Qui peut encore se passer de la 5G ?

par Jean-Pierre Schaeken Willemaers
Institut Thomas More, Président, Pôle Energie, Climat, Environnement
Paru dans European Scientist

Les technologies numériques affectent notre manière de vivre, de travailler, de voyager et de jouer. Elles sont déjà  largement utilisées dans les secteurs de la production, de la transmission et de la distribution d’électricité, de la production manufacturière, du transport, de la domotique et de la transformation additive (additive manufacturing) telle que l’impression 3D, pour ne citer que quelques exemples.

Dans le secteur ICT (Information and Communication Technologies), les services informatiques constituent la composante la plus importante. Ces services sont dominés par les Etats-Unis  au niveau mondial et par l’Inde parmi les pays en voie de développement. Ils sont les seuls à croître dans toutes les régions du monde et sont un des moteurs principaux de la croissance de l’emploi. L’industrie manufacturière ICT prospère en Asie de l’Est et particulièrement en Chine [1].

Durant les décennies à venir, les technologies numériques rendront les systèmes énergétiques  encore plus connectés, plus intelligents, efficaces, fiables et durables. Ainsi, les systèmes d’énergie numérisés seront à même à l’avenir d’identifier qui a besoin d’énergie et de la fournir à temps, au bon endroit et au coût le plus bas.

Dans le transport routier, la connectivité et l’automatisation sont de nature à changer fondamentalement la manière dont personnes et marchandises vont se déplacer. Les technologies  numériques contribueront à l’amélioration des rendements énergétiques et à la réduction des coûts d’entretien ainsi qu’au confort et à la sécurité de conduite grâce aux systèmes de détection avancée  et aux capacités de prises de décisions automatisées.

Les transports aériens et par bateaux bénéficieront également d’améliorations similaires.

La consommation énergétique des bâtiments  est d’environ 1/3 de la demande globale d’énergie et 55% de celle d’électricité. La croissance de la demande de celle-ci  a augmenté très rapidement durant ces 25 dernières années pour atteindre près de 60% de la croissance totale de consommation d’électricité. Dans des pays émergents  tels que la Chine et l’Inde, la demande d’électricité a crû en moyenne de plus de 8%/an sur la décennie écoulée [2]. 

La numérisation des données croît de manière exponentielle.

Le trafic internet a triplé entre 2012 et 2017 et 90% des données dans le monde ont été créés entre 2015 et 2017 [3]. 

Cisco, le spécialiste de l’infrastructure réseau, estime que, d’ici à 2022, 60% de la population mondiale sera connectée à Internet et que plus de 20 milliards d’appareils et de connexions seront en ligne.

Le trafic IP global a crû  d’environ 100 GB (gigabytes) par jour en 1992 à plus de 45 000 GB par seconde en 2017. D’ici à 2022, ce trafic  devrait atteindre 150 700 GB par seconde en raison, entre autres, de nombre de plus en plus grand de personnes se connectant au réseau pour la première fois et de l’extension de l’internet des objets (Internet of Things-IoT) [4]).

On assiste au développement d’une chaîne de valeurs entièrement nouvelle comprenant des entreprises qui assurent la collecte des données, la production d’informations provenant de données, le stockage de celles-ci, l’analyse et la modélisation. La création de valeur apparaît lorsque les données sont transformées en intelligence numérique et monétisées par la commercialisation.

LE « TOUT INTERNET » REND INDISPENSABLE LA 5G

Pour répondre à la croissance exponentielle de l’échange de données et au « tout internet », la technologie 5G s’avère indispensable. Elle offre des débits 100 fois plus élevés que ceux de la génération précédente  et  une diminution d’un facteur 10 du temps de latence.

La 5G pourra également prendre en charge plusieurs millions d’appareils par km[5].

Des interviews organisées par Capgemini  révèlent que :

  • 72% des industriels interrogés considèrent  la 5G comme la  seconde technologie indispensable pour opérer la transformation numérique de leur entreprise, après le « cloud computing » ;
  • 65% des entreprises ont d’ores et déjà projeté de la mettre en œuvre dans les deux ans qui suivent son déploiement. Parmi celles-ci, 74% des sociétés ayant un chiffre d’affaires supérieur à 10 milliards de dollars, ont l’intention de le faire dans les deux ans qui suivent sa disponibilité, contre 57% pour celles qui ont des revenus entre 500 millions et 1 milliard de dollars.

Il est donc essentiel que l’Europe ne prenne pas de retard dans le déploiement de cette technologie incontournable pour assurer sa compétitivité vis-à-vis de ses principaux concurrents et notamment la Chine et les Etats-Unis. C’est d’autant plus impératif que ces deux pays comptent déjà plusieurs entreprises dominant le marché des services. Celles-ci non seulement  bénéficient d’un vaste marché domestique mais également d’un réseau 5G en expansion très rapide.

Un engagement résolu de l’UE et de ses Etats membres dans le déploiement rapide de la 5G, leur permettra  de participer à l’élaboration des normes internationales en la matière et, de ce fait, d’avoir une meilleure maîtrise des données générées sur leur territoire. Il y va de leur souveraineté.

A ce propos, des actions terroristes telles que celle du collectif Anti 5G qui a, récemment, incendié une dizaine d’antennes de téléphonie mobile aux Pays-Bas, portent  atteinte au développement économique et social de l’Etat et partant à la souveraineté de celui-ci.
Pareilles actions devraient être sanctionnées comme entreprises criminelles.

NOTES

[1]United Nations Conference on Trade and Development-UNCTAD, digital economy report 2019.

[2] IEA, digitalisation and energy, Technology report, November 2017.

[3] IEA, digitalisation and energy, Technology report, November 2017.

 [4] United Nations Conference on Trade and Development-UNCTAD, digital economy report 2019.

 [5] Capgemini, La révolution 5G, Quel potentiel pour les acteurs de l’industrie et les opérateurs.

2 réflexions au sujet de « Qui peut encore se passer de la 5G ? »

  1. Bonjour,

    Aborder ce sujet exclusivement sous l’angle énergétique et pas sous l’angle sanitaire est une position qui me fait penser au GIEC… et ses méthodes pour minimiser l’impact du soleil sur les changements climatiques 🙁
    Quid des ondes millimétriques des relais 5G et leur multiplication exponentielle ?

    1. Dans un premier temps, il est important de faire comprendre que le numérique est en train de pénétrer les sphères économiques et sociales dans le monde entier à un point tel qu’il en est devenu indispensable. La mise en place de technologies de pointe et efficaces, permettant son déploiement en phase avec la demande en croissance exponentielle (la 5G), est essentielle si l’UE veut garder la place qui lui revient dans le monde. C’est l’objectif de ce papier.
      Ceux qui contestent la technologie 5G (il n’est pas question ici d’ondes millimétriques), qui veulent en différer l’installation, voire la bannir, devraient en faire de même avec la 4G et la 3G vu que ces trois générations opèrent dans les mêmes gammes de fréquence d’ondes électromagnétiques.
      Notons en passant que les effets des ondes émises par les antennes 5G diminuent extrêmement rapidement avec la distance.

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