Brigitte Van Vliet-Lanoë, Directeur de Recherche émérite CNRS
Fil conducteur. La plupart des océans du globe ont connu un réchauffement de leur surface au cours des deux derniers siècles, probablement un petit évènement de type Dansgaard-Oeschger mais, l’Atlantique subpolaire commence à se refroidir irrégulièrement notamment en surface de la mer au sud du Groenland. De nombreux articles font grand cas du ralentissement de l’AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation) en cette année avec un impact climatique potentiellement catastrophique, notamment sur l’Europe en septembre 2025. C’est un scénario digne des films de fiction (le jour d’après) ! La circulation océanique Atlantique bien qu’affaiblie par le changement climatique, ne devrait pas s’effondrer, seulement s’affaiblir. Une synthèse de mars dernier (2024) suggère une résilience de ce courant qui devrait retrouver ses caractéristiques. Que pouvons-nous apporter à la lumière des évènements actuels et des données géologiques disponibles sur cette région du globe pour leurs conséquences pour le siècle en court ?
La circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC) est caractéristique du flux vers le nord d’eau salée chaude dans l’Atlantique superficiel, alias le Gulf Stream (GS) en zone < 40°N et un flux de retour vers le sud dans l’Atlantique en profondeur (NADW), servant de source majeure pour les transports de chaleur et de sel vers le nord de l’Atlantique ce qui affecte le changement climatique mondial. Il est suggéré que l’AMOC s’inscrit dans une tendance à l’affaiblissement depuis le siècle dernier sur base des reconstructions de paléo-proxies biologiques et géologiques et ce courant devrait ralentir davantage au cours du XXIe siècle faisant craindre un arrêt du GS. Néanmoins, certaines publications paléo-océanographiques ont montré que le GS ne s’était jamais arrêté, particulièrement au plus froid du dernier glaciaire le long de la côte Est des US (Ezat et al. 2014) et que l’activité des courants marins de l’Atlantique nord a enregistré des variations thermiques bien plus puissantes que l’actuelle (Wary et al. 2027), même au maximum de la dernière glaciation. c’est aussi le cas des dernières modélisations.
La plupart des médias n’ont jamais regardé les cartes de courants marins et de SST (Sea Surface Temperature) et des sites web européens et nord- américains disponibles au moins depuis environ 2000.
Cette année, la Niña est de retour, laissant présager sur l’Europe un hiver froid probablement similaire à celui de 2021+2022 et devrait perdurer jusqu’à la fin du printemps 2026. Alors que le soleil a passé son maximum en décembre 2025, il reste encore actif comme le montre la fréquence des tempêtes coronales, avec des vitesses de vent solaire entre 800 et 1200 km sec-1. Etant donné les coups de chauds liés à l’activité solaire élevée depuis début 2023 (cycle solaire 25), la teneur en humidité due à l’augmentation consécutive de la température de la surface de l’océan, la nivosité dans l’hémisphère N devrait être également importante, comme le suggère l’épaisseur de la nouvelle neige sur la façade est du Groenland l’Est de l’Amérique du N, là où la dernière calotte glaciaire s’est formée, il y a 75 ka.
1. LE GULF STREAM
LE GS s’écoule à première vue vers le NE depuis le golfe du Mexique, puis vers l’Est sous l’impact de la force de Coriolis. Le débit de ce courant chaud est boosté par une insolation élevée, mais est également perturbé par une fonte de la calotte groenlandaise et de la banquise arctique ancienne comme en 2012. Mais il résulte principalement et initialement de la dérive des eaux de l’Amazone, douces et chaudes via la mer des Caraïbes et le Golfe du Mexique (ajout du Mississippi) et donc de l’activité solaire. Sa grande perturbation s’effectue à la sortie du Golfe du Labrador, une des zones vitales pour la pêche dans l’Atlantique Nord. Le débit de l’Amazone est calibré par l’évapotranspiration de la forêt équatoriale et des précipitations qui en découlent sous impulsion de l’activité solaire et les pluies zénithales.

