Une brève histoire du climat

par Egbert Egberts
Master en théologie

ATTENTION ! Cet article pourrait permettre d’économiser des milliards d’euros…

Après un été avec des températures au-dessus de 40°C, les prédictions de catastrophes sont allé bon train. “Si on ne fait rien, …” Nos politiques, pressés par une (petite) partie de leur électorat, proposent des mesures à faire pâlir les contribuables impuissants que nous sommes. Pensez aux mille milliards d’euros que veut dépenser la nouvelle présidente de la Commission européenne pour juguler le climat et limiter le réchauffement climatique.

Dans l’ensemble, on traite cette question sans aucun regard en arrière. Comme si le changement climatique était un phénomène nouveau, qui nous est tombé dessus parce qu’on roule en voiture. Cependant, il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau et le monde francophone est particulièrement bien placé pour le savoir. Nous possédons un livre fouillé sur l’évolution du climat entre l’an 58 avant Jésus-Christ et 1842 A. D., un véritable trésor ! Pourquoi ? Parce que cela nous donne le recul indispensable pour mieux comprendre ce qui nous arrive aujourd’hui. En 1845, Joseph-Jean-Nicolas Fuster a publié son livre de 503 pages Des changements dans le climat de la France : histoire de ses révolutions météorologiques aux éditions Capelle à Paris.[1] Son livre nous résume ainsi l’évolution du climat pendant presque deux millénaires.

Le livre de Joseph-Jean-Nicolas Fuster (Figure 1) est divisé en quatre sections : 1. Des changements de notre climat; 2. De la nature des changements de notre climat; 3. Des grandes intempéries de la France; 4. Des causes des changements de notre climat. Le but du présent article est de relever de ce long livre les choses qui nous semblent pertinentes dans l’appréciation des changements climatiques récents et de mettre en évidence les liens éventuels entre climat et météo. Nous terminerons par quelques conclusions par rapport à notre actualité.

Les références au livre de Fuster se trouvent entre parenthèses. Attention, les pages du livre ne correspondent pas à la pagination du PDF. Il y a une différence de 14 pages.

Figure 1. Livre de Joseph-Jean-Nicolas Fuster publié en 1845.

1. Le climat

Quand Jules César envahit la Gaule[2], celle-ci connaît un climat très différent d’aujourd’hui. L’hiver commence en octobre et dure jusqu’à mai, de sorte que César mène ses campagnes de conquête dans les mois de l’été, de juillet à la mi-septembre. L’hiver gaulois est rude, huit mois d’un froid excessif, des pluies diluviales, et une humidité exubérante, des vents impétueux et des tempêtes furieuses (83). Selon Diodore : “Toutes les rivières navigables (ce qui signifie les rivières les plus profondes) de la Gaule gèlent aisément.” (71). Cela inclut le Rhône (6). Afin de mieux saisir la différence avec les temps récents, même au plus fort de la période froide suivante, il n’y a eu que trois hivers où toutes les rivières ont gelé au point de permettre à des charrettes de les traverser. Ce furent les hivers de 1709, 1789 et 1830 (85). Au temps de César, le renne et l’élan peuplent la Forêt Noire (56). Même le Danube inférieur gèle en hiver (58) et cela jusqu’au cinquième siècle (59). En Gaule aussi, jusqu’à 400 ans après César, le froid de l’hiver est mordant et la neige très abondante, et cela dès l’équinoxe de l’automne (63). Même au temps du roi Théodoric le Grand, qui régna entre 493 et 526, la guerre en Gaule ne commença pas avant le 24 juin (64).

Le climat détermine l’agriculture. Comme on ne possède pas des relevés de température pour le passé,[3] on doit procéder autrement pour suivre l’évolution du climat. Fuster se sert principalement de la présence de la vigne et, accessoirement, de l’olivier, du figuier et des agrumes.

Dès 218 avant Jésus-Christ, la culture de l’olivier est signalée dans les Basses-Alpes, au temps du passage de l’armée d’Anibal de Carthage. La vigne, présente au moins 150 ans plus tôt, était limitée à la Gaule transalpine, et ne poussaient donc pas plus au nord. Même à Vienne, au sud de Lyon, elle ne produisait pas un bon vin (83). Au temps d’Auguste, le début de l’ère chrétienne, l’Aquitaine ne connaît pas encore la vigne. Y poussait seulement du millet (87). Trente ans plus tard, la vigne y est cultivée. Le climat commence lentement à se réchauffer. Avant la fin du premier siècle, la vigne a atteint l’Auvergne et la Franche-Comté. En 358, elle est en région parisienne et en 379 en bord de Moselle. Le figuier également se retrouve à Paris, tant que l’on l’empaille et l’hiver de Lutèce est vanté pour sa douceur (96). En 356, les blés étaient mûrs au solstice de l’été entre Sens et Reims (97). Mais il pouvait encore geler fort. En 357, l’empereur Julien, l’Apostat, parle de la Meuse et du Rhin complètement gelés (106). En fait, le climat de la Gaule mettra 500 ans à s’échauffer d’un bout à l’autre (112).

