Il fallait faire fort et ils l’ont fait : la toute première figure du résumé pour décideurs (SPM) du dernier rapport du GIEC (l’AR6), reproduite ci-dessous (Figure 1), est une véritable cerise sur leur gâteau catastrophiste. La courbe est destinée à faire peur au public, par exemple aux étudiants qui ne connaissent rien (ou très peu) de la science climatique (démonstration ici) et qui ont déjà décidé de faire grève en début d’année scolaire. Elle est également destinée aux décideurs trop occupés à leurs affaires politiques pour pouvoir se permettre d’analyser la courbe en profondeur. N’oubliez pas que le Royaume-Uni accueillera la 26e Conférence des Parties des Nations unies sur le changement climatique (COP26) à Glasgow du 1er au 12 novembre 2021. Le SPM tombe donc à pic pour influencer les décideurs qui devront voter.

Mais n’ayons pas peur des mots : cette courbe présentée par le GIEC est tout simplement fausse. En voici déjà trois raisons.
Raison n°1.
Le GIEC compare dans un même graphique des données obtenues avec des méthodes indirectes (les « proxies » de température) et des données obtenues avec des méthodes directes (les thermomètres). Il le mentionne d’ailleurs dans le graphique en écrivant « reconstructed » pour la partie gauche, en blanc, et « observed » pour la partie droite en gris. Car n’importe quel scientifique sait qu’il ne faut pas changer d’instrument de mesure lorsque l’on mesure une série d’objets. Vous pouvez d’ailleurs en faire l’expérience vous-même en mesurant votre poids le plus précisément possible en utilisant plusieurs balances différentes.
Mais le GIEC fait bien pire qu’utiliser deux balances différentes : c’est un peu comme s’il employait d’abord une balance, puis qu’il décide d’essayer d’estimer le poids des gens rien qu’en regardant une photographie. Pensez-vous que vous puissiez obtenir des mesures précises en regardant une photographie? L’erreur sur la mesure sera très grande! Et bien c’est le cas dans la figure SPM.1 du GIEC : la partie gauche de la courbe est très incertaine et pourrait très bien présenter une autre allure. Comme le note judicieusement Michel Negynas dans sa récente publication, on remarquera en passant la grande « performance » scientifique du GIEC : connaître avec moins de ± 0,25 degré d’incertitude la température moyenne mondiale il y a 2000 ans, c’est d’autant plus méritoire que même maintenant, nos stations météo ne font guère mieux avec ± 1 degré d’incertitude !
La manière dont cette partie gauche de la courbe a été reconstruite par le GIEC est présentée par le célèbre mathématicien Stephen McIntyre dans un commentaire récent. Asseyez-vous pour ne pas tomber de votre chaise. Le problème c’est que les étudiants, les journalistes et les décideurs ne connaissent pas toutes ces subtilités. Cette figure du GIEC est donc destinée à tromper le public qui n’a généralement pas une grande connaissance scientifique.
Raison n°2
L’Optimum Climatique Médiéval (OCM) a complètement disparu de la courbe! L’OCM est une période chaude de l’histoire, aux alentours de l’an 1000, où la température était tout aussi élevée que la température actuelle (Loehle, 2007). Cette période est très bien attestée dans l’histoire. Par exemple, c’est à ce moment que les Vikings ont colonisé le Groenland (nom provenant de « Groen Land », pays vert et très accueillant, comme en attestent les traces laissées sur place par les Vikings). Selon Loehle (2007), qui n’utilise pas les données dendrochronologiques (car celles-ci sont imprécises lorsque l’âge dépasse plusieurs centaines d’années et ne reflètent pas que la température, mais aussi le degré d’humidité), l’OCM était probablement de 0.3°C plus chaud que la période actuelle.
Pour ceux qui auraient besoin d’autres preuves, notons que le vignoble européen s’étendait alors jusqu’à 500 km au-delà de sa limite septentrionale actuelle (Le Roy Ladurie, 1967, Deconinck, 2009). La vigne était cultivée dans des régions où elle était absente auparavant, comme la Belgique, l’Angleterre, et même l’Allemagne dès le 9ème siècle. Elle disparaîtra de ces régions vers l’an 1350. Durant l’OCM on note aussi la faible extension des glaciers alpins bien en-dessous des valeurs actuelles (Le Roy Ladurie, 1967).
On aura facilement compris qu’en effaçant l’OCM, les températures actuelles n’en paraîtront que plus élevées. Le GIEC a donc fait très fort!
Nous n’allons pas détailler ici tout ce qu’il y a à dire sur l’OCM. Pour plus de renseignements vous pouvez consulter notre article paru en novembre 2019 avec une attention particulière pour la Figure 8.
Raison n°3
La partie droite du graphique se termine en pointe, comme si l’on avait une courbe exponentielle. Elle donne l’impression que si l’on ne fait rien nous allons tous frire comme des morceaux de viande dans une poêle… Mais en réalité il n’en est rien. Il s’agit d’un problème d’échelle. Si l’on agrandit fortement la partie droite du graphique nous obtenons une courbe qui ressemble à la Figure 2 ci-dessous.

Il s’agit d’une courbe qui retrace l’évolution de la température mesurée par satellites depuis 1979, c’est à dire depuis 42 ans. L’évolution de la température est de +0,14°C/décade depuis janvier 1979, soit 0,01°C/an. Les satellites nous démontrent donc que la température de la basse atmosphère, celle dans laquelle nous vivons, n’a augmenté que d’environ 0.6°C depuis 40 ans! Un étudiant de 18 ans qui manifeste aujourd’hui, et qui est donc né en 2003, évolue dans une atmosphère qui est seulement 0,2°C plus chaude qu’à sa naissance…
Conclusions
En comparant des pommes et des poires (raison n°1), en effaçant des chapitres entiers des livres d’histoire (raison n°2) et en jouant sur l’échelle du graphique (raison n°3), la Figure SPM.1 du GIEC remplit parfaitement son rôle : faire peur aux gens qui ne prennent pas le temps de réfléchir. Et cela marche, les manifestations ne font que commencer. Bravo le GIEC!
Mais ce super tour de passe-passe, ne suggère-t-il pas que le GIEC a perdu les pédales, est à bout de souffle et ne sait plus quoi inventer pour sortir de l’impasse? S’agirait-il d’une première forme de ‘suicide scientifique’? Espérons quand même que de nombreux scientifiques ne seront pas dupes, sinon il y a vraiment de quoi désespérer.
Références
Deconinck, J.F. 2009. Paléoclimats. L’enregistrement des variations climatiques. Vuibert, Société Météorologique de France, 198p.
Le Roy Ladurie,E. 1967. Histoire du climat depuis l’an mil. Flammarion, 366p.
Loehle, C. (2007) A 2000-year global temperature reconstruction based on non-treering proxies. Energy & Environment 18:1049–1058.
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