Figure 1. A1 : Carte université maritime d’Halifax (CN) ; A2 : SST (surface mer) T°C le 04 11 25 ; le Gulf Stream est en orange. Le 05/11/2025 l’eau est froide (+2°C à l’W du Labador) et peu salée, donc légère et circule sur le plateau continental. B. Carte T° air pt de rosée, montrant la formation d’un cisaillement chaud à l’aplomb du contact avec le GS 13/ 11/ 25 (image B2 : T°C point de rosée). C. Les AMP (H froids) sont ici issus de la Mer du Labrador (langues vertes <15°C ; orange >28°C). Noter leur déformation via Coriolis (voir Figure 2).

Figure 2. Relations directes de surface entre le Gulf Stream, le Courant du Labrador (LAB.C) et celui d’Irminger (IRM.C). Superposition des vents (AMP) et des flux marins de surface. Il existe une excellente corrélation entre les températures atmosphériques et les mouvements des masses d’eau superficielles. A Noter qu’Irminger s’accole à la dérive Est Groenlandaise.

Figure 3. Carte globale de la circulation de surface de l’Atlantique N (bleu = froid ; rouge = tiède ; vert =Eaux profondes ou NADW) Drift = dérive .
Cette région est critique pour notre climat en rabattant le courant d’Irminger vers le sud le long de la Dérive Est Groenlandaise (EGD) lorsque le flux froid est abondant et relativement léger (peu salé : glace ancienne et de calotte), permettant le glissement d’anticyclones mobiles polaires (AMP) qui repousse l’air chaud et humide du GS vers le SE, permettant dans l’atmosphère la formation de cyclones puissants à son contact aval (Oltmanns et al. 2020). Ils mettent souvent 3-4 jours à atteindre l’Europe (Fig. 2). La zone froide située au débouché du golfe du Labrador appelée parfois trou de réchauffement de l’AMOC (Li & Liu 2025) est en fait un bassin tectonique , une cuvette froide plus ou moins grande, descendant à 3000 et 4000m de profondeur et remplie pour le moment d’eaux polaires, issues du Courant froid de l’Ouest groenlandais et de celui du Labrador (Figures 1 et 2). Cette masse froide se forme ou s’accentue souvent en fin d’été en HN, grâce à l’apport de la dérive Est Groenlandaise qui contourne la pointe sud de cette île, en association avec les eaux froides des territoires du NW canadien. Une branche de ce courant d’eaux froides descend le long de la côte est de la Nouvelle-Écosse et plonge mais, ne se mélange pas au GS dont la branche remontante occidentale constitue le Courant tempéré d’Irminger.
Ce courant d’Irminger, atteint la Mer d’Islande lorsque le flux du GS est puissant (Fig. 3) mais la branche IRMINGER, dévie et se plaque sans fusionner à la Dérive Est Groenlandaise (DEG) comme aujourd’hui (Fig. 2 c), mais aussi comme en fin d’interglaciaire ou lors en fin d’un interstade DO (Dansgaard-Oeschger). C’est un des paléo-traceurs marins d’un évènement chaud comme aussi le maximum du cycle solaire 25 (fin 2024).
2. LE GULF STREAM POST-1945 A L’ACTUEL
La surface de la banquise arctique a été minimale début septembre 2025, comme en 1912 et 2021, extension actuelle liée au cycle solaire 25 avec ces 2 maxima de 2023 et 24 et la fréquence de ses tempêtes solaires (tempêtes coronales). Cet automne, la dérive des icebergs a frôlé la côte de fjords du NW de l’Islande avec une SST de -2°C à la mi-octobre.

Figure 4. A. Variation de vitesse de la circulation nord-atlantique depuis 50 ans (source Climobs 2012). Le débit du Gulf Stream est sous contrôle à 10 ans (cycle de Schwabe). B. Evolution de la banquise depuis 1880 .
http://arctic.atmos.uiuc.edu/SEAICE/timeseries.1870-2007et relation entre la température de surface en Arctique et la qualité de l’insolation (TSI) (d’après Soon, 2005).
