par Prof. Dr. Jean N., Faculté des Sciences, Université Européenne.
En ce 5 novembre 2021, dans la foulée de la COP26, la RTBF publie sur son site web un article intitulé : « Cinq mythes sur le changement climatique« . Dans cet article, l’auteur cite quelques phrases tirées du dernier rapport du GIEC (l’AR6, août 2021) afin de fustiger les infidèles qui ne croiraient pas à l’origine anthropique du réchauffement climatique. L’auteur de l’article insiste ensuite lourdement sur le fameux consensus scientifique. Ne pas le suivre serait évidemment insensé. Mais est-ce vraiment le cas?
Ce genre d’article est très fréquent dans les médias d’aujourd’hui, et nous pourrions vous en présenter des dizaines. A chaque fois, c’est la même chose : aucune réflexion, aucune analyse et le journaliste se contente de répéter comme un perroquet les versets du GIEC en insistant sur le consensus scientifique. Le présent article vise à discuter le concept de consensus scientifique. Comme nous allons le voir, le concept de consensus concernant le climat est très mal présenté par les médias et n’a plus rien avoir avec le consensus scientifique des autres domaines de recherche.
1) Définition du consensus scientifique
Le consensus scientifique est une opinion collective d’une communauté de scientifiques dans un domaine d’étude particulier. Le consensus implique généralement l’accord de la majorité qualifiée, mais pas nécessairement l’unanimité. Le consensus est souvent atteint grâce à la communication lors de conférences, le processus de publication, la réplication des résultats reproductibles par d’autres, le débat scientifique, et l’examen par les pairs.
Les consensus scientifiques sont nombreux en science. Aujourd’hui, il y a par exemple consensus pour dire que les organismes vivants évoluent au cours du temps grâce à la sélection naturelle, comme l’a proposé Darwin dans son célèbre essai de 1859.
Il existe également de nombreux exemples ou les consensus scientifiques se sont révélés faux. Les exemples où un seul scientifique avait raison face à tous les autres, abondent. Le cas de Galilée est le plus célèbre. Il avait bien entendu raison contre tous en proposant l’héliocentrisme. Un cas moins connu est celui de Barbara McClintock (1902-1992), une généticienne américaine qui avait raison contre tous en proposant que certains gènes pouvaient se déplacer d’un chromosome à l’autre (elle découvrit les transposons). Face à l’hostilité de ses collègues, elle dû arrêter de publier ses résultats en 1953 car elle allait à l’encontre du courant de pensée dominant. Ce n’est que 30 ans plus tard que l’on admit qu’elle avait raison et qu’on lui décerna le prix Nobel, en 1983.
N’oublions pas non plus Alfred Wegener (1880-1930) et sa théorie de la dérive des continents proposée en 1912 sur base de nombreux arguments appartenant à des champs disciplinaires variés (géodésie, géophysique, géologie structurale, paléontologie). Ici, il fallut attendre 1968/1969, soit près de 40 ans après sa mort, pour que sur cette théorie fut acceptée, grâce à l’avènement de la tectonique des plaques, avec l’extension des fonds océaniques révélée par le paléomagnétisme des dorsales (anomalies magnétiques dans les basaltes). Cette vision mobiliste des continents en mouvement anticipait sur une science de l’époque très fixiste, aussi anthropomorphique vis-à-vis du temps qu’elle l’était de l’espace à l’époque de Galilée. La théorie de Wegener ne fut donc pas acceptée et fut même combattue par les géophysiciens de l’époque. Le consensus de cette époque au sein de la communauté de chercheurs a ainsi freiné pendant des décennies une avancée audacieuse.
Afin d’expliquer la notion de consensus scientifique au public, le CNRS en France propose sur son site web une illustration (ici). Cependant, dans cette illustration, le CNRS prend l’exemple du consensus scientifique sur le réchauffement climatique d’origine anthropique. Le sous-entendu étant bien évidemment qu’il n’y a plus lieu de discuter et que la science est dite : c’est l’homme qui provoquerait le réchauffement global. Bref, circulez, il n’y a plus rien à voir, car il y a consensus… Pour donner plus de valeur à leur illustration, le CNRS a choisi Jean Jouzel comme conseiller, un célèbre paléoclimatologue français et vice-président du groupe scientifique du GIEC de 2002 à 2015. Mais comme nous allons le voir, Jean Jouzel, le CNRS et les nombreux thuriféraires du réchauffement anthropique ne rappellent jamais certaines évidences concernant les « consensus scientifiques ». Nous allons maintenant rappeler ces évidences. Une fois prises en compte, le concept de consensus scientifique sera fortement relativisé, surtout dans le domaine de la climatologie.