Devenue entretemps la France au sixième siècle, le temps des Mérovingiens, le pays était plus chaud qu’au milieu du 19e siècle (113). Le palmier à dattes pousse en Provence (115) et la vigne s’étend jusqu’en Lorraine, en Normandie et en Bretagne. Dans les années ordinaires, il n’y a plus ni gelées ni neige selon Grégoire de Tours en 589 (118). En 660, on mentionne les vignes à Corbie dans la Somme. Du septième au neuvième siècle, la vigne est seulement absente des Flandres à cause des marécages nombreux (122). Au dixième siècle, on mentionne des vendanges en Flandre, dans le Hainaut, dans le Brabant jusqu’à Liège et Louvain (128), et même jusqu’en Pologne en cette fin du premier millénaire (132) et jusqu’au seizième siècle, même si le vin n’était plus très bon (133). Au douzième siècle, les vignes de Gloucester sont réputées pour la qualité de leur vin (134).

Pourtant, vers le milieu du neuvième siècle, le temps se gâte. A la terreur des hommes du Nord, les Vikings,[4] s’ajoute un temps de plus en plus capricieux[5]. Des vignes disparaissent à divers endroits, comme en la future Normandie (192). Une lettre de 1468 mentionne l’absence de la vigne en Flandre, en Artois et en Picardie (197). Ce n’était pas un changement dans les goûts. On continue à s’en procurer à grands frais. Mais le climat ne permet plus de planter la vigne dans ces régions. De même, la vigne disparaît de l’Angleterre dès le quatorzième siècle (199). Les Normands en sont réduits à boire du cidre “par une espèce de malédiction du Ciel”, dit-on à Paris au temps de Henri III (200). En Ile de France, la vigne prospère encore quelques siècles, pour se détériorer à partir du seizième. La même chose se passe pour les vignes d’Anjou, de la Saintonge et de l’Orléanais (201).

Avec l’hiver de 1709, le climat commence aussi à se dégénérer dans le Midi. Dans cette région, les orangers, les limoniers, les citronniers, les dattiers et même la canne à sucre poussaient en pleine terre et produisaient un excellent fruit (202ss). Mais le 18e siècle va enrayer tout cela. Même le raisin ne rougit plus en Languedoc en 1789. Dès 1765, la culture de l’olivier quitte la région de Montélimar, son point le plus éloigné de la Méditerranée, pour se rapprocher de plus en plus de la côte (214).

Voici donc en quelques lignes la grande courbe du climat pendant ces presque 2000 ans. Nous ne parlons pas ici des soubresauts de la météo. Cela constitue un autre sujet. Il est indéniable que le climat de notre partie du monde a connu une grande oscillation en cette longue période. D’un climat froid, voire très froid au temps de César, le climat s’est réchauffé dès le début du premier siècle pour trouver des valeurs probablement supérieures à nos temps modernes. Puis, à partir de la fin du neuvième siècle, nous entrons dans une nouvelle période de froid, même si celui-ci n’atteint pas les valeurs du temps de César. Jusqu’au moment où Fuster écrit son livre, entre 1842 et 1844, cette vague de froid a perdurée. Ce n’est que plus tard qu’une nouvelle période de réchauffement est perceptible, période qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui.

2. La météo

Pour observer le changement du climat, il faut du recul. Ce n’est pas la même chose pour les excès de la météo. On en parle tout le temps, et cependant, on l’oublie souvent tout aussi vite. C’est ce qui nous donne l’impression que le temps n’a jamais été aussi exécrable qu’aujourd’hui et que tous les records sont battus. En fait, nous avons oublié le passé très chahuté de la météo sous nos latitudes.

La troisième partie du livre de Fuster concerne ce qu’il appelle “les intempéries”. Voici ce qu’il en dit (255) : “… le climat et ses perturbations ne marchent pas nécessairement d’accord : le climat est la condition ordinaire de l’air, l’expression de ses qualités communes, son état habituel ou moyen; ses écarts en indiquent au contraire les conditions exceptionnelles, les états excentriques ou anormaux, les manières d’être insolites ou extraordinaires …” Il commence par donner un tableau qui mentionne ces intempéries telles que les ont enregistrées des témoins “dignes de foi et presque toujours présents à ces perturbations”. En voici donc la liste établie par le Dr Fuster :

Les détails pour chaque siècle se trouvent dans le PDF joint.