Apparemment la dernière accélération récente de la fonte de la banquise a eu lieu vers 1945 (Fig. 4 B) mais n’est produite qu’en été, c’est-à -dire quand l’insolation est efficace.
Le GS s’échauffe particulièrement en fin d’été, en cas de stockage d’eaux chaudes ayant absorbé l’augmentation de 5% des UV solaires reçus jusqu’ à ≥ 200 m de profondeur (Van Vliet Lanoe, 2023) dans l’Atlantique intertropical superficiel, en Mer des Caraïbes et du Golfe de Guinée. Ce phénomène se produit notamment pendant les épisodes d’insolation élevée (maxima des cycles de Schwabe) ou de vents alizés faibles, permettant un stockage d’eaux réchauffées. Ces épisodes sont associés à un ralentissement de la rotation de la Terre, comme prévu par N.A Mörner (publication bloquée vers 1990, – et al. 2020), sous forme d’un Evènement de type El Niño. La chaleur du GS atteint encore au N de la Floride 30°C comme en été 2024.En corollaire, les précipitations s’accroissent sous les Tropiques et s’accentuent avec le débit du courant chaud (GS, plus rapide et épais) et sa remontée efficace vers le Nord, notamment lors des évènements liés à une activité solaire élevée forçant l’océan Austral (Dansgaard Oeschger). Ce phénomène se produit normalement grâce au transfert via le GS et le courant d’Irminger jusqu’au N de l’Islande (Mer d’Islande) et le long de l’Arctique euro-sibérien, la Dérive Nord Atlantique vers l’Est (Fig.5).

Figure 5. La disparition de la surface occupée par la banquise est proportionnelle à l’âge de la glace. Plus la banquise est ancienne (bleu pâle), plus elle occupe actuellement une surface estivale réduite pour les dernières années. En 2011, ce changement a été attribué par la NOAA à une évacuation de la vieille glace par la dérive Est-Groenlandaise (NSDIC). Les sauts de fonte correspondent à environ 10 ans.

Figure 6. Evolution du débit de l’Amazone ; Variations du niveau d’eau depuis 1993 en amont du fleuve Amazone (rivière Solimoes), d’après les mesures Topex/Poséidon, nous permet d’observer des variations annuelles d’une amplitude de l’ordre de 8 mètres. (Credits Legos). Le maximum de 1999 évacue la pluviosité du El Niño de 1998.
Cette évolution implique en Arctique actuel une dominance de la glace de banquise jeune avec un apport de fonte glaciaire et du permafrost (réchauffement hivernal du sol et nivosité !) dans les secteurs affectés par la fonte. Ce phénomène est observé régulièrement notamment en 2007-2008. Nous en reparlerons pour l’aspect paléoclimatique.

Figure 7. Trou froid fin 2021, avec une Niña en jaune sur l’équateur et un GS très chaud et circoncis ; et en 2022 élargissement du trou, sans Niña avec évacuations des eaux de fonte et dispersion de la chaleur dans la zone centrale de l’Atlantique au N des Canaries et le long de la dérive NA et particulièrement du vortex anticyclonique de l’upwelling des Lofoten avec le « trou », le plus grand « refroidisseur » de l’océan Atlantique Nord (Bosse et al. 2019 ; Zong et al., 2025). Ces images attestent de la dispersion du refroidissement du « trou » après un épisode de fonte marqué en 2021/22 par une vorticité à méso-échelle (10-50 km) comme pour l’upwelling plateau des Lofoten pourvoyeur de salinité et de nutriments comme aussi le Grand Banc, au Sud de Terre Neuve (morues).
