : forages, bornes incendies, mares, lacs, etc. Ce point est important car les pompiers ont souvent recours aux agriculteurs pour éviter les ruptures d’approvisionnement, comme ce fut le cas à La Teste (et sur bien d’autres feux).
La surveillance : de nombreux moyens existent actuellement, et la détection des feux repose également sur la mise en œuvre d’une technologie élaborée : drones, postes d’observation avec ou non des systèmes de détection automatique, suivi des foudroiements en temps réel, etc.
Un dernier élément s’applique à la prévention : la communication et la sensibilisation. Face à une population de plus en plus éloignée du milieu rural ou forestier, il est nécessaire d’informer le public pour lui faire prendre conscience des dangers inhérents à des comportements qui peuvent conduire à des incendies. Et de rappeler que la réglementation existe, et qu’en matière d’incendie, elle peut être sévère. Pour exemple, un incendie allumé volontairement peut être considéré au regard de la Loi comme criminel.
Si j’ai évoqué plus précisément la forêt landaise, c’est qu’en réalité, les incendies de 2022 en Gironde, ont amené notamment l’ONF à étendre les formations DFCI aux forêts plus nordiques, et en particulier à celle de Fontainebleau, car jusque-là, le massif n’était pas considéré comme prioritaire face au risque incendie.
5. Et le climat dans tout cela ?
Le réchauffement de l’atmosphère, qui est dûment constaté, contribue bien sûr à augmenter la combustibilité potentielle. Le risque incendie dépend avant tout des conditions météorologiques des semaines précédentes (pluie, humidité, vent, température). La variabilité climatique naturelle est probablement en mesure de modifier la fréquence de certaines situations météorologiques, mais ce sont des situations météorologiques concrètes qui conditionnent directement le comportement d’un feu, à l’instar des « blocages anticycloniques » susceptibles d’engendrer des sècheresses et canicules.
Par conséquent, attribuer un incendie particulier au seul changement climatique serait simplificateur.
6. Quels sont les facteurs intervenant dans un feu ?
– La météorologie, et surtout les périodes de sécheresse, de vent, et d’orages (foudre),
– À ce niveau le vent joue un rôle majeur, il accélère la progression des fronts de flamme, peut contrarier la lutte aérienne,
– L’humidité des sols et de la végétation : c’est là encore l’absence de précipitations (facteur météo) qui va conduire à cet assèchement. On peut également rajouter qu’un excès de drainage des sols (fossés notamment) conduit à une moindre disponibilité des réserves en eaux souterraines durant les périodes sèches,
– La nature des essences : les résineux sont plus combustibles que les feuillus. Le caractère monospécifique de peuplements résineux accroît la sensibilité au feu des peuplements. Par ailleurs, certaines essences feuillues, comme les eucalyptus, présentent un potentiel de combustibilité très fort.
– La topographie : l’accessibilité et la stratégie de lutte sont différentes s’il existe du relief,
– L’origine du départ de feu : s’il s’agit de pyromanes, il faut toujours s’attendre à ce qu’ils interviennent à plusieurs endroits, ce qui déstabilise la lutte active,
– La rapidité de détection : un feu détecté précocement, associé à une intervention rapide sera facilement maîtrisable ; une détection/intervention plus tardive demandera beaucoup plus de moyens, surtout s’il y a du vent,
– L’accessibilité du terrain : ceci rejoint la prévention : pour lutter contre le feu, les pompiers doivent pouvoir accéder facilement, et en sécurité (possibilité de repli en cas de changement de vent par exemple),
– Les moyens de lutte : on rejoint ici la discussion sur l’insuffisance des moyens ou plus exactement sur la disponibilité des moyens en temps réel (réactivité) en cas de feu majeur. Cela concerne en particulier les moyens aériens.
C’est la combinaison de ces facteurs qui détermine l’ampleur finale d’un incendie.