Par la force des choses, les détails qui suivent devront être plus que lacunaires.[6]

Hivers : Même en pleine période de réchauffement du climat, il était possible d’avoir un hiver extrêmement rude : “La rigueur de l’hiver de 994 s’étendit du 15 novembre au 15 mai” (268). L’hiver de 1218 commença le 28 septembre. Des gelées détruisirent la majeure partie du raisin. Puis, du 30 octobre jusqu’au 6 décembre, on pouvait traverser les lacs et les rivières, comme la Loire et la Seine. Après un court relâchement, gelées et neiges devinrent continuelles jusqu’au milieu du mois de mars. Au milieu du mois de mai, les champs avaient à peine quelques épis, et la vigne quelques bourgeons (269). L’hiver de 1458 fut si rigoureux qu’une armée de 40.000 hommes put camper sur le Danube (279). Le froid de l’hiver de 1589 fut si rude qu’il gela entièrement le Rhône; les mulets, les voitures, les charrettes, tout le traversait à Tarascon comme sur une grande route, même les canons (271). L’hiver de 1638 vit le port de Marseille gelé. L’hiver 1829-1830 a commencé en début octobre. La Seine, le Rhin et le Rhône gelèrent et purent être traversée à pied en décembre et en février (274). La température allait de -10,1°C à Marseille à -28,1°C à Mulhouse (302). A ceci, on peut ajouter les “frost fairs”, les foires sur glace, sur la Tamise qui s’est gelée complètement par moment durant 23 hivers entre 1309 et 1814.[7]

Etés : En plein refroidissement climatique, en 1684, l’été a été parmi les plus chauds : 68 jours à 25°C entre midi et 15 heures, 16 jours à 31°C et 3 jours à 35°. En 1701, 62 jours à 25°C, 11 à 31°C, 9 à 35°C et un jour à 40°C. (304s). En 1705, à Montpellier, on pense que la température à l’ombre a atteint les 42°C et au soleil les 100°C, température de l’eau bouillante (318). L’été de 1793 fut exceptionnel. Les mois de mai et de juin, il avait gelé continuellement, mais dès le 1 juillet commencèrent les grandes chaleurs et pendant un mois, la température oscilla entre 26°C et 40°C. Durant ces chaleurs, le vent était au nord (307s).

Sécheresses : La sécheresse de 357 permit de passer le Rhin à gué (330). En 1325, la sécheresse fut telle qu’on ne comptait à peine la valeur de deux jours de pluie sur quatre mois (324). Celle de 1632 dura depuis le 12 juillet jusqu’au 15 septembre (325). Aux Pays-Bas, l’armée de Louis XIV pouvait passer les fleuves à gué, le 5 juin 1672, l’année de toutes les catastrophes en ce pays (330).

Pluies : En 580, le Rhône et la Saône inondèrent Lyon, détruisant un grand nombre d’édifices et une partie du mur. Les habitants se réfugièrent sur les collines de Saint-Just et de Saint-Sébastien, craignant un nouveau déluge. La grêle, des tremblements de terre, les explosions de la foudre et un ouragan terrible vinrent ajouter au spectacle de cette désolation. La pluie était tombée pendant 20 jours de suite (337). L’affreuse famine de 1030-1033 eut pour cause l’excès de la pluie … Le sol resta tellement trempé durant ces trois ans, “qu’il n’offrit pas un seul sillon propre à recevoir le grain (339). En 1544, le Rhône renversa 390 mètres du rempart d’Avignon et en 1583, il renversa les remparts d’Arles (353). Les pluies de l’automne 1766 ravagèrent Albi, Montauban, Sète, Montpellier, la Provence et le Roussillon (353s).

Vicissitudes : Au milieu du mois d’avril 1063, il survint quatre jours d’un hiver si âpre avec des vents et des neiges, que la plupart des arbres et des vignes périrent, et que les oiseaux et les troupeaux moururent de froid (358). Depuis le grand ouragan (il abattit le haut de l’église Saint-Louis sur les assistants (369) de 1701, et pendant 10 ans, les saisons étaient chamboulées. Saint-Simon affirma que, pendant cette période et s’aggravant de plus en plus, “on n’a plus du tout de printemps, qu’on a peu d’automne, et que l’été se retrouve réduit à quelques jours.” (360) L’hiver rude de 1789 semblait avoir consommé le froid pour les trois hivers suivants. Toutefois, les printemps et les étés de ces quatre années connurent un froid très rigoureux. La nuit du 30 au 31 mai 1793, les vignes gelèrent dans toute la France (362).