3. LES DONNEES QUATERNAIRES ET HISTORIQUES
La circulation thermohaline ou AMOC qui gère pro parte le GS est un phénomène récent à l’échelle géologique. Le débit de l’Amazone est accentué par le soulèvement des Andes depuis le Paléogène. La mer du Groenland s’ouvre un peu plus vers 25 Ma, en association avec une réorganisation du rifting dans l’Atlantique Nord vers 27 Ma. La circulation thermohaline est déjà fonctionnelle dans la mer de Norvège depuis 23 Ma. Le détroit de Balboa (isthme de Panama) se ferme progressivement vers 15 Ma (Montes et al., 2012) modifiant la circulation océanique et favorisant l’amorce des grandes glaciations en Arctique. L’essentiel de la circulation actuelle est établi au tout début du Quaternaire moyen, vers 700 ka.
Le Dernier glaciaire a commencé avec une extension de la banquise saisonnière et des glaciers locaux bien avant la croissance des calottes au nord de la Terre de Baffin. En début glaciaire (MIS 5d, 110 ka), la banquise est surtout annuelle et mince. Ce mécanisme permet, en période glaciaire, l’installation précoce de permafrost au Dernier Glaciaire en plaine côtière du New Jersey dès 39°N (Demintroff , 2007) peu avant le MIS 4 (75 ka) avec un GS toujours présent même au LGM (Ezat et al., 2014) ! Mais l’extension de la banquise hivernale, liée à la baisse de l’insolation réduit la vaporisation et donc décale la formation des premières calottes jusque 75 ka BP (MIS 4, Van Vliet-Lanoë et al. 2024). La lisière sud de la glace de mer au LGM était probablement contrôlée par un GS rétracté à environ 40° N (Van Vliet-Lanoë et al. 2024), qui a persisté tout au long de la dernière glaciation (Ezat et al., 2014) et de l’ensemble de l’interglaciaire éémien (132-113 ka ; Kessler et al., 2020 ; Steinsland et al., 2023). Lors des évènements DO, elle est de type pluriannuelle, épaisse et dessalée, liée à la persistance du GS sous la banquise mais l’amplitude des remontées estivales réactive une zone de circulation du GS et une banquise annuelle le long du plateau continental norvégien (Wary et al., 2017).
4. MECANISMES
En fin d’un cycle décennal voisin de celui de Schwabe, l’excès en eaux de surface dessalées encore denses du courant du Labrador au sud de Terre Neuve (Fig.3 et 4), ralentissent la progression du GS et bloquent son écoulement vers la Dérive Nord Atlantique au Nord de l’Irlande (Fig.3). Alors, le GS tourbillonne entre un courant chaud encore canalisé et en relief jusqu’à hauteur de la Pennsylvanie (39°N) et, se délite en tourbillons sur le courant du Labrador, plus dense et froid. Ce contact (densité et T°C) induit une instabilité tangentielle de l’écoulement, permettant un brassage imparfait des masses d’eau dispersées en tourbillons anticycloniques chauds. Puis il disperse ensuite la chaleur rapidement par tourbillons marins comme celle de la Dérive NE Atlantique vers la Sibérie, celle de la Dérive N-A jusqu’au détroit de Fram, encore active à l’W du Svalbard et refoule la branche du courant d’Irminger qui se plaque le long de la Dérive Est-Groenlandaise, tamponnant d’une certaine manière les échanges inter-hémisphères (Fig.3)
Nous sommes dans une période d’augmentation progressive de l’intensité des cycles décennaux solaires depuis 1810 soit environ 212 ans ce qui est trop court pour un vrai cycle Dansgaard Oeschger (±1 à 1,5 kyr). A noter que l’AMOC a été particulièrement faible depuis 1850 (Wei & Zhang,2024 ; Thornalley et al. 2018). Ce phénomène est maximal en intensité en période glaciaire, les plateformes glaciaires flottantes, grandes pourvoyeuses d’eaux froides dessalées en Atlantique Nord, comme actuellement celles de Ross en Antarctique, sont quasiment absentes en période chaude (Van Vliet-Lanoë et al., 2014). Les DO de l ‘HN résultent en période froide d’une fonte rapide des plateformes de glace, probablement liées à des éruptions solaires majeures en relation avec des maxima d’insolation en Antarctique. Leur l’énergie est stockée en surface de l’océan intertropical (El Niño) et transmise au N par le Gulf Stream depuis au