Scénario électrique de Groen

par Jean-Pierre Schaeken Willemaers
Institut Thomas More, Président, Pôle Energie, Climat, Environnement

Commençons par résumer ce scénario.
Il n’est plus question de production nucléaire après 2025.
Les « verts » sont opposés, contre toute logique, à la génération électrique nucléaire comme expliqué ci-dessous [1].
Quant au renouvelable intermittent à l’horizon 2030, le tableau ci-dessous, donne, en mégawatts (MW), le mix électrique proposé par Groen (parti écologiste flamand) et, pour mieux fixer les idées, celui du Pacte énergétique interfédéral belge, ci-après « le Pacte », ainsi que le mix belge actuel.


Type de renouvelables (colonne de gauche), situations actuelle et future (ligne du haut).

Pour assurer l’adéquation entre l’offre et la demande d’électricité et compenser l’intermittence de la production éolienne et photovoltaïque, le scénario de Groen ne peut éviter d’inclure dans sa proposition une capacité thermique (émettrice de CO2) constituée de centrales à gaz existantes et de nouvelles unités, soit 5900 MW d’ici à 2030 (alors que le pacte énergétique ne prévoit que 5000 MW) en plus de l’augmentation de l’efficacité énergétique et du coûteux stockage d’énergie, ce dernier étant encore une technologie en évolution. Tous ces investissements ne permettent pas de faire l’économie d’importations d’électricité, ni d’éliminer le risque de délestage forcé en cas d’absence de vent et de soleil.

Dans quelle mesure le scénario « Groen » est-il pertinent ? Passons en revue les différents modes de production qui posent problème.

L’éolien terrestre

La capacité éolienne terrestre, triple, en 2030, par rapport à la situation actuelle ! Est-ce réaliste alors que :

  • Un tassement de la progression des installations renouvelables intermittentes est constaté entre 2008 et 2018 en Espagne, en Italie et en Allemagne [2]. La Belgique ferait-elle exception ?

En ce qui concerne l’Allemagne, l’hebdomadaire Der Spiegel, dans son numéro n°19 du 4 mai 2019, indiquait que :

– en dépit d’une onéreuse transition énergétique  (160 milliards d’euros sur les 5 dernières années), l’expansion des parcs éoliens et photovoltaïques ne progresse plus ;
– la question du changement climatique est devenue marginale par rapport au débat migratoire ;
– en matière d’émissions de GES, le transport est devenu une priorité plus grande que la production d’électricité.

  • Les projections de croissance de la capacité éolienne élaborées par Groen se heurteront aux recours, très souvent couronnés de succès, introduits par des citoyens contre l’installation de nouvelles éoliennes aux motifs de nuisances sonores, visuelles, de pièges mortels pour les oiseaux (l’affaire du Milan royal, en est une illustration emblématique), etc.
  • L’inquiétude à propos de la pollution du territoire générée par les éoliennes est grandissante. Le démantèlement d’éoliennes géantes en fin de vie est loin d’être garanti en raison de son coût. En France, la Fédération Environnement durable a déposé au Conseil d’Etat un premier recours pour excès de pouvoir contre Monsieur François de Rugy, Ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, le 13 janvier 2019. Elle demande l’abrogation de l’arrêté du 26 août 2011 relatif à la remise en état et à la constitution de garanties financières pour les installations d’électricité utilisant l’énergie du vent. Elle estime que les garanties actuelles concernant le démantèlement et le recyclage des éoliennes sont notoirement insuffisantes. Elle craint que les industriels de l’éolien vont abandonner une quantité gigantesque de métaux non recyclables voire non traitables, à savoir :

– 36 millions de tonnes de béton armé pour fabriquer les socles, à tout jamais enterrés ;
– 435 milles tonnes de matériaux entrant dans la fabrication des pales difficilement recyclables voire non traitables ;
– 8 milliards de tonnes d’acier ordinaire, d’aciers spéciaux à base de manganèse, de chrome, de nickel, de molybdène pour les mâts, les rotors etc ;
– 6 milles tonnes de terres rares dont le néodyme, produits essentiellement en Chine dans des conditions écologiques et humaines désastreuses.