Orages et tempêtes : Vers 753, il y eut dans toute la France une si horrible tempête que le tonnerre dura 22 heures : elle fit mourir de frayeur 3000 personnes et plus de 24000 bêtes (366). En 823 ou 824, des grêles énormes ravagèrent les campagnes. Vers le solstice de l’été, et les témoignages sont unanimes, dans le pays d’Autun en Bourgogne, on vit tomber du ciel de véritables blocs de glace (Fuster souligne sa certitude des mesures et cite ses différentes sources) de 4,873 mètres (15 pieds) de long sur 1,949 mètres (6 pieds) de large et de 0,650 mètres (2 pieds) d’épaisseur (367). La grêle tombée le 24 juin 1778 à Saint-Pierre-du-Regard en Basse-Normandie forma une masse de glace qui se conserva durant six jours malgré la chaleur (370).

Fuster souligne l’augmentation de ces intempéries au fur et à mesures des siècles. Il dit que si on les compte par période de deux siècles, on obtient la progression suivante de la fréquence de ces intempéries : 12, 26, 37, 47, 65, 88, 98 et 175, le dernier chiffre ne comprenant qu’un siècle et demi. Si les premiers siècles de l’ère chrétien connaissaient sans doute une pénurie d’observateurs, ce ne fut pas le cas des 7e et 8e siècles. Les chiffres pour ces siècles seraient donc plutôt fiables et la différence avec les siècles suivants n’en est que plus marquante.

Les intempéries, nous l’avons déjà dit, correspondent à notre vécu de la météo. Y a-t-il pourtant un lien entre celles-ci et le climat ? L’augmentation régulière de ces intempéries semble indiquer un certain lien. Elles sont nettement plus nombreuses au fur et à mesure que le climat se refroidit. Elles n’en sont pas la cause, mais elles semblent l’accompagner. Bien que présentes en un certain nombre durant 6e et 9e siècles, le climat froid des siècles suivants semble les favoriser et les aggraver particulièrement. Est-ce que cela veut dire qu’elles sont moins en évidence dans notre aire géographique depuis que le climat se réchauffe à nouveau ? Ce serait sans doute une étude à faire.

Notons autre chose. Nous sommes tous assez enclins à croire que nous sommes particulièrement mal lotis pour ce qui est le temps. La description abondante de Fuster permet de corriger cette idée. Nous sommes plutôt favorisés par des intempéries, dans l’ensemble, plus clémentes que ce qu’ont connu nos peuples dans les siècles précédents. Peut-être qu’il nous faut apprendre à nous plaindre un peu moins du temps !

3. Conclusions de Fuster

Fuster écrit une dernière section sur les causes du changement climatique. Nous aimerions nous y arrêter courtement et le comparer ensuite à d’autres causes, invoquées de nos jours.

Pour Fuster, la cause derrière le changement du climat est liée à son temps. Il se trouve au bout d’un refroidissement climatique de plusieurs siècles, sans aucun signe de changement à venir. Pour lui, les causes sont à chercher sur terre ou dans l’atmosphère, mais ni plus haut, comme notamment le pouvoir calorifique et lumineux du soleil (400), ni plus bas, comme dans le cœur chaud de la planète. Il passe en revue la géographie : l’abaissement des collines et des montagnes, laissant s’engouffrer le vent froid, le changement des côtes, particulièrement des embouchures des fleuves, comme le Rhin et le Rhône. Puis, il y a l’influence de l’homme qui modifie profondément la nature. Pour Fuster, cela n’était pas un méfait, une calamité, mais plutôt le contraire. Par son action, l’homme a amélioré le climat. Les immenses forêts du temps de César étaient, selon lui, une des causes principales du climat très froid. Dès l’invasion romaine, on va réduire la forêt et permettre au sol de se réchauffer. Cette destruction de la forêt était d’une part une nécessité impérieuse pour César : la forêt jouait en faveur de la résistance gauloise. D’autre part, cette destruction massive pendant les 10 ans de campagnes militaires “tarit d’un seul coup une puissante source de froid, de pluies et d’humidité. Le soleil […] échauffa désormais très vivement des plaines dénudées ; les pluies devinrent moins abondantes en l’absence de hautes futaies, et l’excès d’humidité échappé jadis des masses d’arbres ou dégagé d’un terrain sous leur abri, ne manqua pas de diminuer.” (429s) Aux effets météorologiques s’ajoutèrent peu à peu des changements climatiques : plus de chaleur, moins d’intempéries. En trois siècles, la culture de la vigne atteint la région de Lutèce. La conclusion de Fuster est donc que les grands défrichements, toutes autres choses étant égales, réchauffent le climat (439).