2) Consensus scientifique ne veut pas dire vérité certaine.
L’article de la RTBF ainsi que l’illustration du CNRS oublient de rappeler cette première évidence. En effet, l’ensemble du monde scientifique peut se tromper. La science a ses limites et ne permet pas encore d’expliquer tous les phénomènes naturels. L’histoire des sciences regorge d’exemples et nous en avons donné deux ci-dessus. Pour prendre un troisième exemple, en médecine on pensait que les maladies ne pouvaient pas être causées par des micro-organismes, car à l’époque on ne possédait pas de microscope pour les voir. C’est ainsi qu’en 1858 Rudolf Virchow élabora la théorie de la pathologie cellulaire, hostile à la microbiologie. A l’époque, on ne croyait pas que les maladies puissent être causées par des micro-organismes. On s’est bien trompé!
3) Les consensus scientifiques évoluent… mais le GIEC freine et ne cite que ce qui l’arrange.
Les dogmes en science ne peuvent pas exister. Sinon il ne s’agit plus de science mais de religion. Le CNRS ne dit malheureusement rien sur cette évidence : un consensus scientifique peut et doit évoluer au cours du temps, car il faut incorporer les résultats de toutes les nouvelles recherches qui sont publiées jour après jour. Par exemple au sujet de l’évolution, le darwinisme originel de 1859 a dû être remplacé par le néo-darwinisme en 1905, en incorporant les lois de Mendel, puis a été remplacé par la théorie synthétique de l’évolution en 1947, en incorporant la génétique des populations. De nos jours on parle de la théorie Evo-Devo qui est utilisée pour traiter de l’évolution.
Le consensus scientifique concernant l’origine du réchauffement climatique doit également évoluer. Mais pour cela, il faut laisser tous les scientifiques s’exprimer librement, et il faut tenir compte de toutes les publications. De plus, tous les scientifiques doivent pouvoir publier leurs recherches. Les grands prêtres de la climatologie qui décrètent que la « science est dite », comme par exemple Jean Jouzel ou le belge Jean-Pascal Van Ypersele, ne font plus de science et sombrent dans la religion. Cette certitude affichée permet ainsi à n’importe qui de dire n’importe quoi sans justification : rappelons la (ou les nombreuses) prédiction(s) d’Al Gore (dès 2007), relayées à l’envi dans la presse ‘mondiale’ de la disparition de la glace arctique en 2013 ! Les ‘prévisions’ non avérées en tous genres sont légion, par contre leurs démentis passent aux oubliettes (de la mauvaise science).
Concernant l’évolution du consensus il semblerait que le GIEC soit assez résistant aux changements… En effet, il ne cite pas toutes les publications, et préfère se concentrer sur les journaux dont le facteur d’impact (IF, Impact Factor) est élevé comme Science (IF=41) et Nature (IF=49). Ceci pourrait passer pour un gage de qualité, mais le facteur d’impact n’a rien à voir avec la qualité des revues, mais mesure seulement leur visibilité. Il ne faut donc pas croire que les revues à faible facteur d’impact soient mauvaises. Les facteurs d’impacts peu élevés concernent des domaines de recherches pointus et donc moins de scientifiques lisent l’article en question. Les journaux à faible facteur d’impact présentent généralement des recherches de grande qualité et ne pas en tenir compte est une grave erreur.
Il est également surprenant de constater que les publications n’allant pas dans le sens du réchauffement anthropique soient peu citées par le GIEC, voire pas du tout. Par exemple, le dernier rapport du GIEC (AR6) ne mentionne pas la publication de Ge et al. 2017 publiée dans Advances in Atmospheric Sciences (Springer, IF=2.8), réalisée avec 28 proxies différents, et qui semble indiquer que la vitesse de réchauffement n’était pas significativement différente de celle d’aujourd’hui au cours de l’Optimum Climatique Médiéval (OCM), aux alentours de l’an 1000, et ce pour une aussi vaste région que la Chine.
Prenons un autre exemple de publication non citée. Le rapport du GIEC fait tout ce qu’il peut pour gommer l’OCM (voir ici), un sacré grain de sable pour sa belle mécanique du réchauffement anthropique (voir ici). En consultant l’AR6 on peut constater que l’étude palynologique de Schofield et al. 2019 n’est pas citée. Cette étude démontre que les Vikings qui s’installèrent au Groenland durant l’OCM découvrirent un pays couvert de buissons de saules et de bouleaux, en périphérie du moins, et qu’ils s’empressèrent de défricher cette région pour y créer des pâturages. Que peut-on en penser? Que le GIEC ne mentionnent pas cette étude probablement parce qu’elle démontre qu’il devait faire bien plus chaud au Groenland durant l’OCM par rapport à aujourd’hui…
Pour la cerise sur le gâteau des publications non citées par le GIEC, voici une publication dans Science, non citée dans l’AR6, et qui peut être qualifiée de gênante : le 21 août 2020, il y a presque un an, paraissait dans le journal Science un article de Corrick et collaborateurs concernant les évènements de Dansgaard-Oeschger (DO). Cet article, non cité par l’AR6 de août 2021 (comme le montre une recherche informatique rapide par mot-clé), démontre que les évènements DO se sont déroulés sur la planète entière, et qu’il ne s’agit pas d’évènements confinés à certaines zones comme les alarmistes du CO2 tendent à vous le faire croire.
Si vous ne vous souvenez pas ce que sont les évènements DO, sachez qu’il s’agit de périodes de réchauffement extrême avec des hausses de plus de 8°C en 40-50 ans. Cela vous paraît peu? Notez qu’actuellement, l’évolution de la température est de +0,14°C/décade depuis janvier 1979, soit 0,01°C/an. La hausse actuelle est donc de +0.7°C en 50 ans ce qui est plus de 10 fois plus faible qu’un évènement de DO ! Plus de détails ici. Comment ne pas croire que le GIEC ne cite que les publications qui les arrangent?
De manière générale, ce sont donc des centaines de publications qui sont peu ou pas prises en compte par le GIEC. Une liste complète est régulièrement mise à jour sur NoTricksZone (ici). Et il s’agit bel et bien d’articles scientifiques sérieux, souvent publiés dans des revues à comité de lecture, mais à faible facteur d’impact, chez Springer ou Elsevier, comme par exemple Geophysical Research Letters (GRL). Selon le Journal Citation Reports de 2020, la revue GRL a un facteur d’impact 2019 de 4,584 et est la 5e publication la plus citée sur le changement climatique entre 1999 et 2009 (King 2009)… Sauf par le GIEC si les conclusions de l’article ne vont pas dans le bon sens ! La liste des journaux publiant des articles qualifiés de « sceptiques » par NoTricksZone comprend aussi The Cryosphere (IF=5,7), Quaternary Science Reviews (IF=3,8), Marine Micropaleontology (IF=2,3), Frontiers in Earth Sciences (IF=3,4), Scientific Reports (IF=4,3). Pourquoi ne pas mentionner toutes ces recherches?
4) Quiconque devrait pouvoir remettre en cause un consensus scientifique.
L’illustration du CNRS nous dit ensuite : « Attention à la désinformation : n’est pas expert climatique qui veut. Il/elle doit être (1) un climatologue, (2) qui publie des recherches sur le climat, (3) évaluées par des pairs (donc d’autres climatologues). »
Ne serait-ce donc que les climatologues qu’il faut écouter en matière de climat? Attention, cette croyance est malheureusement très répandue et il y a lieu de préciser certaines choses. Voici pourquoi. Si une personne affirme qu’il existe un problème avec une théorie proposée par consensus, qu’elle montre pourquoi et qu’elle propose une théorie alternative basée sur des arguments scientifiques, pourquoi ne devrait-elle pas être écoutée par la communauté scientifique? La nationalité, le sexe, le niveau d’éducation, les réalisations précédentes, le nombre de publications, l’âge, les références, la pointure ou la couleur de cheveux de la personne ne veulent rien dire – la théorie alternative est vraie ou non, indépendamment de ces éléments secondaires dénués de sens.
Malheureusement, dans le monde actuel, on a tendance à croire que les seules personnes aptes à parler de climat sont les climatologues. Un biologiste, un géologue, un physicien, un ingénieur ou un chimiste (Figure 1) ne peuvent souvent plus émettre le moindre doute concernant les théories climatiques admises par consensus. Ils ne sont pas écoutés, plus invités sur les plateaux télévisés, et leurs articles ne sont pas publiés. Pire, ils sont parfois menacés, ridiculisés et parfois même expulsés des universités.