D’ailleurs, le même problème se pose en Allemagne. De nombreux sites, subventionnés pendant des années, ne sont plus compétitifs. Leur démantèlement implique des investissements que n’ont pas prévus les exploitants.

L’éolien maritime

Le gouvernement fédéral a approuvé, en 2018, une nouvelle zone en mer du Nord proche de la frontière française dédiée à l’éolien. Il mise sur ce type de génération électrique pour atteindre ses objectifs de production renouvelable. Son rendement est nettement supérieur à celui des éoliennes terrestres et du fait de leur éloignement de la côte, de telles installations suscitent moins d’oppositions.

La capacité cumulée des installations sur les deux zones dépasserait 4000 MW.

Toutefois, ce projet a un double coût : économique et environnemental. En effet : (i) il devrait être subventionné vu le coût induit par les conditions géographiques et partant conduit à une augmentation du prix de l’électricité et (ii) l’espace est protégé.

Le photovoltaïque

La projection de Groen d’atteindre une puissance totale de 11 600 MW  d’ici à 2030, est-elle réaliste ?

Actuellement, les installations nouvelles (principalement sur les toits des bâtiments résidentiels et industriels)  totalisent environ 400 MW/an. Il ne semble pas que cette croissance puisse être fort supérieure vu qu’elle serait plutôt en déclin en Europe comme rappelé ci-dessus. En ajoutant 4000 MW (400×10 ans) aux 4200 MW de 2019 (voir tableau supra), on obtient, en 2030, un total de  8200 MW, résultat en ligne avec la projection du Pacte énergétique et nettement inférieur aux 11 600 MW de Groen.

Rappelons qu’en Europe, les approches radicales relatives à la pénétration  du renouvelable intermittent sont contestées par nombre d’associations et organisations défendant la raison et le pragmatisme  contre l’idéologie en utilisant, non sans succès, les moyens juridiques à disposition.
Citons, à titre d’exemple, l’acceptation par la Cour de Justice Européenne du recours introduit par la plateforme EPAW (European Platform Against Windfarms) portant sur le manquement de la Commission Européenne concernant la Convention Aarhus (transparence, études techniques préalables avant toute mise en œuvre de programmes affectant l’environnement, etc).

La production thermique

La prolongation d’unités  existantes et des nouvelles centrales à gaz sont indispensables au-delà de 2025 pour compenser la fermeture du parc nucléaire et l’intermittence de la plus grande partie de la génération renouvelable d’électricité.

Le coût des nouvelles centrales à gaz est plus élevé que celui de la prolongation de centrales nucléaires générant une énergie équivalente.

Quant à la compensation de l’intermittence, une étude de PWC en avait estimé le coût (2018) à 5,2 milliards sur 15 ans, soit 345 millions/an, tandis que la Creg, le régulateur fédéral belge du secteur de l’énergie, a évalué ce coût entre 600 à 940 millions €/an.

Y-aurait-il des investisseurs capables de rentabiliser les nouvelles centrales à gaz requises d’ici à 2025 (en cas de sortie du nucléaire cette année-là) sans aide publique (rémunération de capacité) ?

Conclusion

Quelle est donc la pertinence d’un  scénario électrique radical tel que celui de Groen, qui conduirait à une explosion du prix de l’électricité qui vient s’ajouter à une fiscalité prétendument écologique (en réalité un impôt supplémentaire), à des émissions accrues de GES par rapport à aujourd’hui, à une incertitude concernant la réalisation effective de la très forte et onéreuse croissance de la pénétration du renouvelable intermittent, à renoncer à nos propres technologies et à nous rendre dépendants de puissances impérialistes dont l’écologie est le cadet de leurs soucis, le tout aux dépens du bien-être et de la liberté de la population (privée de ses choix)  et de la compétitivité de l’économie belge ?

 

 

 

Notes 

[1] Péril sur l’électricité belge », J.P. Schaeken Willemaers, Texquis, avril 2018.

[2] “The decline of weather dependent renewables in Europe : 2008-2018 “, Ed Hoskins, the EurObserv’ER, June 7, 2019.

