Le Credo du CRED, ou comment noyer l’information ?

par Ludwik Budyn, Licencié en Sciences Chimiques, ULB

Si l’on se fie à ce que le CRED proclame, le voici :

« Le Centre de recherche sur l’épidémiologie des désastres (CRED [1]) est l’une des principales -institutions s’occupant de l’étude de questions de santé publique durant les situations de crise… sa base de données (EMDAT [2]) contient la collection la plus complète au monde de données sur l’apparition et les effets des…  -catastrophes naturelles de 1900 à nos jours… l’objectif principal du EM-DAT est d’éclairer l’action humanitaire au niveau national et international afin d’améliorer la prise de décision dans la préparation aux catastrophes, fournir des données objectives pour évaluer la vulnérabilité des communautés aux catastrophes et pour aider les décideurs à établir des priorités [3]».


Dans la réalité, voilà ce que l’on obtient sur le site du EMDAT, avec la même requête [4], l’année dernière et… aujourd’hui.

La demande :

  • une représentation graphique du nombre total des désastres naturels, rangés dans les 5 sous-groupes définis par le CRED (biologiques, climatologiques, géophysiques, hydrologiques et météorologiques) ;
  • survenus sur les cinq continents : Asie, Afrique, Amériques, Europe, Océanie ;
  • pendant la période 2000-2019.

L’année dernière, on obtenait :

Où l’on voit l’évolution, sur toute la période, de la fréquence annuelle des désastres naturels, ici incontestablement une diminution, fractionnée par sous-groupe, avec une estimation visuelle approximative du nombre des désastres par an. Clair, simple et utile.

Aujourd’hui, avec la même demande, on obtient :

Plus d’évolution visible de la fréquence annuelle des désastres naturels, leur diminution a été totalement effacée, le fractionnement par sous-groupe a disparu, l’estimation visuelle du nombre des désastres par an s’est évaporée. On a juste une vague répartition géographique et leur nombre global, sur 20 ans, pour 10 pays. Clairement et simplement inutile.

Et on pourrait faire la même constatation avec le nombre de morts :

 Le nombre de personnes affectées :

Le montant des dommages économiques :

Que s’est-il passé ?

Jusqu’à l’année dernière on pouvait obtenir sur le site du EM-DAT, la base des données du CRED, en un clin d’œil, des histogrammes pareils à ceux présentés ci-dessus.

Ils permettaient de suivre l’évolution annuelle, au cours des 120 dernières années, des différentes variables (nombre de désastres, de morts, de personnes affectées, montant des dommages économiques…) liées aux désastres naturels.

Aujourd’hui, les seules représentations graphiques disponibles sur le site du EM-DAT, pour une période sélectionnée, sont des mappemondes colorées, avec des nombres globaux pour quelques pays. Représentations ne présentant aucune utilité en général et, en particulier, ne permettant plus de suivre les évolutions des différentes variables au fil des ans. C’est évidemment plus commode si l’on désire escamoter une réalité gênante.

A la question, posée à l’époque, concernant ce changement de politique du CRED, la réponse fut :

« La politique d’accès aux données a été modifiée l’an passé et les utilisateurs… ont maintenant un accès illimité et gratuit aux données EM-DAT, sous forme d’un fichier Excel.  Les ‘anciens’ outils permettant d’avoir des tables agrégées ou graphiques ne sont dès lors plus disponibles. Il est à présent aisé de pouvoir générer tables et graphiques à partir du fichier Excel ».

En somme, si le CRED a supprimé la possibilité d’obtenir une information en quelques instants et l’a remplacée par plusieurs heures de travail, c’est pour rendre les choses plus « aisées » !

Aujourd’hui, concrètement, il faut récupérer les données brutes auprès du CRED, les trier selon les besoins et reconstruire les graphiques soi-même [5]. Un ou plusieurs jours de travail suivant les compétences informatiques de la personne et le volume de données traité.

Presque personne ne le fera, en tout cas aucun journaliste ou politicien parlant du climat.

Plus personne ne verra donc que tous les nombres en question diminuent ou restent stables, et le désagrément provoqué par la nécessité de se confronter à cette réalité, contraire à la « pensée » dominante, est ainsi évité.

