La posture de Tinne Van der Straeten, la Ministre de l’énergie: idéologique?

par Jean-Pierre Schaeken Willemaers, Institut Thomas MorePrésident Energie, climat, Environnement

publié dans trends.levif, 4 novembre 2020

L’interview de la Ministre de l’Énergie, Tinne Van der Straeten, publié dans le journal Le Soir du 24 octobre dernier à propos de la transition énergétique, n’est-il pas révélateur de l’objectif qu’elle poursuit dans ce projet?

Répondre que « Le but de la transition énergétique est de réussir le passage d’une énergie chère et carbonée à une énergie abordable et décarbonée » à la question « Fermer les centrales (nucléaires), est-ce une question idéologique en tant qu’écologiste ? » est pour le moins étonnant.

En effet, ce que propose Tinne Van der Straeten est d’arrêter une production nucléaire d’électricité à prix abordable et décarbonée pour la remplacer par des énergies éolienne et photovoltaïque dont le coût global (direct et indirect) est très élevé et qui, en outre, n’assurent pas la sécurité d’approvisionnement électrique vu leur fonctionnement intermittent et l’absence de stockage adéquat. Sa réponse est particulièrement inappropriée alors que les entreprises et les ménages ont besoin d’une fourniture d’électricité continue et bon marché, les uns pour contribuer à la relance économique indispensable et les autres, pour compenser quelque peu la perte de pouvoir d’achat provoquée par la pandémie.

L’évaluation de la situation en novembre 2021 pour vérifier que la transition électrique peut être réalisée sans nucléaire, est une démarche particulièrement retorse. En effet, la Ministre sait, ou du moins devrait savoir, qu’à cette date il serait trop tard pour lancer les opérations de mise en conformité nécessaires à l’obtention des permis requis, en vue d’une fin des travaux en 2025, vu l’étendue de ces derniers et la longueur des procédures.

Il est vrai que la procrastination est une constance en politique. Les récents évènements nous ont appris ce que coûtent les reports de décisions.

Dès lors, la seule option pour assurer, en cas de fermeture des centrales nucléaires, l’équilibre du système électrique et répondre à la demande des consommateurs industriels et résidentiels, est de construire de nouvelles centrales à gaz pour compenser la perte de fourniture d’électricité de base et l’intermittence des fournitures éoliennes et photovoltaïques en croissance.

En cas d’arrêt de toutes les unités nucléaires, 7 à 8 centrales à gaz devraient être construites. Si seulement deux unités étaient prolongées (Doel 4 et Tihange 3), soit 2000 MW, ce nombre serait réduit à 3. Bien entendu, cette production thermique d’électricité émet des gaz à effet de serre (GES). Quelle est donc la logique de remplacer une énergie décarbonée (nucléaire) par une autre émettrice de GES, sinon idéologique.

Rappelons que les investissements dans ces nouvelles centrales à gaz ne seront consentis que moyennant un mécanisme de rémunération de capacité (MRC) servant à compenser le risque réel de tels projets. Or cette intervention financière publique doit être approuvée par la Commission Européenne qui tient à vérifier qu’il ne s’agit pas d’une subvention injustifiée. Il semblerait que la Commissaire en charge « ne veut pas précipiter les choses » ! Un risque supplémentaire ?

Et, bien entendu, le coût du MRC serait reporté sur la facture d’électricité des consommateurs

L’importation de grandes quantités d’électricité de pays voisins est suggérée par certains politiques, en cas de fermeture totale de l’électronucléaire, pour éviter le recours massif au gaz. Outre le fait qu’il s’agirait le plus souvent d’électricité nucléaire (France) ou thermique (Allemagne et autres pays européens), cette solution est illusoire. Les pays concernés auraient beaucoup de mal à nous aider. Ils sont également en train de réduire leur capacité électrique nucléaire (France) ou de l’annuler complètement (Allemagne) et thermique (France, Allemagne, Pays-Bas etc). En outre, le déploiement de leur production renouvelable connaît quelques déboires.

Y-a-t-il une logique dans cet imbroglio autre qu’idéologique : le rejet de l’électronucléaire ?

3 réflexions sur « La posture de Tinne Van der Straeten, la Ministre de l’énergie: idéologique? »

  1. Les pays « électricité bas carbone » sont tous (sans exception) équipés en nucléaire, en hydraulique ou en géothermique.
    Ceux qui ont beaucoup de « renouvelable » sont « complètement à la ramasse » en émissions de CO2 avec en plus les tarifs les plus chers.
    Et c’est dans cette direction que l’on nous emmène en fermant des centrales nucléaires pour les remplacer par des éoliennes et des centrales à gaz (+17 ces 17 dernières années).

  2. Je n’ai pas la compétence pour affirmer ou infirmer que le CO2 d’origine humaine est à l’origine du réchauffement.
    Il y a d’ailleurs beaucoup de scientifiques qui affirment que ce n’est pas vrai.
    J’ai par contre les capacité d’affirmer que remplacer des centrales nucléaires pilotables par des énergies dites « vertes », variables auxquelles il faut adjoindre des centrales à gaz pour assurer la régulation et produire les jours sans vent et/ou sans soleil,
    est une ânerie:
    – tant vis à vis des émissions de CO2 que ça fait augmenter (ce qui est facile à vérifier en comparant les émissions des pays fortement équipés en nucléaire à ceux fortement équipés en éolien).
    – que d’un point de vue économique sur la durée de vie d’une centrale (facile aussi à vérifier en regardant le prix de l’électricité dans ces deux catégories de pays).

  3. Cher Jean-Pierre,

    Merci de réagir à cet interview complètement surréaliste d’une personne manifestement incompétente pour ce poste.
    Est-ce que nos hommes et femmes politiques des autres partis qu’écolo et groen – qui devraient réagir de la même façon – se rendent compte à quel point cette nouvelle ministre de l’énergie et sa collègue également ‘verte’ du climat nous mènent en bateau idéologique par pure haine du nucléaire et sans aucun intérêt pour le CO2 (augmentation déclarée marginale dans l’interview, et facilement compensée grâce au marché carbone).
    Voilà que maintenant elles veulent nous entraîner vers une taxe carbone qui va pénaliser le gaz naturel en même temps qu’elles veulent le subsidier avec le mécanisme de rémunération de capacité (CRM). Le citoyen paiera deux fois, mais elles ne se posent pas la question. Est-ce le degré zéro de l’intelligence ou plutôt une immense escroquerie intellectuelle et aussi financière en faveur des promoteurs du renouvelable? Est-ce là ‘reprendre notre avenir énergétique en mains’ après tous les milliards déjà dépensés pour une transition électrique impayable et qui ne sert à rien à part doubler le prix de kWh et les émissions de CO2 ?

    Nb : pour tout complément d’information, on peut se reporter à mon récent article dans SCE
    http://www.science-climat-energie.be/2020/10/02/la-grande-illusion-du-pacte-energetique-belge/

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