 

 

(Visited 426 times, 1 visits today)

3 réflexions au sujet de « Scénario électrique de Groen »

  1. Le ratio production effective / capacité est médiocre en Europe et pour tous les pays à l’exception de l’Espagne … dont le parc est essentiellement éolien ! Le PV tire vers le bas la production réelle.
    De plus, il n’est pas fait mention des déchets et de la récupération des plaques PV dont la destruction doit égaler la difficulté de celle des pales …

  2. Désolé pour l’utopisme « en vert de Groen ! » Celui-ci fait songer à un exercice d’arithmétique juste bon pour alimenter des palabres entre certains cabinettards & politiciens francophones…

    *** 2030 ou la fin du monde *** (rappelons qu’en un mix de pensées des gentils tuteurs de Greta Th. & ceux de Groen !, il est aujourd’hui moins Une). En un élan moral et un brin rationnel, Groen ! ont-ils pris la peine de transposer ces CHIFFRES MASQUÉS au grand public français ? Chiffres effarants publiés par les deux associatifs que vous invoquez dans votre billet : « La Fédération Environnement Durable (FED) et Sites & Monuments (SPPEF) déposent un recours devant le tribunal administratif de Paris relatif aux DÉCHETS de l’industrie éolienne. »
    https://www.contrepoints.org/2019/07/05/348379-eolien-deux-federations-nationales-deposent-plainte-contre-letat-pour-pollution

    Transposons des chiffres hexagonaux vers ceux en noir-jaune-rouge :
    tablons ainsi sur du 1 à 6 pour rester sur un ratio des populations BE-FR ou – plus sérieux – sur le MIX respectif des français et le nôtre ? A quoi Groen ! aboutiraient-ils avant de propager l’esbroufe comptable verte des 4500 + 5224 MW (selon quels nombre de mats 250m et puissances unitaires respectives l’imaginent-ils le réseau maillé en 2030) ? Où ça et QUI les autorisera alors ? Quant aux champs maritimes du littoral belges (tant appuyés par Mr Vande Lanotte d’Ostende) : ils me font penser aux îles artificielles de Dubaï, verdurées là-bas par de seuls palmiers et des tours scintillantes sur le Golfe persique !

    « Errare humanum est, perseverare diabolicum »
    En de tristes exemples historiques, entre 1936 et 1940 les camarades Maginot & Co rêvèrent que bétonnages et ferraillages de tourelles assortis d’immenses moyens financiers publics les mettraient à l’abri de toute erreur stratégique ! Idem aussi dans l’avant 1944 par un führer rêvant d’écraser nos démocraties Alliées !
    Bien sûr, rien ne se compare entre les époques et les intentions de protagonistes…

    QUID d’un nécessaire rééquilibrage par le GAZ ? Groen ! semblent là s’appuyer sur les négociations (abouties) du rachat par le QATAR de 4 centrales gaz (puis d’autres encore) qui seront d’évidence alimentées ..par du gaz qatari.. soit un choix aussi suspect que celui – dit-on – qui nous subordonne à la Russie d’oligarques, à celui GNL d’Algérie et celui en une croissance compétitive trans-Atlantique ???

    Question à cinq cents (d’€) : comment fonctionneront «Nos Lumières » entre 2025 et 2030, et ensuite ?
    Réponse chaudement attendue de la part de nos camarades assemblés… car entre « prévoir » et « réaliser », la marge restera floue sinon énorme. A moins que d’obscurs CAPITAUX n’affluent, ceux-là en provenance du M-O pétrolifère et d’une Chine d’omnipotence par métaux rares et production de CO2 industriel ?
    Entre-temps, lançons SVP vite un TRIPLEMENT du lien THT Nemo-link entre UK et BE, soit 2000 MW de substitution que nous quémanderont aimablement auprès des amis anglais nous les cédant probablement sur leur production perspective en nucléaire !
    Double smash sur l’U.E. de toutes nos rêveries de cabinets !

  3. Il est urgent de développer les réacteurs de 4iem Génération pour produire l’électricité avec les déchets nucléaires. Avec le Centre d’études nucléaires de Mol.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *