par Jean-Claude Pont, Professeur retraité de l’Université de Genève
Avertissement SCE : Cet article est celui paru dans la Lettre n°23 de Jean-Claude Pont, Professeur retraité de l’Université de Genève.
Robert Vivian est un glaciologue de réputation internationale avec, à son actif, une centaine de publications, livres, articles scientifiques, et de nombreuses missions sur les glaciers du monde. Il a laissé des textes inédits ou peu connus jusqu’ici, qui sont d’un très grand intérêt pour les débats actuels autour des thèses défendues par le GIEC (réf in .pdf Lettre 23). Parmi eux, un court écrit relatif aux icebergs et à leur utilisation par les milieux de la climatologie officielle. C’est à ce texte qu’est consacrée la présente Lettre.
Les références du texte sont consultables dans le .pdf de la Lettre 23.

Je reviendrai en détail dans une prochaine Lettre sur les travaux de Vivian concernant les relations entre glaciers et climat, un domaine qui lui doit des contributions majeures. Les thèses qu’il défend rejoignent complètement celles que nous soutenons depuis plus de deux lustres, en compagnie de dizaine des milliers de chercheurs sérieux.
Sous le titre « Les icebergs ne se laissent pas embrigader », j’ai traité dans ma Lettre 18 d’un iceberg de belle taille – nom de code A-76, 4300 km2 – qui s’était détaché de l’Antarctique. La presse mondiale s’en était bien sûr emparée, les superlatifs s’étaient présentés en rangs serrés. A-76 avait fini par devenir « le plus grand iceberg du monde ». On oubliait A-68 et ses 5800 km2, B-5 et ses 11 000 km2 et notre « plus grand iceberg du monde », allait s’abîmer bien au-delà du top 10 des grands icebergs. Ainsi vont les records dans ce monde- là ! Avec un tant soit peu d’esprit analytique, ou simplement un bon sens resté intact. on se demandera pourquoi ces informations erronées vont toujours dans la même direction, c’est-à-dire celle qui est favorable à la doxa officielle ?
Le 20 mars 2002, l’Agence Reuters de Londres publiait l’entrefilet suivant : « La dislocation d’une énorme partie de la calotte glaciaire flottante sur les rivages de la péninsule antarctique, qui s’est faite à une vitesse ahurissante, de l’avis des scientifiques ravive le débat sur le réchauffement climatique et ses effets sur l’environnement. »
Le journal Le Monde (réf in .pdf Lettre 23) reprenait l’information dans son numéro du 22 mars 2002. Il annonçait qu’une « plaque de glace de 3275 km2 (un peu moins de la moitié de la Corse), épaisse de 200 m » s’était détachée de la calotte Larsen dans la péninsule Antarctique. Selon la National Ice Center, l’accélération de la naissance des grands icebergs serait « liée au réchauffement notable de 2,5 °C observé dans la région depuis cinquante ans et à un hiver très doux ».
La température moyenne de l’hiver en Antarctique va de -10 à -60 °C, c’est ce que l’on appelle un « hiver très doux » dans ces milieux, une euphémisation d’occultation ! Comme c’est toujours le cas avec les textes de tendance réchauffiste autour de la question climatique, l’analyse sémiotique, qui examine la production du sens par l’analyse du vocabulaire, est riche d’enseignement !
À l’instar de ses confrères, le quotidien Le Monde avait salué l’événement et mêlé sa voix au cortège des prises de position mentionnant le réchauffement climatique comme coupable. Ce n’est pas la première fois que le journal attirait l’attention sur les risques encourus par la planète, du fait des icebergs de l’Antarctique. Ainsi dans son numéro du 21 février 2001, on nous disait que le rythme des libérations des icebergs s’accélérerait, « ce qui aurait pour effet d’élever réellement le niveau des mers ». On notera au passage cette belle erreur de physique, qui doit faire se retourner Archimède dans sa tombe ! En effet, l’apport de l’eau par cette fonte ne fera que remplacer le volume qui se trouvait dans la partie immergée et le niveau ne bougera pas.
Robert Vivian a réagi à l’article de 2002. Il rappelle que les icebergs de type tabulaire sont très nombreux, très grands, plus de quelques milliers de km2, épais de 100 à 200 mètres. Il nous apprend aussi qu’en 1893 – à une époque « non suspecte de réchauffement global », note-t-il – avait été signalé un iceberg tabulaire « ”aussi grand que la Corse” » [soit environ 9000 km2].
Le commentaire de Vivian se termine par cette conclusion, qui rejoint ce que nous pensons et écrivons de longue date :
« L’observation et l’événement sont intéressants et méritent d’être suivis dans le temps. Un iceberg tabulaire, fût-il parmi les plus grands observés jusqu’ici, ne peut justifier à lui seul un quelconque changement climatique, qui plus est, consécutif aux seules activités humaines! Il n’y a pas lieu d’affoler les populations par trop d’enthousiasme et de catastrophisme primaires ! Simplement rester vigilant, informer et s’informer. »
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