7. Aquitaine 2026 : la stratégie de prévention était-elle opérationnelle ?
Dans des articles précédents, j’avais attiré l’attention sur le risque de survenue d’un feu majeur en Aquitaine, notamment à proximité du littoral et des zones urbanisées, arguant que les moyens de prévention me semblaient insuffisants. Les feux de juillet viennent hélas corroborer mon analyse.
Je vais rappeler ici les insuffisances suspectées ayant conduit au désastre, et au décès de pompiers dans l’exercice de leur indispensable et dangereuse fonction.
A-t-on tiré les enseignements des incendies de 2022 en Gironde ? Non. Au regard de ce que j’ai écrit plus haut, voici une analyse technique des mesures qui seraient à engager.
Voies de circulation : elles devraient être encadrées par des pare-feu (au moins 20 m de part et d’autre), puis d’une gestion différenciée des peuplements sur une cinquantaine de mètres afin de réduire la combustibilité (débroussaillements, priorisation des feuillus, réduction de la densité des pins, etc.). À noter que dans le cas des incendies de Biscarrosse (2026) et de La Teste (2022), initiés par un fourgon ayant pris feu, cette mesure aurait probablement limité l’extension prise par les incendies.
Pare-feu, coupures de combustible : un maillage plus important de pare-feu significatifs au sein des parcelles de pins, associé aux pistes DFCI, constituerait une zone d’appui pour les pompiers, qui pourraient ainsi plus aisément guider ou contrer le feu, en limitant les sautes de feu. Cela permet aussi aux moyens aériens d’optimiser l’effet des largages d’eau ou de retardant, en particulier dans le cas de feux de cimes. Il s’agit également de dispositifs indispensables pour la mise en œuvre des feux tactiques, sachant que pour les engager, il est important que les pompiers puissent se retirer en sécurité en cas de changement de vent.
Ces mesures de coupes de bois (coupes rases) sont de plus en plus contestées par des mouvements ou associations, comme on a pu le voir à La Teste, la coupe d’arbres étant par certains décriée comme « écocide » (voir article supra).
L’accès à l’eau : des mesures ont été engagées, mais restent insuffisantes, l’objectif étant ici de réduire la distance pour faire rapidement le plein d’eau des camions de pompiers. Ici encore, les agriculteurs travaillent toujours de concert avec les pompiers, apportant leurs tonnes à eau pour arroser les zones critiques. Ce point mérite d’être souligné, à l’heure où les agriculteurs sont pointés du doigt par la réglementation et par des idéologies.
Les moyens : les incendies de l’été 2026 ont, une nouvelle fois, mis en évidence les limites des moyens nationaux de lutte. Plusieurs avions bombardiers d’eau étaient indisponibles pour maintenance ou réparation, tandis que le recours aux capacités européennes s’est révélé difficile en raison de la simultanéité des incendies dans plusieurs pays. Cette situation relance inévitablement la question du dimensionnement de la flotte aérienne française et de sa capacité à faire face à des crises de grande ampleur.
Au-delà des seuls moyens aériens, ces événements interrogent les priorités de l’action publique. La France consacre aujourd’hui des ressources considérables à la transition énergétique et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (la « lutte pour le climat »). Ces politiques sont inscrites dans une stratégie de long terme, alors même que la France représente environ 1 % des émissions mondiales de CO₂ et que la croissance des émissions demeurera durablement pendant des décennies, et sera principalement portée par les grands pays émergents.
À l’inverse, les investissements consacrés à la prévention et à la lutte contre les incendies apparaissent souvent insuffisants au regard des enjeux. Pourtant, leurs bénéfices sont immédiats, tangibles et directement mesurables : des vies sauvées, des habitations protégées, des forêts préservées et des dépenses de reconstruction considérablement réduites.