Le 5e siècle met tout cela en grand danger. Les invasions des barbares, Vandales, Goths, Huns, Francs pour ne mentionner qu’eux, saccagent le pays. Mais ce fut la christianisation de ces barbares qui empêchait une calamité plus grande. Dès le 6e siècle, on revient à la gestion romaine du territoire. Les établissements monastiques, de plus en plus nombreux, vont en étendre encore les bienfaits en s’établissant dans les régions les moins hospitalières. Fuster : “Le climat recueillit le fruit de ces travaux : il n’avait jamais été jusque-là, et il n’a jamais plus été depuis aussi chaud, aussi égal ni aussi paisible.” (457)

Dès la mort de Charlemagne, les choses changent. La guerre civile, les invasions des Vikings, le dépeuplement causé par les croisades, les invasions hongroise et mongole à l’Est, la Peste noire, les guerres de religions, tout cela contribue à l’abandon des cultures. Partout il y avait des champs en friche et des landes incultes couvertes de bruyères. Des troupes de loups venaient jusqu’aux abords des villes. L’équilibre entre forêts et agriculture était brisé.

Fuster conclut son livre ainsi : “Une heureuse transformation du sol, sous un concours d’influences privilégiées, avait amené les améliorations des neuf ou dix premiers siècles de l’ère chrétienne. Une transformation en sens inverse, sous un concours d’influences désastreuses, a opéré les détériorations des neuf ou dix autres siècles.” (498)

Est-ce que ses conclusions sur les causes du changement du climat sont recevables ? Que la présence importante des forêts influence le temps, et peut-être le climat, ne fait pas beaucoup de doute. En ce sens, la raison indiquée par Fuster pour l’entame du réchauffement dès le début de l’ère chrétienne n’est sans doute pas à négliger. Ce qu’il n’arrive pas à prouver, c’est le retour massif de la forêt à haute futaie à partir du 10e siècle. Que l’époque soit devenue calamiteuse est une évidence. Mais l’effet de cela sur la couverture forestière n’est pas prouvé. Il faut donc rejeter la preuve comme insuffisante.

4. Ce qui nous amène à notre temps.

Commençons par faire quelques comparaisons avec les 1900 ans décrits par Fuster. Il avait relevé un cycle d’environ 1800 ans. Une période de réchauffement d’environ neuf siècles, suivie d’une période d’environ neuf siècles de refroidissement. Bien sûr, Fuster est bien trop proche du début du réchauffement qui est attesté à partir de 1815 pour en avoir l’idée. Il ne l’a pas détecté du fait que les débuts de ces grandes périodes sont trop difficiles à détecter de près. Il faut beaucoup plus de recul. Notons aussi que le cycle froid qui se termine de son temps est pourtant relativement moins froid que celui dont témoigne César. Les cycles ne sont donc pas de simples répétitions.

La courbe à dessiner atteint une température plus basse entre les années -58 à 0 que lors du “petit âge de glace” qui commence au 14e siècle pour se terminer au 19e siècle. Quant à la période de réchauffement qui va de l’an 0 jusqu’à la fin du neuvième siècle, nous savons que la température moyenne s’est élevée suffisamment pour qu’en environ dix siècles, la vigne s’étend jusqu’en Belgique, en Angleterre bien au nord de Gloucester et jusqu’en Pologne. Dans la période de réchauffement actuel, nous n’observons pas une étendue comparable, même si, en 2006, on annonce une première récolte de thé dans le Cornwall anglais.

Aujourd’hui, nous connaissons des extrêmes de chaleur, jusqu’à 42°C en France. Mais cela se passe en pleine période de réchauffement. Pourtant, les mêmes températures ont été notées en France en pleine période de refroidissement, 1701, 1705 et 1793 ! Quelles températures ont dès lors été atteintes pendant le cycle de réchauffement précédent ? Nous l’ignorons, mais voici ce dont parle Fuster : En 584, les roses fleurirent au mois de janvier. Les arbres qui avaient porté des fruits en juillet en portèrent de nouveau en septembre (303). En 921, il y eut une chaleur intense et une sécheresse extrême presque sans interruption pendant les mois de juillet, août et septembre, détruisant beaucoup de récoltes (323). L’été 1078 fut très chaud au point qu’on vendangeât abondamment au moins d’août. Les chaleurs intenses de 1183 et 1188 tarirent les fleuves et les puits. En 1384, une chaleur sèche et insupportable régna dans toute la France depuis le printemps jusqu’au milieu du mois d’août (304).[8]

Ce que nous constatons aussi, et cela marque une différence claire avec le cycle précédent, c’est que la vigne a atteint la Belgique en un bon siècle et demi de réchauffement si nous commençons cette période vers 1815. Autrement dit, le cycle est infiniment plus court. Cela veut-il dire que ce cycle pourrait être suivi bientôt par un nouveau cycle de refroidissement tout aussi rapide ? Cela, bien sûr, personne ne le sait.

