Biodiversité, le vrai, le faux et l’incertain

Le 30 octobre 2018 sortait le dernier rapport du WWF[1] concernant l’état de la biodiversité (voir ici). Les données obtenues sont très préoccupantes. De nombreux médias ont bien entendu présenté ce rapport de façon très alarmiste en exagérant certains points. Le but du présent article est de remettre les pendules à l’heure, en démêlant le vrai du faux et en présentant certaines incertitudes.

1. Que dit exactement le rapport du WWF? Le rapport du WWF nous dit que globalement, entre 1970 et 2014, l’index LPI (Living Planet Index) a chuté de 60% (Figure 1). Il n’est pas question ici de mettre en doute les résultats obtenus par le WWF mais simplement de les mettre en perspective. L’index LPI est calculé en tenant compte du nombre d’individus pour plusieurs espèces. Au total, ce sont 4 005 espèces qui ont été considérées, réparties en 16 704 populations (il peut donc y avoir plusieurs populations pour une même espèce). Ces populations proviennent de tous les continents. Pour toutes les espèces prises en compte le nombre d’individus a été estimé, puis des sommes ont été établies.

Remarquons que déterminer le nombre d’individus pour une espèce est loin d’être une science exacte. Si cela peut paraître simple pour de gros animaux comme des éléphants, c’est tout de suite beaucoup plus compliqué pour des poissons nageant en eau trouble, des amphibiens se cachant sous des feuilles ou des souris nocturnes qui s’échappent au moindre bruit. On emploie alors la technique de «capture-marquage-recapture» qui ne donne qu’une estimation de la population. Il est important que cela soit toujours la même méthode de capture qui soit utilisée et que l’effort d’échantillonnage soit toujours le même, sinon les résultats ne veulent rien dire. Il est dommage que le WWF ne donne pas plus d’informations concernant les méthodes employées dans son rapport.

2. Le rapport du WWF ne concerne donc que 4 005 espèces vertébrés (poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères). Les vertébrés choisis dans la liste sont bien entendu les plus gros et les plus connus du grand public (girafes, rhinocéros, singes, lions, baleines, dauphins, etc.). Le chiffre de 4 005 espèces peut paraître élevé, mais il faut savoir que selon la liste établie par le Catalogue of Life au 31 juillet 2018, un total de 1 750 666 espèces ont été décrites, et parmi celles-ci nous trouvons 66 813 vertébrés. Le rapport du WWF ne concerne donc que 6% des vertébrés et donc seulement 0.22% des espèces décrites. Bien entendu, si 6% des vertébrés vont mal, peut-être que les espèces non prises en compte vont mal également… Cependant, nous n’en savons rien… Y a t’il d’autres études?

Oui, il existe d’autres études. Par exemple, une étude de 2014 publiée dans Science (Dornelas et al.). Cette étude a considéré 35 613 espèces (donc 8 fois plus que le nombre d’espèces considérées par le WWF) mais ces espèces n’étaient pas que des vertébrés : la liste comportait de nombreux invertébrés ainsi que des plantes. Cette étude a également utilisé 14 indices de biodiversité différents (et pas seulement le LPI). Il a déjà été question de cette étude dans un article précédent (voir ici). Le résultat majeur de cette étude est qu’il n’y a pas de chute majeure de la biodiversité au niveau global. Les auteurs constatent cependant des changements nets dans les populations (espèces remplacées par d’autres).

Nous voyons donc que tout dépend (1) des taxa considérés (vertébrés, plantes, etc.), (2) du nombre d’espèces choisies, et (3) de la surface analysée (région, pays, continent, Terre entière). On peut presque dire n’importe quoi, il suffit de bien composer son échantillon d’espèces… A l’échelle d’une région nous pouvons constater un net déclin, surtout si notre liste comporte des gros mammifères. Mais la situation ne sera pas forcément la même à une plus grande échelle, surtout si notre liste comporte des plantes, des champignons, et des invertébrés.

3. Quelles sont les menaces? De nombreux médias ne se sont pas gênés pour expliquer la perte de 60% de la biomasse des vertébrés en évoquant le réchauffement climatique, en insinuant bien entendu que l’homme en est responsable. Cependant, si vous lisez bien le rapport du WWF vous verrez que si le réchauffement est bel et bien évoqué, les auteurs insistent bien sur le fait que ce sont essentiellement la surexploitation des écosystèmes (chasse, surpêche, déforestation, etc.) et l’agriculture qui sont les causes dominantes des pertes observées. Avec bien entendu la pollution et la fragmentation des habitats. Dans le résumé à la page 11 du rapport, le réchauffement climatique global n’est même pas mentionné ! (Figure 2).

4. Conclusions

– Les 4 005 espèces de vertébrés étudiées par le WWF (rapport de 2018) représentent 6% du nombre total de vertébrés et n’ont pas encore disparu mais leurs populations ont été réduites de 60% entre 1970 et 2014. Ceci est évidemment très préoccupant et il faut à tout prix essayer de freiner cette diminution. Le WWF donne des pistes dans son rapport.

– Aucun déclin n’est constaté si l’on se focalise sur d’autres groupes, comme l’atteste une récente étude dans Science (Dornelas et al., 2014). Ces espèces dont la biodiversité n’est pas affectée représentent la majorité des espèces.

– Les trois causes principales du déclin observé sont la surexploitation des écosystèmes, l’agriculture, et la pollution. Le changement climatique global n’intervenant quasi pas. Ceci n’est pas étonnant : si l’on prend l’exemple des zones tempérées, en une seule journée la température peut varier de 20°C entre le matin et le soir (par exemple au mois d’août). Toutes les espèces sont habituées à ces écarts. Alors que dire de +0.8°C en 138 ans… ou des 2°C de plus prévus par les modèles informatiques pour l’an 2100… Ne pensez-vous pas que les espèces animales et végétales résisteront ? Et celles qui ne résistent pas seront bien entendu remplacées par d’autres selon le mécanisme de la sélection naturelle. C’est également ce que montre de manière très claire l’enregistrement géologique depuis plusieurs centaines de millions d’années.

Références

[1] WWF. 2018. Living Planet Report – 2018: Aiming Higher. Grooten, M. and Almond, R.E.A.(Eds). WWF, Gland, Switzerland.

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