Cette interrogation renvoie plus largement au débat entre atténuation et adaptation. La politique actuelle en France donne la priorité à l’atténuation (réduction des émissions) en y affectant des budgets conséquents. Certains scientifiques, parmi lesquels Steven Koonin, ancien conseiller scientifique de l’administration Obama, estiment que les politiques d’adaptation aux risques naturels mériteraient une place plus importante dans les politiques publiques, considérant qu’elles peuvent produire des bénéfices concrets à un coût souvent inférieur à celui des politiques de réduction des émissions. Sans trancher ce débat, les incendies récents montrent qu’un renforcement significatif des moyens de prévention et de lutte constitue une nécessité difficilement contestable.
Cette réflexion concerne également certaines réglementations applicables aux matériels de secours. Les véhicules d’incendie restent soumis aux dispositifs de fiscalité énergétique applicables aux carburants, alors même que leur usage relève exclusivement d’une mission de sécurité civile. De même, les motorisations répondant aux dernières normes environnementales, notamment celles utilisant un système de dépollution par AdBlue, ont parfois suscité des difficultés de disponibilité ou de maintenance signalées par plusieurs services d’incendie et de secours. Il serait légitime de s’interroger sur l’opportunité d’adapter ces contraintes techniques aux exigences de disponibilité permanente des moyens opérationnels.
La gestion de l’hydraulique : l’habitude est prise, notamment en zone humide, ou en bordure de routes et pistes, d’ouvrir des fossés pour évacuer l’eau. L’expérience montre que ces fossés conduisent à un affaissement de la nappe phréatique, et nuisent à la disponibilité en eau de la végétation en période sèche. Enfin, ces fossés sont infranchissables par les engins de secours, et ont même conduit à la perte de matériel. Il existe néanmoins une solution ayant l’avantage de ne pas affecter la nappe plio-quaternaire présente dans les Landes et en Gironde, et de permettre le franchissement sans risque par les camions : les cunettes. Fossés de 40 cm de profondeur et de 4 m en gueule (largeur), les cunettes sont moins onéreuses tant en création qu’en entretien, et offrent des avantages écologiques en se rapprochant du ruissellement naturel, mais aussi économiques puisqu’elles évitent le recours aux busages (ou ponts) pour leur franchissement.
La politique et l’économie: chaque kilomètre de piste DFCI créé ou entretenu, chaque hectare de coupure de combustible aménagé représente un investissement relativement modeste au regard du coût humain, écologique et économique des grands incendies. Quelques dizaines de milliers d’hectares détruits, des habitations perdues, des activités économiques durablement affectées et le déploiement de moyens terrestres et aériens exceptionnels engendrent des dépenses sans commune mesure avec celles qu’exigerait une politique ambitieuse de prévention. Un « plan Marshall » de la forêt en quelque sorte !Aujourd’hui, un arrêté préfectoral impose aux propriétaires d’habitations situées en lisière de forêt de débroussailler à leur frais sur une profondeur de 50 mètres autour de leur maison, ainsi que le long des voies d’accès. Dans les faits, cette obligation reste imparfaitement appliquée, en raison de son coût, de sa complexité et de son caractère souvent mal accepté. Par ailleurs, plusieurs incendies récents ont montré que cette largeur réglementaire peut s’avérer insuffisante lorsque les conditions météorologiques sont extrêmes.
Ce dispositif présente également une limite structurelle : il fait reposer une mission de protection collective sur une multitude de propriétaires privés dont les intérêts, les moyens financiers ou les capacités d’action sont très variables. Cette fragmentation rend difficile la constitution d’une véritable ceinture de protection continue autour des zones habitées.
Une réflexion de fond paraît aujourd’hui nécessaire. La prévention des incendies constitue une mission d’intérêt général relevant de la sécurité civile. À ce titre, la création et l’entretien de véritables pare-feu périphériques autour des secteurs urbanisés pourraient être planifiés, financés et coordonnés par l’État et les collectivités territoriales, en concertation avec les propriétaires concernés. Une telle approche permettrait d’assurer une continuité des ouvrages de protection qu’il est difficile d’obtenir par la seule juxtaposition d’obligations individuelles.