Les deux causes principales auxquelles on attribue le réchauffement aujourd’hui n’ont rien à voir avec les causes indiquées par Fuster. Lui se trouvait à la fin (même s’il l’ignorait) d’un cycle de refroidissement. Nous nous trouvons vers la fin (même si nous l’ignorons encore) d’un cycle de réchauffement. Cela influence sérieusement l’appréciation des causes ! En plus, Fuster était un catholique convaincu et on est loin de l’attribution de culpabilité à tel ou tel groupe de personnes, même s’il tire des conclusions dans lesquelles nous ne pourrions pas le suivre. Aujourd’hui, l’influence de la foi chrétienne est devenue minime. Observons, avec étonnement, l’habitude païenne – on la retrouve aujourd’hui en Afrique et probablement ailleurs – de chercher un coupable. Dans le paganisme, quand quelqu’un meurt, le sorcier part à la recherche du coupable, car on ne meurt pas sans que quelqu’un y soit pour quelque chose. Aujourd’hui, il en est ainsi pour le climat. Si tout va mal, il doit y avoir un coupable et ce coupable devra payer par le sacrifice.

5. Passons rapidement en revue les deux coupables modernes à la lumière des cycles climatiques précédents et concluons.

L’homme serait le grand coupable. Moins d’êtres humains correspondra à moins de réchauffement. On se rappelle le prince Harry annonçant qu’il ne veut pas plus que deux enfants “pour la planète”. Le passé, rapporté par Fuster, ne valide pas ce genre de raisonnement. Notre planète a vu des exterminations massives à tout moment des cycles climatiques. Du million de morts au temps de César aux millions de morts sous Napoléon, pour ne rien dire des environ 300 millions de morts des temps modernes. Les boucheries ont été absolument terrifiantes, mais elles n’ont eu aucune influence sur le climat. Cette raison n’en est donc pas une.

Le CO2 est l’autre grand coupable moderne. Ce gaz à effet de serre serait la cause principale du réchauffement. Cependant, le cycle de réchauffement précédent n’avait manifestement aucun lien possible avec le CO2 ! On peut donc être certain que cette fois-ci, c’est pareil. Ce n’est pas là la cause du réchauffement.

Ces deux grandes causes s’évanouissent dès qu’on se met à l’étude du passé. Comme nous l’avons remarqué dès le début de cet article, nous sommes particulièrement bien placés dans le monde européen francophone pour le savoir. Car nous avons un rapport détaillé de l’évolution du climat sur 1900 ans. Ne pas en tenir compte revient à cacher sa tête dans le sable !

Quelle est alors la cause derrière nos changements climatiques ? Y aurait-il une “danse” du climat comme l’un des rythmes fondamentaux de notre planète ? Nous connaissons cela pour les saisons. Leur valse est irrégulière dans leur régularité. Cela revient chaque année, mais avec des variations fréquentes pour des raisons que nous ignorons. Et s’il y avait une grande danse du climat, avec un rythme exprimé en siècles, parfois plus long, parfois plus court ? Si nous savons ce qui influence les saisons, nous tâtonnons encore pour les grands cycles du climat. Est-ce le soleil et ses éruptions qui en est la vraie cause ? Peut-être. Mais on n’en a pas encore la certitude. Cependant, si travailler pour mieux limiter les effets du climat est une excellente chose, travailler pour changer le climat sera toujours une prétention humaine qui le conduira à la vanité de son œuvre. C’est courir après le vent. Il nous semble que l’on n’en a ni les moyens, ni le temps.

L’étude du livre de Fuster est un exercice en humilité et en modestie. Nous ne sommes pas les maîtres du climat. La sagesse est de vivre avec ou malgré le climat, tout en nous armant au mieux contre ses excès.

Références

[1] On peut le télécharger ici : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k772359.image.

[2] En fait, la Gaule du Nord. La Gaule transalpine était déjà romaine. Sa frontière nord allait, grossièrement, de Lyon à Toulouse tout en passant au sud des Cévennes.

[3] Il faudra attendre 1779 pour en obtenir (228).

[4] Quelle était la cause des incursions des Normands ? Parmi plusieurs causes, on mentionne le réchauffement climatique en Scandinavie et la croissance de la population. Si tel est bien le cas, nous avons là un exemple de réfugiés climatiques bien encombrants !

[5] Cf. le chapitre suivant.

[6] Cf aussi l’article suivant qui a suscité mon intérêt pour le livre du Dr Fuster : https://www.contrepoints.org/2018/08/08/322023-la-canicule-ici-et-lhiver-de-la.

