Robert Vivian et les icebergs

par Jean-Claude Pont, Professeur retraité de l’Université de Genève

Avertissement SCE : Cet article est celui paru dans la Lettre n°23 de Jean-Claude Pont, Professeur retraité de l’Université de  Genève.

Robert Vivian est un glaciologue de réputation internationale avec, à son actif, une centaine de publications, livres, articles scientifiques, et de nombreuses missions sur les glaciers du monde. Il a laissé des textes inédits ou peu connus jusqu’ici, qui sont d’un très grand intérêt pour les débats actuels autour des thèses défendues par le GIEC (réf in .pdf Lettre 23). Parmi eux, un court écrit relatif aux icebergs et à leur utilisation par les milieux de la climatologie officielle. C’est à ce texte qu’est consacrée la présente Lettre

Les références du texte sont consultables dans le .pdf de la Lettre 23.

Robert VIVIAN (1936-2007), professeur d’Université

Je reviendrai en détail dans une prochaine Lettre sur les travaux de Vivian concernant les relations entre glaciers et climat, un domaine qui lui doit des contributions majeures. Les thèses qu’il défend rejoignent complètement celles que nous soutenons depuis plus de deux lustres, en compagnie de dizaine des milliers de chercheurs sérieux. 

Sous le titre « Les icebergs ne se laissent pas embrigader », j’ai traité dans ma Lettre 18 d’un iceberg de belle taille – nom de code A-76, 4300 km2 – qui s’était détaché de l’Antarctique. La presse mondiale s’en était bien sûr emparée, les superlatifs s’étaient présentés en rangs serrés. A-76 avait fini par devenir « le plus grand iceberg du monde ». On oubliait A-68 et ses 5800 km2, B-5 et ses 11 000 km2 et notre « plus grand iceberg du monde », allait s’abîmer bien au-delà du top 10 des grands icebergs. Ainsi vont les records dans ce monde- là ! Avec un tant soit peu d’esprit analytique, ou simplement un bon sens resté intact. on se demandera pourquoi ces informations erronées vont toujours dans la même direction, c’est-à-dire celle qui est favorable à la doxa officielle ? 

Le 20 mars 2002, l’Agence Reuters de Londres publiait l’entrefilet suivant : « La dislocation d’une énorme partie de la calotte glaciaire flottante sur les rivages de la péninsule antarctique, qui s’est faite à une vitesse ahurissante, de l’avis des scientifiques ravive le débat sur le réchauffement climatique et ses effets sur l’environnement. » 

Le journal Le Monde (réf in .pdf Lettre 23) reprenait l’information dans son numéro du 22 mars 2002. Il annonçait qu’une « plaque de glace de 3275 km2 (un peu moins de la moitié de la Corse), épaisse de 200 m » s’était détachée de la calotte Larsen dans la péninsule Antarctique. Selon la National Ice Center, l’accélération de la naissance des grands icebergs serait « liée au réchauffement notable de 2,5 °C observé dans la région depuis cinquante ans et à un hiver très doux ». 

La température moyenne de l’hiver en Antarctique va de -10 à -60 °C, c’est ce que l’on appelle un « hiver très doux » dans ces milieux, une euphémisation d’occultation ! Comme c’est toujours le cas avec les textes de tendance réchauffiste autour de la question climatique, l’analyse sémiotique, qui examine la production du sens par l’analyse du vocabulaire, est riche d’enseignement ! 

À l’instar de ses confrères, le quotidien Le Monde avait salué l’événement et mêlé sa voix au cortège des prises de position mentionnant le réchauffement climatique comme coupable. Ce n’est pas la première fois que le journal attirait l’attention sur les risques encourus par la planète, du fait des icebergs de l’Antarctique. Ainsi dans son numéro du 21 février 2001, on nous disait que le rythme des libérations des icebergs s’accélérerait, « ce qui aurait pour effet d’élever réellement le niveau des mers ». On notera au passage cette belle erreur de physique, qui doit faire se retourner Archimède dans sa tombe ! En effet, l’apport de l’eau par cette fonte ne fera que remplacer le volume qui se trouvait dans la partie immergée et le niveau ne bougera pas. 

Robert Vivian a réagi à l’article de 2002. Il rappelle que les icebergs de type tabulaire sont très nombreux, très grands, plus de quelques milliers de km2, épais de 100 à 200 mètres. Il nous apprend aussi qu’en 1893 – à une époque « non suspecte de réchauffement global », note-t-il – avait été signalé un iceberg tabulaire « ”aussi grand que la Corse” » [soit environ 9000 km2]. 

Le commentaire de Vivian se termine par cette conclusion, qui rejoint ce que nous pensons et écrivons de longue date : 

« L’observation et l’événement sont intéressants et méritent d’être suivis dans le temps. Un iceberg tabulaire, fût-il parmi les plus grands observés jusqu’ici, ne peut justifier à lui seul un quelconque changement climatiquequi plus est, consécutif aux seules activités humaines! Il n’y a pas lieu d’affoler les populations par trop d’enthousiasme et de catastrophisme primaires ! Simplement rester vigilant, informer et s’informer. » 

12 réflexions sur « Robert Vivian et les icebergs »

  1. Pourquoi ignorer 20 ans de recherche depuis 2002? De nombreuses plateformes glaciaires en Antarctique se sont amincies pendant cette période et l’Antarctique a perdu beaucoup de masse.

    Ensuite, dire que Robert Vivian, paix à son âme, était un « glaciologue de réputation internationale » est pour le moins flatteur. Je vous encourage à chercher ses publications dans des journaux de recherche internationaux à comité de lecture. Vous n’en trouverez pas beaucoup. J’en ai trouvé 6 dans le Journal of Glaciology (1971, 1977, 1978, 1979, 1980, 1983). Le reste est surtout dans la Revue de Géographie Alpine. Pour la réputation internationale, veuillez repasser…

    1. Communication personnelle de François Gervais à Jean-Claude Pont :
      « Zwally et al (2021) (https://www.cambridge.org/core/journals/journal-of-glaciology/article/mass-balance-of-the-antarctic-ice-sheet-19922016-reconciling-results-from-grace-gravimetry-with-icesat-ers12-and-envisat-altimetry/0A29BAA84961428700886DCCE201912F) rapportent un gain de masse de glace de 1992 à 2011. Plus ennuyeux pour les modèles de climat, et à l’inverse de ce qui est observé en Arctique, la superficie de banquise Antarctique augmente en moyenne de 11 300 kilomètres carrés par an depuis le début des mesures en 1979. Voilà qui désavoue les projections des modèles climatiques repris par le GIEC qui prédisent un réchauffement aux deux pôles, Arctique et Antarctique. »

      Si notre honorable anonyme a des doutes sur François Gervais : 280 publications, dont 237 dans des revues internationales à comité de lecture. Expert reviewer du rapport AR5 et du rapport AR6 du GIEC. Pour le reste de son cv, voir son site.
      Pour Robert Vivian, deux remarques. Cela fait partie de l’arsenal de défense de ceux qui n’ont par d’arguments à opposer : dénigrer la personnalité ou l’oeuvre, pour ne pas avoir à se coltiner les thèses présentées. Et qui sont d’ordinaire dans l’ignorance de ce dont ils parlent. Qu’ils lisent ses travaux et ses inédits avant de se prononcer.

      Parce que vous pensez qu’Al Gore, Greta, Ranjendra Pachauri ancien président du GIEC (il était ingénieur des Chemins de fer), ou le titulaire actuel Hoesung Lee (économiste) ont publié sur le climat dans des revues à comité de lecture ?

      1. – Alors, savez-vous comment on devient reviewer du GIEC ? On va sur le site quand il y a un appel à relectures, on rentre son nom, on coche la case « je certifie que j’ai des compétences en climatologie », et puis voilà, on devient relecteur du GIEC. C’est tout. Aucune sélection. N’importe qui peut être relecteur du GIEC (et c’est pour ça que Gervais l’est, et moi aussi). Mon grand-père pourrait le faire s’il savait se servir d’un ordinateur.

        – Al Gore n’est pas auteur du GIEC.

        – En ce qui concerne Gervais : La recherche « Gervais F » et « Université de Tours » (car il y a beaucoup d’homonymes) donne 91 publications dans le Web of Science, pas 237, pour un h-index de 17 et 1232 citations. C’est loin d’être fabuleux.

        – Regardons plutôt les listes de publication des chercheurs actuels du GIEC – leurs chiffres sont clairement supérieurs (pour ceux qui viennent des pays développés). Par exemple Sonia Seneviratne, une auteure suisse (ETHZ), puisque vous êtes suisse : 254 articles, 26930 citations, h-index 81. Ou prenez Thomas Stocker (U Berne) : 251 publications, 30639 citations, h-index 78.

        Après, cette bibliométrie ne vaut pas grand-chose, vous me direz, et là vous n’aurez pas tort. Mais c’est vous qui avez commencé.

        4) Puisque vous citez Zwally, ayez l’honnêteté de dire que même lui écrit à la fin de son article que les processus de perte de masse commencent à prendre le dessus depuis 2012.

        1. Il faut être d’une mauvaise foi qui trahit l’ignorance ou l’intoxication pour mettre en touche Al Gore sous le prétexte qu’il n’est pas climatologue. Ou simplement n’avoir pas vu son film An Inconvenient Truth de 2006. Ce film et les conférences qu’il a données lui ont valu, ainsi qu’à Pachauri (ingénieur des chemins de fers et président du GIEC à l’époque), le prix Nobel de la Paix.
          Nombre de nos contradicteurs, pris de court s’écriaient : les preuves sont dans le film d’Al Gore. La justice anglaise a été appelée à examiner le film. Le juge chargé de l’instruction (gêné aux entournures par les pressions qui s’exerçaient sur lui) y a reconnu au moins 18 erreurs, ajoutant que c’était suffisant pour donner raison au plaignant, il y en avait donc d’autres. J’ai prononcé une conférence de 90 minutes dans laquelle j’analyse les mensonges, les manipulations et les omissions contenues dans ce film. Climatologue ou pas, al Gore par son film a été pour beaucoup dans l’intoxication sur laquelle se construit le monde de demain.
          Pour ce qui est de François Gervais, voici les indications nécessaires à la recherche dans Google, il suffit de taper « françois gervais » dans google, apparait sa page à l’université de Tours : https://www.univ-tours.fr/annuaire/m-francois-gervais, avec en particulier la rubrique TITRES ET TRAVAUX. Fichier pdf téléchargeable sur lequel on peut cliquer pour vérifier l’intégralité des 242 publications dans des revues internationales à comité de lecture et des quelques dizaines d’écrits qui s’y ajoutent.

    2. 1. Il ne s’agit pas d’ignorer plus de 20 de recherches mais de replacer dans son contexte historique un précurseur de l’analyse des icebergs. Les recherches récentes, donc celles des ’20 dernières ‘années’, montrent en réalité que l’Antarctique est stable et se refroidit. Cela n’est jamais relayé dans les médias, comme il se doit. Qui dit cela ?, rien de moins que le très officiel NSIDC (National Snow and Ice Data Center) souvent repris dans les articles, dont certains ci-dessous.

      https://climaterealism.com/2022/03/claims-on-the-antarctic-ice-breakup-suffer-from-limited-history/

      https://notrickszone.com/2021/11/09/temperature-bottom-falling-out-antarcticas-coldest-half-year-since-measurements-began-60-years-ago/

      https://electroverse.net/antarctic-sea-ice-extent-largest-since-2015-and-growing/

      https://notrickszone.com/2021/07/12/new-study-a-profound-1c-cooling-trend-across-east-antarctica-since-1979-is-likely-to-accelerate/

      https://notrickszone.com/2021/03/28/antarctic-sea-ice-grows-2-million-sq-km-area-as-big-as-saudi-arabia-and-hamburg-spring-arriving-later/

      De nombreux autres articles disent la même chose, et pour la péninsule antarctique il ne faut pas ignorer le rôle du volcanisme sous-marin a nouveau peu reporté par les médias (pour une synthèse, voir https://www.science-climat-energie.be/2020/05/01/lantarctique-geologique-2-2/

      2. SCE a consacré deux articles spécifiques sur le sujet :

      https://www.science-climat-energie.be/2020/02/28/la-peninsule-antarctique-se-porte-bien/

      Si l’on désire faire passer des droites parmi les données de température, les plus longues séries disponibles sont celles de la station Orcadas (depuis 1902), qui est quand même assez éloignée de la péninsule Antarctique. On constate alors un réchauffement d’environ + 2°C en 110 ans (la courbe de tendance coupe –5°C en 1900 et –3°C en 2010). Cependant, en considérant des courbes polynomiales dont le coefficient de détermination est meilleur on constate que les températures moyennes chutent depuis les années 2000, comme dans toutes les stations de la péninsule Antarctique présentées dans cet article.

      https://www.science-climat-energie.be/2019/12/06/ces-villes-qui-ne-se-rechauffent-pas/

      1.7. La station Dome C se trouve en Antarctique. Le dôme C, aussi connu sous le nom de dôme Charlie, est un des dômes de glace de l’inlandsis de l’Antarctique, culminant à 3 233 mètres. Ce site accueille la base antarctique Concordia. Le dôme C a un climat de type EF (polaire d’inlandsis) avec comme record de chaleur −5,4 °C le 2 janvier 2001 et comme record de froid −81,9 °C le 5 septembre 2005, mesuré à la base Concordia. La température moyenne annuelle est de −51,7 °C. Nous voyons sur la Figure 7 qu’il n’y a aucune augmentation de la température moyenne annuelle depuis le début des mesures à cette station, en 1990 (la tendance est même négative)

      3. Des articles récents détaillent la formation des ‘icebergs liés à l’avancement des glaciers et montrent l’importance des vents.

      https://www.researchgate.net/publication/356898676_Understanding_of_an_Iceberg_Breaking_Off_Event_Based_on_Ice-Front_Motion_Analysis_of_Amery_Ice_Shelf_Antarctica

      https://www.researchgate.net/publication/331860594_Monitoring_snow_parameters_on_the_Antarctic_Peninsula_using_satellite_data_-_a_new_methodological_approach/figures?lo=1

      https://www.researchgate.net/publication/339458099_Recent_Near-surface_Temperature_Trends_in_the_Antarctic_Peninsula_from_Observed_Reanalysis_and_Regional_Climate_Model_Data/figures?lo=1

    3. En ce qui concerne les publications « peu scientifiques », Robert Vivian était Académicien (Sc) depuis 2001 et Membre élu de l’International Glaciological Society (Cambridge,UK), président-fondateur de sa section française. R. Vivian étant Professeur agrégé en Géographie, les géographes étaient à l’époque intimés de publier dans une revue soutenue par le Comité National de Géographie français qui faisait alors la loi pour les carrières, alias la revue de Géographie Alpine, Revue des Géographes français et d’autres. Pas d’indice H, pas de publications en ligne et pour cause. Ce qui ne les empêchaient pas de fréquenter les congrès de Glaciologie. Une première révolution a eu lieu lorsqu’il a été demandé par le CNRS aux géographes en 1985 de publier dans des revues avec un indice > 1 ou rang A et en Anglais. Puis la seconde révolution lorsque une partie des géomorphologues ont changé de section du CNRS pour rejoindre les Sciences de la Terre en 1993, ce qui leur a valu leur éjection du Comité de Géographie. La majorité des publications antérieures à 1995 et de rang A ne sont pas prises en compte par le Web of Sc. de même que les chapitres d’ouvrage ou les livres. Donc votre remarque est un peu facile.

          1. Vous vous êtes trompée. C’est clairement une autre personne. Robert Vivian Pound était un physicien de Harvard (Cambridge, Massachusetts) qui travaillait sur la RMN : https://en.wikipedia.org/wiki/Robert_Pound

            Merci de corriger cette information manifestement erronnée de votre part. Ne pas corriger cette information équivaudrait à induire les lecteurs volontairement en erreur.

          2. Vu l’ agressivité de vos commentaires et leur mauvaise foi, nous ne vous répondrons que lorsque vous ne vous cacherez plus sous un pseudo. Il faut avoir le courage de signer vos opinions et vos affirmations.

    4. En Antarctique, pour donner un ordre de grandeur, on a 1% des glaces dans la péninsule, 15% dans la partie ouest et le reste à l’est. Les pertes depuis 20ans avaient été calculées par une équipe de scientifiques, relatées dans un article sur WUWT, comme étant égales à 3 millions de millions (billion) de tonnes … à comparer au total des glaces: environ 30 000 billions de tonnes, soit 1/10’000 en 20ans !
      https://wattsupwiththat.com/2018/06/14/good-news-99-989-of-the-antarctic-ice-sheet-didnt-melt/

      Même si ces pertes étaient vérifiées, même si elles s’abattaient sur la seule péninsule (volcans et autres courants chauds), cela ne représenterait que à peine plus de 1% de cette seule partie de l’Antarctique !
      Ramené à la France, ce serait perdre l’équivalent de l’Isère, certes non négligeable pour le pays, mais minuscule dans le continent eurasien !

  2. Vivian académicien ? Tout ce qu’on trouve, ce sont des traces de son appartenance à l’Académie drômoise, oui. Rien contre cette aimable assemblée, mais quand même…

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