On est passé d’une situation où chaque citoyen, intéressé par la chose publique, avait un accès simple et direct à une information dont la collecte est financée au travers de ses impôts et qui lui permettait de prendre des « décisions éclairées », basées sur des « données objectives »…

… à une situation où seuls quelques privilégiés, entreprises, organisations et groupes de pression, auront le temps, les connaissances et les ressources nécessaires pour traiter les données et obtenir une représentation intelligible de leur évolution afin de l’utiliser pour défendre leurs propres intérêts.

Le politiquement correct est préservé.

L’intérêt général a perdu.

Mais en quoi la mise en place de cet obstacle supplémentaire aide le CRED à remplir son « objectif principal » qui est d’ « améliorer la prise de décision… de fournir des données objectives… d’aider les décideurs » demeure un mystère.

NOTES

1https://www.cred.be/

2https://www.emdat.be/

3« Human cost of disasters – an overview of the last 20 years – 2000-2019 » : « The Centre for Research on the Epidemiology of Disasters (CRED) is one of the leading agencies for the study of public health during mass emergencies… CRED’s Emergency Events Database (EMDAT) contains the world’s most comprehensive data on the occurrence and effects of…  natural hazard-related disasters from 1900 to the present day… the main objective of EM-DAT is to inform humanitarian action at the national and international levels in order to improve decision-making in disaster preparedness, provide objective data for assessing communities’ vulnerability to disasters and to help policy-makers set priorities » : https://www.undrr.org/sites/default/files/inline-files/Human%20Cost%20of%20Disasters%202000-2019%20FINAL.pdf

4Demande : Mapping Tool = National Level ; Classification = Natural ; Disaster Measure = Occurences ; Time span = 2000-2019

5Il reste, malgré tout, la possibilité de retrouver les résultats du EM-DAT sur une publication en ligne de l’Université d’Oxford. Les options y sont juste plus réduites et le graphisme moins  « beau » : https://ourworldindata.org/natural-disasters.

2 réflexions sur « Le Credo du CRED, ou comment noyer l’information ? »

  1. De nos jours on sait immédiatement ce qui se passe partout sur le globe, information accompagnée d’images chocs qui frappent les imaginations, suscitent l’émotion. Il est facile ensuite de se servir du coté émotionnel pour construire une théorie du catastrophisme !

  2. Merci Monsieur Budyn d’avoir mis en évidence et dénoncé cette pratique du « filtrage » de l’information à destination du grand public (ou de fonctionnaires-récepteurs parmi des institutions soeurs) !
    Quasi tous les organismes publics et ceux spécialisés en « communication » pratiquent ces redoutables distorsions (ce que j’explicitais sous vocable « processus en boucle systémique », dans mon article SCE publié le 23 juillet). Un puissant rouleau compresseur laminant toute thèse-démonstration contraire des phénomènes !

    A la veille de la COP26 Glasgow, c’est à nouveau la valse de « préparation des esprits ».
    Comme le firent les français en 2015 (cinéma COP21 de Mr Macron). Le gouvernement UK de B. Johnson ne voudrait perdre l’attractivité de l’événement pour les rebelles séparatistes écossais…
    Tous les prétextes récents sont donc propices à alarmer des milieux inquiets (la santé ‘covid’, le spectre d’atteindre +3°C ‘modélisés’ vers 2100, cataclysmes météo, etc.).

    L’ONU et son bras GIEC sont clairement à la manoeuvre. Greenpeace – WWF – Oxfam jouent les portes-voix au sein de la presse ordinaire ! Faut se rappeler la « promesse » fait par des militants altermondialistes de se servir du thème climatique pour garantir l’octroi de 100 milliards de $$$$$$$$$$$$ ANNUELS vers leurs pays dont le niveau économique (structures et cultures…) n’assurent pas un décollage réel.
    L’idéologue Piketty et d’autres se chargent de publier sur le thème des « inégalités », même d’autres célébrités *hollywoodiennes* s’y joignent lors de leurs festivals !
    Un monde bien étrange, face à la rigueur nécessaire et la complexité des sciences !

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