[7] Cf. http://www.latamise.com/les-frost-fairs-foires-sur-glace/. La plus renommée des frost fairs eut lieu pendant le Grand Gel de 1683-84, le pire hiver que connut l’Angleterre. La Tamise fut complètement gelée pendant deux mois. La glace avait alors une épaisseur impressionnante de 28 cm ! Au début des années 1800, le climat s’adoucit et les hivers devinrent moins rudes. La dernière foire sur glace s’est tenue en janvier 1814. Bien qu’elle ne dura que 4 jours, ce fut l’une des plus importantes. Des milliers de gens passèrent quatre jours sur la glace pour profiter des événements exceptionnels qui furent proposés cette année-là. Un éléphant fut même exhibé sur le fleuve à hauteur de Blackfriars, pour le plus grand plaisir du public.

[8] Cité dans l’article de Contrepoints, indiqué en note 7.

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11 réflexions au sujet de « Une brève histoire du climat »

  1. Bonjour,

    Quel crédit accorder à ce livre ? Quelle sont ses sources (absence de bibliographie ?) ? Emmanuel Leroy Ladurie, dans sa somme intitulée “Histoire humaine et comparée du climat” ne semble pas l’avoir retenu dans sa bibliographie pourtant très étoffée.
    Merci pour vos réponses.
    Jean

    1. Bonjour,

      Votre question est parfaitement raisonnable et, en même temps, un peu étonnant.

      Tout d’abord le côté raisonnable. Vous posez une question importante, à la fois pour le livre du Dr Fuster et pour un grand nombre d’articles publiés aujourd’hui sur une grande variété de sujets, y compris le climat. J’espère que vous manifestez le même scepticisme raisonnable envers tout ce qu’on affirme aujourd’hui avec un alarmisme apocalyptique tout à fait remarquable. Nous devons raison garder et poser la question par laquelle vous commencez.
      Quant au crédit à accorder au livre du Dr Fuster, il réside dans le travail minutieux, détaillé et bien ressourcé qu’il a fourni, un travail énorme qui reflète bien le caractère scientifique extrêmement soigneux typique de bon nombre d’auteurs scientifiques de son siècle, même si la plupart de leurs œuvres sont tombées dans l’oubli de bien des modernes. Lisez son livre et vous comprendrez à quoi je fais allusion.

      Cependant, il y a aussi un côté étonnant. Car vous avez la réponse à votre propre question (sur les sources du Dr Fuster) quasi sous vos mains, moyennant un petit peu de travail. En feuilletant le livre du Dr Fuster sur Gallica, service de la Bibliothèque nationale de France, vous auriez découvert les nombreuses pages de sources qu’il mentionne. Bien sûr, son livre date de 1845 et les habitudes n’étaient pas les mêmes. Il ne cite pas ses sources à la fin de son livre, comme on le ferait aujourd’hui, mais à la fin des chapitres qui l’exigent. Cherchez, et vous trouverez !

      Quant à votre question sur M. Leroy Ladurie, il me semble que vous posez votre question à la mauvaise adresse. Si cette question vous préoccupe, et j’imagine que cette préoccupation puisse être totalement justifiée, il faudrait la poser à M. Leroy Ladurie. Je suis sûr qu’il pourra vous donner une raison tout à fait évidente. Comme vous, sans doute, je pourrais me mettre à deviner plusieurs raisons plausibles. Mais pourquoi deviner ? Posez-lui votre question. Je serais intéressé, le cas échéant, de lire sa réponse.

      Bien à vous,
      Egbert Egberts

      1. Bonjour Monsieur,

        Je vous remercie pour votre long commentaire sur mon intervention. Je suis tout aussi méfiant vis à vis de l’alarmisme actuel. La difficulté réside dans le fait que l’opposition actuelle entre les deux “parties” pour parler simplement ne repose pas seulement sur l’examen du passé, ce qui devrait être relativement objectif, mais sur des arguments scientifiques (Monsieur Geuskens démontre que l’effet de serre n’a pas de sens physique, Monsieur Breton démontre le contraire). À moins d’être un spécialiste, que je ne suis pas, il est impossible de savoir où est la vérité. On le saura sans doute un jour.

    2. Une bonne question, qui s’impose en tout temps et tout azimuth.
      Ces notes et ce livre du Dr Fuster me semblent très intéressants:
      – Les notes car elle relèvent le point important de prendre le recul par rapport à cet enthousiasme, peut-être aveuglant, visant à inculper le mode de vie actuel.
      – Le livre, consultable à la BNF, qui donne le recul et sans doute par là une meilleure perspective remarquant que les variations actuelles (très court terme au plan de la vie de la planète) pourraient très bien se trouver dans le bruit/incertitude stochastique.
      Je crois qu’il faut aussi se demander si la “sinistrose climatique” actuelle n’est pas le résultat de recherches tentant à prouver une pseudo vérité, sans avoir pris le recul et la perspective appropriée.

  2. Emmanuel Leroy- Ladurie fait bien référence au Docteur Fuster dans son ouvrage le climat depuis l’an mil (Edition Flammarion,collection Champs 2e volume)

    1. Je faisais allusion à l’ouvrage intitulé Histoire humaine et comparée du climat en trois tomes et non pas au Climat depuis l’an mil. Après relecture de la bibliographie des deux premiers, j’ai égaré le troisième, il n’y a pas de référence à Foster.
      Je ne sais pas comment contacter Monsieur Leroy Ladurée, mais je vais essayer via son éditeur.
      Bien cordialement.

  3. @Mermillon
    Si M. Bréon est réellement en mesure de “prouver le contraire” je suis preneur – merci de partager. Ce monsieur est le mentor d’un blog “collapso-réchauffiste” (où la vague de chaleur de cet été est associée à des courants jets en forme de Oméga annonciateurs de la fin du monde…), blog qui n’a pas manqué de s’attaquer à M. Geuskens sous un angle bêtement et gratuitement Ad Hominem dénué de toute démarche scientifique.
    SCE et l’article sur l’effet de serre sont loin d’être absents des “écrans radars”, mais les détracteurs brillent ici par leurs absences ou feintent l’ignorance parce qu’ils sont tout simplement incapables d’argumenter et de réfuter.

    1. Bonjour Monsieur et merci pour votre commentaire. Personnellement, je ne sais pas départager qui de Monsieur Geuskens et de Monsieur Bréon a raison. J’observe simplement que Monsieur Geuskens a développé sa thèse de façon très détaillée. S’agissant de celle de Monsieur Bréon, je n’ai pas accès au détail de ses travaux. Je me contenterai de vous donner ci-dessous un extrait de son article où il justifie le consensus sur le RCA.

      “Un effet de serre bien compris

      L’effet de serre est parfaitement compris dans son principe depuis plus de deux siècles, bien qu’il soit mal nommé puisque le processus physique à l’œuvre dans l’atmosphère n’est pas le même que celui qui se produit sous une serre. Il est causé par l’absorption et l’émission de rayonnement infra-rouge par certains gaz de l’atmosphère. Notons que les molécules d’azote (N2) et oxygène (O2), qui forment 99 % de la masse de l’atmosphère, ne contribuent pas à l’effet de serre. Ce sont des gaz à l’état de traces qui en sont responsables. L’absorption du rayonnement par les GES peut être mesurée en laboratoire pour différents niveaux de température et de pression. Sur la base de ces mesures, on développe des modèles de transfert radiatif atmosphérique qui calculent précisément l’absorption et l’émission du rayonnement infrarouge dans l’atmosphère. Ces modèles sont validés par des mesures au sol et par satellite. Ils peuvent donc être utilisés pour calculer très précisément l’impact d’une augmentation de la concentration des GES sur le flux infrarouge sortant, donc sur la capacité de la Terre à se refroidir.

      C’est donc bien parce que la physique du phénomène « effet de serre » est bien comprise et quantifiée à l’aide de modèles validés que l’on peut affirmer que la Terre doit se réchauffer lorsque la concentration de GES augmente.”

      Si l’on veut bien mettre de côté les attaques personnelles, il y a donc bien deux thèses radicalement opposées. J’ajoute pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, que je ne suis pas le porte parole de Monsieur Bréon.
      Pour terminer, je regrette que l’on n’arrive pas à revenir à un débat serein strictement scientifique.
      Bien cordialement.
      Mermillon

      1. En réponse à Mermillon.
        Je n’ai pas lu le texte de monsieur Bréon que vous citez. S’il écrit “L’absorption du rayonnement par les GES peut être mesurée en laboratoire pour différents niveaux de température et de pression”. Il a raison mais il devrait préciser que l’émission d’un rayonnement par le CO2 n’a jamais été observée dans les basses couches atmosphériques. J’explique pourquoi. En ajoutant que “Sur la base de ces mesures, on développe des modèles de transfert radiatif atmosphérique qui calculent précisément l’absorption et l’émission du rayonnement infrarouge dans l’atmosphère” monsieur Bréon montre bien que l’effet de serre radiatif ne repose que sur des modèles et non sur des mesures. L’hypothèse de l’effet de serre radiatif n’a JAMAIS reçu le moindre support expérimental, alors qu’il eut été simple de la confirmer en utilisant les techniques usuelles de la spectroscopie d’émission.

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