Pour les propriétaires forestiers dont une partie des peuplements serait durablement affectée à ces infrastructures de défense contre l’incendie, il serait judicieux d’étudier des mécanismes de compensation. Ceux-ci pourraient prendre la forme d’allègements fiscaux ou d’autres dispositifs tenant compte de la perte de valeur économique des surfaces transformées en pare-feu.
Enfin, les incendies récents ont mis en évidence une problématique nouvelle liée au développement des centrales photovoltaïques implantées sur d’anciennes parcelles forestières. Lorsqu’un incendie menace ces installations, les services de secours peuvent être conduits à adapter leur stratégie afin d’éviter leur destruction, ce qui mobilise des moyens supplémentaires dans un contexte déjà très contraint. Au-delà de cet aspect opérationnel, il convient de s’interroger sur les effets à long terme de la conversion de certaines surfaces forestières en centrales solaires [1]. Si les incitations économiques conduisaient progressivement à réduire les espaces boisés, cette évolution pourrait modifier l’organisation de la forêt et, localement, les conditions de gestion du risque incendie. La destruction éventuelle de panneaux photovoltaïques soulève également la question des pollutions susceptibles d’être générées.
En revanche, les affirmations selon lesquelles certains incendies seraient volontairement provoqués afin de favoriser l’urbanisation ou l’implantation de centrales photovoltaïques ne reposent, à ce jour, sur aucun élément établi. Seules les enquêtes judiciaires en cours permettront, le cas échéant, de confronter ces affirmations à la réalité, en déterminant les causes exactes des départs de feu.
8. En conclusion
L’incendie de Fontainebleau, et ceux d’Aquitaine et du Sud, ne peuvent être expliqués par une cause unique. Comme tous les grands feux de forêt, ils résultent de la convergence de plusieurs facteurs : un départ de feu, des conditions météorologiques favorables à leur propagation, la nature des peuplements forestiers, la topographie, la rapidité de la détection, les moyens d’intervention et, en amont, les choix de prévention et d’aménagement du massif.
Le réchauffement atmosphérique constitue vraisemblablement un élément susceptible d’accroître le niveau de risque lors des périodes de sécheresse. Il serait toutefois réducteur d’en faire l’unique explication d’un événement aussi complexe. Une telle approche pourrait conduire à négliger des leviers d’action concrets, tels que la prévention des départs de feu, l’adaptation de la gestion forestière, l’amélioration des infrastructures DFCI ou encore la sensibilisation du public.
La véritable question n’est donc pas de savoir s’il faut opposer le climat aux autres facteurs, mais comment intégrer l’ensemble de ces paramètres dans une politique cohérente de prévention. L’histoire de la forêt de Fontainebleau montre que le risque incendie n’est pas nouveau, et quant aux feux aquitains sa connaissance est bien plus ancienne. En revanche, les moyens de mieux s’y préparer existent. C’est sans doute sur ce terrain, plus que dans la recherche d’une cause unique, que doivent désormais porter les efforts.
Le réchauffement climatique n’allume pas un incendie. Il peut rendre le combustible plus sec. Mais sans combustible disponible, sans source d’ignition et sans conditions favorables de propagation, il n’y a pas de grand incendie. C’est pourquoi la prévention doit agir sur les facteurs que l’homme maîtrise : les causes de départ de feu, la gestion des combustibles et l’organisation de la lutte. Cette stratégie ne peut pas être menée sans le soutien de l’État, garant de la sécurité du territoire, des biens et des personnes.
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Note
[1] Un fait ignoré et passé sous silence : les fermes solaires situées en zones boisées sont régulièrement responsables de départs de feu. Plusieurs dizaines d’hectares brûlés par exemple fin juillet dans les Landes. De plus, les pompiers ne peuvent intervenir au sein des systèmes photovoltaïques du fait des hautes tensions induites par les panneaux.
Addendum
Pour aller plus loin avec l’auteur : https://www.affaireclimatique.fr
Science, Climat, Energie a déjà abordé le thème des incendies
https://www.science-climat-energie.be/2021/09/10/incendies-de-forets/
https://www.science-climat-energie.be/2021/07/30/sce-info-encore-des-incendies/
Bonjour,
Les choses sont malheureusement extrêmement simples.
Il y a un manque d’eau et le climat étant perturbé cela ne viendra pas de la pluie, du moins pas là où il le faudrait et quand il le faudrait.
S’il y avait de l’eau les forêts seraient en train de prospérer plus que jamais, il faut s’en rendre compte : il y a encore de la marge par rapport à la température, l’évapo-transpiration peut non seulement refroidir l’environnement proche mais tout simplement permettre à l’arbre de vivre et donc stocker le carbone.
Le gros paradoxe, c’est que des pluies vont finir par arriver et elles seront abondantes, tout porte à le croire et là on devra faire face aux phénomènes inverses comme ce l’était d’ailleurs il n’y a pas si longtemps que ça.
Il faut arrêter de se lamenter sur le lait versé et réfléchir froidement à ce qu’il faut faire qui soit le plus directement efficace et le plus rentable.
Or, clairement, l’eau est au centre des deux problématiques : sécheresses & inondations.
La conclusion est évidente : c’est sa gestion qui est importante.
L’autre réalité est l’urgence : les inondations arriveront plus vite qu’on ne le pense et ce sera par contre une occasion en or de réaliser des stocks massifs tout en déviant les flux susceptibles de créer des inondations vers des zones de stockage.
Cela implique évidemment de discerner quels travaux sont à réaliser et de s’y mettre dès maintenant ainsi avec le même investissement on réduira les impacts des inondations et on pourra mieux gérer les sécheresses à venir.
Il faudra évidemment aussi un réseau de distribution.
Cela va coûter ?
Certes mais ne rien faire coûtera encore plus et .. irriguer les forêts et cultures risquent d’apporter un rendement jamais vu l’année prochaine : donc, chiche !!
Au travail..
Merci pour vos remarques.
La réalité ne me parait pas pouvoir être réduite au problème de l’eau et des sécheresses. Le pin maritime est adapté à des climats plus secs, mais trois problèmes viennent interférer avec son développement : 1) la quasi absence de prévention (pare-feu, pistes DFCI, points d’eau, surveillance, etc.), 2) la mise en place de pins génétiquement sélectionnés, après labour des sols (destruction des humus, de la vie du sol, etc.), et avec apport d’intrants (cela fragilise les arbres en augmentant leur stress hydrique et en les rendant moins résistants aux adversités – animales et météo), 3) la gestion de l’hydraulique. L’eau ne manque pas (voir par ex J. de Kervasdoué et d’autres), mais sa gestion devient critique (en ce sens je suis d’accord avec vous) : fossés importants et systématiques augmentant le ruissellement et réduisant la nappe d’eau superficielle. Je n’ai pas tout développé dans l’article, mais il apparaît que le seul effet véritablement mesuré du CO2, c’est l’augmentation de la productivité végétale. Les sécheresses sont des phénomènes liés à des situations météo spécifiques et non à une supposée évolution climatique dépendante du CO2 « anthropique ». En tant qu’ancien forestier, je démontre facilement l’adpatation du pin aux sécheresses : sur le littoral, les pins de la zone dunaire se développent parfaitement, alors que la nappe est très profonde (parfois plus de 20 mètres) ; sur la plateau landais, la nappe est plus proche, mais la battance importante liée au drainage (on parle ici « d’assainissement ») tend à les fragiliser. Malgré tout leur croissance reste rapide, nonobstant les aléas météo, les adversités végétales et animales, les incendies…
OK, mais les résineux sont d’une inflammabilité extrême. Ne serait-ce pas le moment de commencer leur remplacement par des feuillus mois combustibles ?
Eternel débat … tout d’abord, il convient de prendre en compte l’adaptation des essences en fonction des milieux découlant des facteurs basiques : sol, végétation, relief, climat. A Yellowstone par exemple, les Séquoias sont adaptés et ne peuvent être remplacés par des feuillus : ils ont la particularité de pouvoir se régénérer par le feu. Le pin des Canaries résiste au feu grâce à des adaptations spécifiques. Dans le massif des landes, la forêt de production repose sur le résineux le mieux adapté au terroir : le pin maritime. Le remplacer par des feuillus (lesquels pourraient assurer une production équivalente ?) serait une erreur, mais je suis plutôt partisan d’une inflexion de la gestion, avec un travail sylvicole « au profit des minorités », à savoir les feuillus lorsqu’ils viennent naturellement. Enfin, les feuillus ne sont pas nécessairement moins combutibles : par exemple les Eucalyptus sont directement les principaux responsables de l’ampleur des incendies au Portugal, et en Espagne (dans d’autres pays également comme l’Australie).
Dans un premier temps, je reste positionné sur la priorité à donner à la prévention, et à la prise en charge par l’Etat de cette prévention.
@Monsieur Francois De Sadeleer 08 août 12:36
Merci de votre propos suivant : [[ Or, clairement, l’EAU est au centre des deux problématiques : sécheresses & inondations. La conclusion est évidente : c’est sa gestion qui est importante. ]]
Un propos certes pertinent, il appelle nombre d’autres interrogations !
1) Ma perplexité est grande si on raisonne au niveau physique macroscopique (celui du globe terrestre)… notons p.ex. :
* A l’échelle du globe, l’homme n’a aucun moyen d’action sur les phénomènes venteux (ordinaires et extrêmes, tels les tornades, ouragans, etc.), ni sur les effets induits orageux et autres. On subit et croise les doigts…
* La microphysique des nuages (fort étudiée, quoique bourrée d’incertitudes).
Elle comporte nombre d’éléments non déterministes et s’inscrit parmi les comportements chaotiques. Cette description me reste ainsi trop simple :
https://www.umr-cnrm.fr/old/spip.php?rubrique192
* La disparité des précipitations (en mm/an , Europe, Belgique ):
Une moyenne pour 2022 était de 829 mm/an. La valeur la plus élevée était au Islande: 1.940 mm/an et la valeur la plus basse était au Moldova: 450 mm/an.
En Belgique, la quantité moyenne annuelle de précipitations s’élève à environ 910 millimètres par an. Ce volume varie fortement selon les régions du pays, allant de près de 700 mm dans le nord de la Hesbaye jusqu’à plus de 1.400 mm dans les Hautes Fagnes. (IRM-KMI)
* Hors certaines considérations politiques (ex-OMM-ONUsien), la météorologie mondiale est une science extrêmement bien documentée… grâce à la multitude d’observations, disponibles depuis des décennies, mais reste bourrée d’aléatoire !
Cfr aujourd’hui les images des satellites météorologiques, dont p.ex. le site
https://fr.allmetsat.com … et ceux NASA, portant sur toutes géographies et les phénomènes observables ! Y sont notées des incertitudes qu’ils spécifient clairement p.ex. : https://fr.allmetsat.com/disclaimer.php
2) Ma perplexité reste aussi grande si on raisonne au niveau Europe ou d’un pays spécifique !
Faut-il suggérer à Poséidon ou Neptune de calmer leurs excès de tempérament ? Avaient-ils et/ou maîtrisent-ils encore El-niño pour justifier (température des océans, explicative aux yeux de certains) une des causalités médiatisées sur l’actuelle situation météorologique qui hante l’Europe continentale ?
3) Dès le moment où l’on parle de « gestion de l’eau », les plans pullulent ; ils sont spécifiques et circonstanciels.
* Devant les circonstances météo extrêmes d’EAU, assez peu de moyens semblent aptes à calmer les débordements. En rappel du cas belge à l’été 2021 (vallées de Dyle – Vesdre – Ourthe – Meuse – Dendre, ailleurs encore ) ?
Faut-il imaginer de remodeler certains « bassins hydrographiques versants » et à quels prix exorbitants ? Les volumes/masses d’eaux à considérer sont tels qu’ils dépassent les capacités de simples ‘bassins d’orages’ et rigoles.
Ah oui, certains parlent de « zones inondables à recréer » (là où existaient de vastes marécages historiques). On en rêve ???
* Les autorités des voies navigables (et des barrages) ont investi massivement. Elles disposent de « plans d’urgence », fort difficiles à anticiper / manier lors de folles crues, ceci partout dans le monde… Voir les effets moussons en Asie ?
* Beaucoup ont dénoncé – à raison – l’urbanisation folle, le ‘béton/asphaltage’ qui va avec. Pouvoirs locaux, promoteurs immobiliers et particuliers ont justement été mis en cause. Comment propose-t-on d’inverser l’existant ?
* Réseaux de distribution amont/aval ? Les sociétés publiques de l’EAU (celles alimentaire ET usées) sont débordées par les problèmes techniques et financiers liés au vieillissement d’infrastructures à moderniser !
4) Le puzzle est vaste ! Conception de solutions court-terme et long terme :
échelle de temps politique = des décennies ? Entre-temps, météo joue et gagne…
Reste à quelques gourous de préciser le « comment mieux agir » ?
5) Pour ce qui concerne la météorologie, les forêts et landes (et nos fagnes, ailleurs) : merci à Monsieur G. Granereau d’avoir documenté son expérience… confirmée un peu partout en Europe !
Merci pour votre commentaire, et croyez moi que j’ai bien conscience de la diversité des facteurs à prendre en compte à tous les niveaux.
Mais aussi de l’insuffisance des données, et de la connaissance des facteurs de déclenchement des grands mouvements atmosphériques.
La situation de canicule que nous vivons en est un exemple (vous aurez prochainement un petite synthèse sur ce sujet).
Merci M Grainereau pour cet éclairage et la manière nuancée d’analyser les situations.
La gestion, y compris la prévention, est difficile à faire passer au-delà d’un certain niveau de milieu social tant les discours politiques répugnent à dire tous les aspect de la problématique du moins pour certains d’entre eux qui sachant devraient le dire.
Ces derniers se trouvent concurrence électorale avec des tribuns pour qui les « yaka »; il « fautkon » sont plus collecteurs d’adhésions qu’un discours faisant comprendre que tous nous avons notre rôle à jouer.
Ce qui me reste en mémoire après une seule lecture est votre phrase « il apparaît que le seul effet véritablement mesuré du CO2, c’est l’augmentation de la productivité végétale ». Je retiens aussi l’explications de choses relativement simple comme la largeur et la profondeur des fossés, le maillage des forêts par de route déboisées de 20 m de chaque coté, la plantation d’essences moins inflammables sur une profondeur de 50m.
Mais ces questions de bons sens se heurte à la démagogie d’écologistes politiciens et du manque d’explications sur les raisons techniques de leur utilités.
Ce constat se fait aussi dans le domaine de l’énergie électrique avec un déploiement irréfléchi des ENRinp et ici la question de communication est beaucoup plus difficile parce que l’argumentation demande une connaissance minimum des lois de l’électricité.
Il est illusoire de penser que l’UE qui fait 6% des émissions de CO2 mondiales puisse à elle seule changer le cours de l’histoire et le faire à court terme. Les GES sont dans l’atmosphère pour longtemps (demi-vie du CO2 100 ans, c’est la plus courte des GES) et leur disparition sous l’action des radiations solaires est plus petite que les apport le l’activité humaine.
Notre univers terrestre est à la recherche d’un nouvel équilibre climatique sans que nous sachions lequel. Par contre nous pouvons anticiper les conséquences ou du moins en minimiser les effets.
Qui créera cette volonté populaire de le faire ensemble?