Ceci est curieux car la climatologie est une science reposant sur la physique, la chimie, les mathématiques et l’informatique. Un physicien connaît bien mieux la physique qu’un climatologue, de même un chimiste est bien plus apte en chimie qu’un climatologue, tout comme un ingénieur en mathématiques. Dans le monde d’aujourd’hui, ces physiciens et ces chimistes, qui ne publient bien évidemment rien en climatologie, n’ont pas le droit de s’exprimer. On leur dit : « vous n’avez rien publié en climatologie et vous n’êtes pas climatologue ». La science est dite et seuls les climatologues peuvent s’exprimer. L’illustration du CNRS se trompe donc également sur ce point.
Remarquons enfin qu’avant 1980 environ il n’y avait pas de climatologues dans les universités (et pas d’enseignement dans ce domaine) mais seulement des physiciens de l’atmosphère et des météorologues. Certains diplômés avant 1980 se sont ensuite auto-proclamés « climatologues ».
5) Une recherche cadenassée et un raisonnement circulaire
La recherche scientifique devrait être libre, et ne devrait avoir aucune contrainte, y compris financière. L’illustration du CNRS est également muette sur ce fait. Prenons l’exemple d’un climatologue.
Aujourd’hui, un climatologue ne peut pas travailler sans crédits de recherches. Ces crédits de recherche sont généralement des crédits gouvernementaux obtenus par concours. C’est le cas par exemple pour le CNRS en France ou le FNRS en Belgique. C’est alors le climatologue qui écrit le meilleur projet qui sera financé. Comme c’est le gouvernement qui finance, c’est également lui qui décide du thème de recherche. Et il n’est pas question ici de s’éloigner de ce thème imposé, ni d’émettre le moindre doute sur le consensus scientifique concernant le réchauffement d’origine anthropique. Dans le cas contraire le projet est rejeté par les relecteurs du projet, eux-mêmes climatologues. Nous obtenons ici un type de raisonnement circulaire.
En résumé, il n’y a donc plus aucun climatologue qui se risquerait d’émettre des doutes ou de s’éloigner du thème de recherche. La recherche n’est plus libre. La recherche est cadenassée. En conséquence ce n’est plus de la science mais une doctrine qui s’apparente à une religion : les chercheurs sont priés de chercher là où on leur dit de chercher et ne doivent pas remettre en question le dogme établi. En climatologie, c’est le GIEC qui in fine décide des axes de recherche.
Conclusion
– Oui, il existe aujourd’hui un consensus pour dire que le réchauffement climatique est causé par les activités humaines. Mais consensus ne veut pas dire vérité absolue;
– Oui, les rapports du GIEC sont biaisés. Ils ne citent pas toutes les publications scientifiques et ne se concentrent que sur les journaux les plus visibles en évitant de citer les publications ne soutenant pas leur vision des choses;
– Oui, il existe aujourd’hui des scientifiques qui pensent différemment et qui ne suivent pas le consensus. Ces scientifiques ont du mal à s’exprimer, à obtenir des crédits, à publier leurs recherches et leurs remarques ne sont pas prises en compte, y compris dans le rapport du GIEC ;
Lorsque les dés sont pipés, que la recherche est cadenassée, et que le raisonnement devient circulaire, le consensus scientifique ne veut plus rien dire.
Engager nos actions sur un consensus climatique si fragile est une grave erreur : puissent les jeunes, si prompts à manifester, à exercer leur esprit critique et un jour demander des comptes sur ce fameux consensus.
Pour plus d’informations
• Point S (2021) Réchauffement Climatique : Un regard critique sur le consensus. European Scientist, 27 août 2021.
• Røyrvik EA (2013) Consensus and Controversy. The Debate on Man Made Global Warming. SINTEF Technology and Society, Industrial Management. ISBN : 978-82-14-05582-5.
• Montford A (2013) Consensus? What consensus? The Global Warming Policy Foundation (GWPF) Note 5.
• Eschenbach W (2021) Why the claimed “97% Consensus” is meaningless.
• Legates et al. (2013) Climate Consensus and « Misinformation »: A Rejoinder to « Agnotology, Scientific Consensus, and the Teaching and Learning of Climate Change ». Sci & Educ 24:299–318
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