La relance de l’économie européenne est LA priorité, après la maîtrise du COVID 19

par Jean-Pierre Schaeken Willemaers
Institut Thomas More, Président, Pôle Energie, Climat, Environnement

La crise du Coronavirus a durement affecté l’économie européenne comme, d’ailleurs, celle du monde entier. Le 13 mars 2020, la Commission européenne a déclaré que, à la suite du Covid 19, l’économie de l’UE entrera très probablement en récession et que la reprise dépendra d’une réponse audacieuse de la part des Etats membres [1].
Le directeur général des affaires économiques et financières de la Commission européenne (DG ECFIN), Maarten Verwey, a annoncé que la croissance européenne pourrait tomber en-dessous de zéro [2].
Les projections relatives à l’impact de la crise covidienne sur le PIB au niveau européen varient entre quelques points de base et une dizaine. Il en va de même des estimations du coût total de la lutte contre l’épidémie et de la relance économique qui oscillent entre un et plusieurs milliers de milliards d’euros.
Même si, à l’heure actuelle, de telles prédictions sont prématurées, il n’en reste pas moins que les conséquences économiques de la pandémie seront très lourdes. Dans ce contexte, la Présidente Ursula von der Leyen ne manque pas de répéter que l’UE fera tout ce qui est nécessaire pour sortir de cette crise et venir en aide aux Européens et à l’économie européenne.

Quoiqu’il en soit, la priorité pour la Commission européenne est d’injecter les liquidités nécessaires dans l’économie européenne pour permettre aux entreprises et particulièrement aux PME de surmonter les difficultés qu’elles connaissent actuellement.

Pour sauver l’économie européenne, la réponse fiscale totale est estimée, à ce jour, à une moyenne de 2,3% du PIB en 2020. Les garanties publiques et le paiement différé des taxes pour les entreprises et les individus s’élèvent à plus de 13% [3].

La Commission européenne a annoncé un régime européen de réassurance chômage afin de sécuriser des emplois durant la crise. En outre, les 37 milliards d’euros de l’Initiative d’Investissement en réponse au Coronavirus seront utilisés pour soutenir les systèmes de santé, les petites et moyennes entreprises (PME) et les marchés du travail. La Banque d’Investissement Européenne (BIE) a proposé un fonds de garantie pan-européen. Cette garantie inclut 25 milliards d’euros provenant des Etats membres pouvant être utilisés comme levier pour mobiliser 200 milliards d’euros comme financement additionnel pour les PME et les entreprises de l’économie réelle.
Le Mécanisme de Stabilité Européen (MES)[4] avec 410 milliards non utilisés pourrait fournir des lignes de crédit à bas taux d’intérêt[5].
Le prochain cadre financier multi-annuel européen (EU Multiannual Financial Framework- MFF[6] pourrait être réorienté pour combattre les conséquences économiques de la crise-corona.

Les Etats membres ne sont pas (ou plus) en reste en cette matière.
Certains tels que la Suède et les Pays-Bas se sont souciés de leur économie dès le début de l’épidémie tout en gérant, à leur manière, la crise sanitaire.
Les autres, pressés par les entreprises grandes, moyennes et petites et par l’opinion publique, ont enfin pris la mesure de l’urgence de la relance économique et ont annoncé quelques éléments du programme qu’ils comptent mettre en œuvre pour une reprise économique la plus rapide possible.
Ne pas reconnaître l’importance fondamentale de l’activité économique, c’est oublier qu’elle est indispensable pour assurer le bon fonctionnement de la sécurité sociale, le paiement des retraites, le financement des hôpitaux, l’aide aux plus démunis etc.

La relance économique est ainsi devenue la priorité absolue après celle de la maîtrise du Coronavirus afin d’éviter qu’une nouvelle crise (économique) vienne s’ajouter à la précédente (sanitaire).

Les deux priorités précitées (la lutte contre la pandémie et la relance économique) vont accaparer les moyens financiers disponibles de manière telle qu’ils feront défaut, pendant longtemps encore, pour d’autres investissements importants, à fortiori s’ils sont gigantesques.

Un des projets qui est susceptible de pâtir le plus de la carence de ressources financières est le « Green New Deal » de la Commission européenne et la transition énergétique qui lui est associée (mécanisme contraignant très onéreux dont la pertinence est sujette à caution) et ce d’autant plus que la question climatique n’est plus en tête de l’agenda politique, ni une préoccupation prioritaire pour la population qui se soucie davantage, en ces temps troublés, de pourvoir à ses besoins fondamentaux.

L’ajournement (à un horizon incertain) de ce projet phare de l’Union européenne semble inéluctable dans sa forme actuelle et à fortiori s’il était décidé de faire passer la réduction des émissions de gaz à effet de serre (CO2) de 40% d’ici à 2030 (ce qui requiert 260 milliards d’euros d’investissements additionnels[7] à 55% comme il en est question.

NOTES

[1] Jorge Valero, Euractiv.com, 13 mars 2020.
[2] EUobserver, EU will enter recession this year due to virus, 13 mars 2020.
[3] “The time for solidarity in Europe is now-a concerted European financial response to the corona crisis”, Klaus Regling, European Stability mechanism (ESM), 02/02/2020.
[4] Le Mécanisme Européen de Stabilité vise à sauvegarder la stabilité financière dans la zone euro. Il fournit une assistance financière aux pays de l’eurozone connaissant ou menacé par des difficultés financières.
[5] “The time for solidarity in Europe is now-a concerted European financial response to the corona crisis”, Klaus Regling, European Stability mechanism (ESM), 02/02/2020.
[6] Cette réglementation a pour objectif de préserver l’intégrité et la stabilité du marché intérieur européen
[7] Politico Europe, Kalina Oroschenkoff, 3 mars 2020.

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