moins le début du Quaternaire. Le décalage entre fonte véhiculée par le GS lié à une forte activité solaire (été sud) et celle du N (été), et son stockage temporaire en zone océanique intertropicale se reflète sans doute dans la durée de la période d’évacuation d’eau de fonte produite, en fonction de sa salinité (banquise jeune) et donc de la durée des périodes chaudes. Lorsque la banquise est jeune, la formation de NADW domine et accélère le GS lors d’un refroidissement. Pour la fonte des glaciers SS et celle de la vieille banquise, la situation va dépendre de la salinité dégagée par la fonte en Arctique. Interviendrons également éventuellement une baisse du niveau marin et, une contribution saline issue de la zone subaride saharienne (apport salin des vents alizés, évaporation). La remontée actuelle du niveau marin (glacioisosatic accommodation ou GIA) est trop faible pour intervenir sur la formation de NADW. L’activité des upwellings, notamment ceux des Lofoten -Vesterålen et du « Trou du Labrador » favorise actuellement une reprise de l’extension de la banquise hivernale annuelle, en relation avec l’accélération de la rotation terrestre (Mörner et al. 2020) comme en Mer de Barents et celles des alizés et facilitent ainsi par apport en sels dissous la version annuelle de la formation des eaux denses et froides profondes (NADW) et le dynamisme de l’AMOC et du GS.
La plupart des événements de méga-tempêtes, comme Goretti (01/2026), en Europe de l’Ouest enregistrés dans les séquences littorales européennes (Lamb & Frydendahl, 2005 ; Van Vliet-Lanoe et al., 2014) semblent être liés à des épisodes de refroidissement, principalement en hiver, enregistrant une transition vers ou depuis un mode NAO hivernal négatif et un mode AMO positif. Des tempêtes extrêmes se produisent immédiatement avant la période chaude médiévale (MWP). Les effets maximaux sont atteints avant le début de l’Optimum du Moyen Âge et pendant les minima solaires de Maunder et Dalton. Une faible activité de tempête s’est produite pendant le minimum de Spörer lié à une accélération de l’AMOC consécutive à l’Optimum du Moyen Âge.
Les déclencheurs de méga-tempêtes semblent correspondre à un mode AMO positif (Atlantic Multidecadal Oscillation) avec une configuration de jetstream instable entraînant une NAO négative. Les tempêtes les plus fortes correspondent à des modes AMO faibles et NAO décennaux négatifs (par exemple pendant le ‘Petit Âge Glaciaire’), ou à des AMO élevés en association avec des modes NAO faibles dominants, comme au début du Moyen Âge et pendant la période actuelle (Van Vliet-Lanoë et al., 2014).
5. LES DONNEES QUATERNAIRES ET HISTORIQUES
Il semble donc que les périodes de transition climatiques, thermiquement contrastées soient surtout le vecteur d’une forte tempétuosité comme à l’Actuel et comme également annoncé par la présence d’un puissant cisaillement de vent le long de la côte est de Terre Neuve généré à l’aplomb d’un GS en train de se disperser. Cette situation a créé vers le 08/10/12/25 une dépression associée à un AMP (Fig. 2b) et qui à l’approche des îles britanniques (relief) a perturbé en altitude le 7/01/26 un jetstream polaire. Cela a déclenché la formation brutale de la tempête Goretti, soudaine et puissante, qui nous a affecté du 8 au 9 janvier 2026. C’est un vortex cyclonique troposphérique comme en atteste les cartes de pression (Fig. 8), avec formation d’une hernie cyclonique dans la basse stratosphère. Ceci est corroboré par une remontée des SST supérieures à ce que ‘on pourrait attendre après cet évènement. Ceci suggère la superposition de 2 systèmes cycloniques, et comme dans le cas de Réchauffements Stratosphériques Soudains (Van Vliet-Lanoë, 2023), un réchauffement troposphérique sensible (> 5°C au-dessus des T°C moyennes de saison) le 14/01/26 par destruction d’ozone sous l’impact d’une éruption solaire. Cette dernière, néanmoins faible, a eu lieu en fin du 7/01, c’est-à-dire une douzaine d’heures avant le démarrage de la tempête au sud des Cornwall (après 16h GMT).
Ce réchauffement se raccorde ensuite à une seconde tempête le 14/01, via un cisaillement troposphérique (70 hPa) similaire, se raccordant à la relique de la précédente tempête. Il semble donc que la succession de méga-tempêtes sur plusieurs jours soit la conséquence de la perturbation de la haute troposphère sous influence du vortex stratosphérique puissant et d’extension W-E, dont le bord S est localisé sur le Sud des Cornwall. Le même système météorologique se poursuis à l’heure actuelle, descendant en latitude alors que le blizzard sur l’Est des USA s’est retrouvé bloqué vers l’est par un large faisceau de d’ondes gravitaires à 70 hPa (haute troposphère), du Sud du Groenland à la Péninsule Ibérique. Il est en relation avec une modeste accélération progressive de la rotation terrestre, mise en évidence depuis 2022, surtout sensible en été HN.
Un anticyclone secondaire (H) accolé au vortex polaire (L), vortex centré sur le sud des iles britanniques guide depuis la mi-décembre la circulation des tempêtes vers l’Est depuis le Labrador, bloquant l’essentiel des descentes d’AMP sur l’Est des USA et donc un blizzard puissant.

Figure 8. Carte des pressions et image satellitaire du cyclone Goretti le au début de la tempête le 8/01 à 19h. La pression est descendue à 968 hPa à Boulogne sur Mer le soir du 8/01.
CONCLUSION
Nous sommes en hiver décennal 2025-26 de l’HN, le dernier remontant à 2012-13 (Niña) ? était en période de rotation terrestre rapide. Le contraste thermique est marqué entre les zones subarctiques et subtropicales et génère des cyclones et des « rivières de précipitation » à leurs contacts. La vitesse du GS et sa température sont une fonction combinée de l’activité solaire, de la vaporisation de l’eau de mer et de la production d’eau sursalée par la formation de la banquise permettant la formation d’eau sursalée profonde (NADW). C’est le mécanisme qui entretient une circulation thermohaline (THC ou AMOC) efficace sauf en présence d’activité solaire responsable de la fonte glaciaire et de celle de vieilles banquises dessalées.
La banquise possède une superficie variable mais quasi-annuelle en Arctique, même si sa superficie peut lors des optima interglaciaires être très réduite en Arctique, tout comme en Antarctique. Le GS est un courant ancien et, ne s’est jamais arrêté au Pléistocène moyen (Dernière Interglaciaire, 127 ka) et Pléistocène supérieur, et est présent probablement depuis les évidences de glaciations nordiques à la fin du Miocène supérieur avec les évidences de banquise à 6.7 Ma en Bretagne, et lors de la Crise Messinienne (6-5,3 Ma). Il n’y a aucune raison pour que le GS disparaisse avec le réchauffement actuel, en parallèle avec une dérive nord Atlantique accentuée par les événements de réchauffement Dansgaard-Oeschger (DO), ce depuis probablement la fin du Miocène. La topographie du fond de l’Atlantique N (Van Vliet-Lanoe et al., 2021) n’a pratiquement pas évolué au cours du Pléistocène. Nous venons probablement de passer le pic potentiel de ce petit DO marqué par le maximum thermique actuel. Le refroidissement qui suivra sera très progressif comme pendant le Pléistocène supérieur et l’Holocène subboréal, et sera accompagné de périodes de tempêtes, qui seront, associées à toute péjoration climatique. Les catastrophistes qui espèrent un arrêt du Gulf Stream et de la dérive N Atlantique susceptibles d’entraîner une « congélation de l’Europe » feraient bien de relire toute la littérature existante, sans filtre.
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